Les portables à l'école, interdire ou éduquer ?

Interdire les portables, une mesure difficile à appliquer à l'école, lieu qui n'est pas hors sol. Il faudrait plutôt donner aux élèves les outils pour éviter l'addiction, améliorer la compréhension des messages véhiculés, décrypter les opérations de propagande. Ce gouvernement qui légifère sur les fake news avait l'occasion de privilégier l'efficacité éducative à l'interdiction stupide.

Monsieur Blanquer, si vous en avez, avez-vous laissé vos enfants conduire une voiture de sport lorsqu'ils etaient collégiens ? Pourtant vous laissez les élèves conduire sur internet sans aucune forme d'éducation préalable. Certes vous n'êtes pas Freinet, loin s'en faut mais vous venez de rater une occasion de lutter contre l'ingestion des fake news et l'influence des médias russes ou de la propagande djihaddiste sur les têtes des plus fragiles d'entre nous. Le comble pour le ministre d'un gouvernement qui légifère sur la question. En effet, l'école qui a déjà laissé les citoyens seuls et démunis devant les informations (au sens large) délivrées par la radio, la télévision et les journaux, répète la même faute politique et éducative aujourd'hui. Pas d'éducation scolaire au décryptage, à la compréhension des messages véhiculés par les réseaux sociaux et à l'addiction qu'ils provoquent. Pour Blanquer, il s'agit donc d'un domaine exclusivement réservé à la famille. L'école avait pourtant l'occasion de commenser les inégalités qui existent. Des actions d'éducation peuvent être facilement menées en classe, dans le respect des programmes scolaires. Je l'ai fait, pour l'éducation aux médias, à l'époque où je fus instituteur. Lire une image, observer la composition et la hierarchie entre les pages d'un journal, la "une", la titraille, les chapos, les signatures et la source de l'information, écouter un bulletin d'information, noter un JT, observer la dramaturgie, les intonations, les regards et les gestes, le langagae utilisé, le cadrage ... et se livrer à des exercices de création. Pas un seul élève ne traînait la patte. On peut signaler une action d'éducation populaire du Crepac, une scop créée par des journalistes virés de la télévision après mai 68, qui produisait des documentaires sur l'audiovisuel, "Certifié exact". Le secteur cinéma de la Ligue de l'enseignement en était partenaire. Sont-ils toujours visibles ? En attendant, on peut parier que les manipulations et les addictions prévisibles qui jouent un rôle déterminant dans un fonctionnement démocratique garderont de beaux jours devant elles. Populistes et fascistes peuvent remercier ce gouvernement (et les précédents) de cette absence d'éducation aux médias et à l'information, au débat, autant de lacunes qui contribuent à la propagation de leur poison idéologique et dont nous risquons tous de subir les conséquences. 

 

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