Après la votation, la décision

La votation citoyenne a fait bouger les lignes. Est Ensemble va faire le choix politique de la régie publique fin août. La fébrilité gagne le SEDIF...

La votation citoyenne a fait bouger les lignes. Est Ensemble va faire le choix politique de la régie publique fin août. La fébrilité gagne le SEDIF dont le Président, M. Santini vient d’envoyer une nouvelle lettre comminatoire aux élu-es du territoire.

 

Les lendemains d’élections sont toujours très chargés. Il est impératif pour les différents acteurs de s’ajuster aux résultats exprimés par les électeurs-rices. La votation citoyenne n’a pas dérogé à la règle. Est Ensemble réunissait son comité de pilotage sur l’eau ce lundi 1er juillet avec au menu la présentation d’une nouvelle étude « simulation du prix de l’eau ».

La distribution de l’eau revient beaucoup moins cher en régie

 

Dans cette étude, une bonne « surprise » (qui confirme que la régie publique revient toujours moins cher pour les usagers que la délégation à une entreprise privée) : « l’exploitation en régie de la distribution à l’échelle d’Est Ensemble (est) plus avantageuse économiquement qu’une DSP à l’échelle du SEDIF » selon le bureau d’études Espelia. La différence est de taille: 0,58€/m3 pour le SEDIF avec Veolia et seulement 0,34€/m3 pour la régie publique d’Est Ensemble, soit 41% de moins! C’est d’autant plus remarquable que le SEDIF bénéficie d’énormes économies d’échelle en desservant 4,5 millions d’usagers contre 320 000 pour la future régie d’Est Ensemble. Mais visiblement ces économies d’échelle ne profitent pas aux usagers. Le seul poste qui reviendrait plus cher est la gestion des abonnés qui serait …sous-traitée au privé, dans le scénario Espelia.

 

 

 Mais bien entendu, Est Ensemble n’a pas de capacité de production d’eau potable. Il faut acheter de l’eau en gros à un producteur, le SEDIF ou Eau de Paris. Le prix d’achat d’eau en gros au SEDIF est estimé à 0,66€/m3 (environ 15 cts de plus que celui d’Eau de Paris). Il faut donc continuer à se battre pour obtenir un approvisionnement au moins partiel d’Eau de Paris qui permettra de  faire pression à la baisse sur le SEDIF.

 

Il reste un dernier obstacle: les travaux à réaliser pour la déconnexion des réseaux. Le montant est (trop) élevé: 40 millions pour la déconnexion auxquels s’ajoutent d’autres travaux, par exemple pour les déplacements de réseaux pour les JO 2024. Ces travaux sont estimés à partir des demandes du SEDIF qui veut garder les conduites principales et les réservoirs. Mais ce n’est pas l’intérêt d’Est Ensemble qui dans le cas du transfert de compétences devrait récupérer gratuitement toutes les installations qui sont sur son territoire.

 

A cette étape, on aboutit à un prix plus élevé avec le passage en régie publique. Mais cette différence reste théorique, comme le reconnaît l’étude, et en agissant sur les différents leviers indiqués plus haut, on peut viser un tarif en baisse.

 

 Deux remarques importantes. La ligne rouge correspond au tarif actuel du SEDIF : rien ne garantit qu’il sera le même dans cinq ans ou dans dix ans. Entre 1994 et 2009, il a augmenté de 45% pour rebaisser ensuite sous la pression des usagers. Il est probable que dans les prochaines années, il reparte à la hausse avec les grands projets (inutiles)  de M. Santini comme le ring de l’eau.

Ensuite le gain réalisé sur la distribution de l’eau en passant en régie est un gain durable dont les usagers bénéficieront pour toujours. Le surcoût des travaux lui est ponctuel.

 

Décision politique en vue à Est Ensemble

 

La deuxième partie de la réunion a été consacrée aux décisions à prendre par Est Ensemble. Le Président propose de convoquer un nouveau conseil de territoire fin août pour acter le choix politique du retour en régie et du calendrier du passage en régie. Cela  s’inscrit dans la suite logique de la votation citoyenne et répond pleinement à nos demandes. Le Président a confirmé cette intention lors de la réunion du Conseil de territoire le mardi 2 juillet.

 

A noter que la délibération de prolongation de la convention entre le territoire et le SEDIF, présentée au Conseil de territoire, a été adoptée par 38 voix pour et 20 abstentions dont celles des maires socialistes de Bagnolet et des Lilas, du groupe écologiste et citoyen, de l’élue LFI, de plusieurs élu-es communistes dont la VP Sylvie Badoux… Les élu-es ont insisté pour que la décision d’Est Ensemble ne soit pas remise au lendemain des élections municipales comme cela était indiqué dans la notice de la délibération (qui n’a pas été reprise par le Président Gérard Cosme). Ils ont souhaité que la volonté politique se conjugue maintenant à l’avancée concrète du dossier…

 

Même si toutes les modalités ne sont pas encore connues, il est devenu clair qu’Est Ensemble va reprendre le contrat avec Veolia le 1er juillet 2020 et doit s’y préparer fortement, y compris en recrutant du personnel dès le début de l’année 2020 . Le travail du comité de pilotage doit lui aussi s’accélérer et une réunion mensuelle ne sera pas de trop!

 

Enfin pour constituer la régie, il faudra engager des débats et faire des choix sur le type de régie par exemple, la consultation de la CCSPL, etc. Nous y reviendrons.

Sedif’icile à avaler

Le succès et les résultats très clairs de la votation citoyenne (moins de 3% des habitants souhaitent le retour au SEDIF) ne passent pas au SEDIF et ont suscité l’ire de M. Santini. Celui-ci s’est fendu d’une nouvelle lettre comminatoire adressée aux élu-es d’Est Ensemble et aux député-es. M. Santini déclare nulle et non avenue la votation citoyenne… après y avoir participé de toutes ses forces: le SEDIF s’est payé deux jours de suite une pleine page de publicité dans le Parisien 93 à la veille de la votation! Et il a accepté de donner une longue interview de son directeur au supplément de Bajomag, expliquant le merveilleux fonctionnement du syndicat des eaux.  Enfin une forte délégation du SEDIF a participé à trois réunions publiques. Les électeurs et les électrices se sont donc bien prononcés en pleine connaissance de cause, avec toutes les informations dont nous disposons aujourd’hui. Le résultat écrasant en faveur de la régie publique fait écho à la demande forte de services publics qui s’exprime dans la société avec les luttes contre les fermetures de maternité, de bureaux de poste ou encore la  mobilisation contre la privatisation d’ADP. La votation traduit aussi un élargissement considérable du public concerné par les enjeux de la gestion de l’eau. C’est une première étape qui sera suivie d’autres. Pourquoi pas une nouvelle votation citoyenne après les élections municipales, comme en a exprimé l’idée Daniel Guiraud, maire des Lilas, au Conseil de territoire d’Est Ensemble? Cela permettrait de consulter les citoyen-nes sur la version aboutie du projet de régie publique et d’élargir encore le public concerné. La régie publique ne se fera pas sans les citoyen-nes!

 

 

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