La démocratie française est-elle représentative ?

La masse des électeurs n'ayant pas voté, ce qui n'en fait pas des abstentionnistes par principe, ne modifient en rien la question ci-dessous. Chacun sait que les raisons de ne pas voter sont multiples. Indifférence à la vie politique, volonté de ne pas participer aux élections, sentiment d'adhésion impossible à aucune force politique... et donc parler de parti abstentionniste est absurde.

Hors d’œuvre critique

Voilà une question qui revient toujours sur le tapis. Dépit ? Colère ? Inquiétude ? Peu importe ! Il nous faut trouver une réponse ferme, indiscutable, définitive, à ce propos. Sans quoi cette question restant sans réponse perd sa qualité de question et n'est plus que l'occasion pour chacun de défendre un point de vue politique dont il n'est même plus possible de dire qu'il est particulier, parce que toute opinion suppose un fait total qui la fonde. Si ce n'est pas le cas, à partir de quoi jugerons-nous de la pertinence des opinions s'exprimant sur cette question ? À partir des opinions elles-mêmes qui toutes se considèrent comme valable ? Qui ne voit, dans ces conditions, que la démocratie française pourra au final être définie tour à tour comme représentative ou pas, sans que nul ne puisse y trouver à redire, sauf mauvaise foi. Manque en effet l'opinion objectivement fondée qui peut départager toute opinion qui s'exprime sur le sujet. Mais fondée sur quoi dira quelque esprit retors, qui voit déjà la brèche par où s'engouffrer pour nier qu'en matière d'opinion, il existe la moindre possibilité d'établir quelque objectivité que ce soit ? Néanmoins étrangement, en sous-main, de faire comme si, en mobilisant l'argument du réalisme. Ce qui n'est possible qu'à condition de disposer de l'autorité nécessaire à son emploi. Il y en a pourtant une, de possibilité, qui est au fondement de l'idée de démocratie en général, bien qu'elle ne fasse plus l'objet d'aucun rappel, disons grosso modo depuis la chute du Mur et la fin de l'apartheid. À noter au passage, que cette perte de repère, ce déficit démocratique ou cet escamotage, conscient ou pas, peu importe, d'un tel fait qui fonde la vie publique démocratique n'est peut-être pas un hasard. Et il est sûr que, et nous verrons pourquoi, les milieux dirigeants ne peuvent que se satisfaire d'une pareille situation, pour le coup, anti-démocratique. Mais avant de répondre à cette question de la représentativité de la démocratie française, et cela de façon à la fois simple et irréfragable, par un oui ou par un non, revenons à la république cinquième du nom qu'un Bastien François, chercheur de son état, a défendu, au cours d'une débat sur Médiapart et à l'occasion du second tour des législatives, en disant qu'elle n'était pas responsable de tout. En effet ! Qu'est-ce qui est aujourd'hui responsable de tout ? Rien ! Et ce fait-là universel est sans conteste pour le mieux. Seul le croyant croit que l'homme est responsable de tout. Raison pour laquelle il a besoin d'un Tout à opposer au tout. Mais ce Tout-tout-là n'est rien d'autre qu'une vérité commode et, sur le plan de la vie publique, un facteur d'opportunisme, qui justifie tous les basculements, avec cette mauvaise foi caractéristique qui espère toujours rafler la mise. Aussi à la question, le pape combien de divisions, je réponds sans hésiter, une infinité. Ce qui laisse ouvert un large espace à l’interprétation. Aussi devons-nous imputer à la V° république des responsabilités rationnellement fondées, selon sa nature institutionnelle propre qui est, en dernière analyse, présidentielle. Chose qu'à ma connaissance, personne ne songe à contester. Tout le monde sait que la France, politiquement parlant, n'est pas l'Allemagne ou la Suisse et ne le sera jamais, parce que nul n'a le pouvoir de refaire l'histoire, sauf l'historien en chambre froide Furet et le citoyen-président De Gaulle qui l'ont déclarée tous deux, pour une période donnée, là gît le détail explicatif d'une telle façon devoir, nulle et non advenue, et cela avec une nonchalance sans bornes, qui montre bien qu'ils se définissaient comme appartenant à un peuple d'élite, sûr de son fait et dominateur.

Et plat de résistance politique

Il a beaucoup été question, à l'occasion des élections présidentielles et législatives récentes, de victoire volée, de déni démocratique, de légitimité présidentielle et parlementaire, d'abstention triste, bref de crise politique, qui n'a de sens, à l'heure actuelle, que s'il est question de représentativité. À savoir si celles et ceux qui sont élus sont représentatifs du corps électoral en son entier ? Parce que, sur le plan du fonctionnement des institutions, proprement dit, qui ne sont politiques qu'en seconde lecture, quoique étant premières et causes de tout ce qui advient politiquement en pratique, en tant qu'elles fondent encore, pour l'heure, l'activité des forces politiques existantes, le fait d'une possible crise et tout sauf avéré et vérifiable. La V° république n'a-t-elle pas un président, un gouvernement, des députés et sénateurs ? En quoi ceux-ci sont-ils empêchés d'exercer la fonction politique qui leur est constitutionnellement dévolue ? Sommes-nous au bord de la guerre civile, comme pourrait le laisser croire l'état d'urgence ? Le pouvoir est-il à la rue et contraint de transbahuter sa carcasse et de se réfugier en Allemagne, après avoir péroré sur la liberté du Québec et à Phnom-Penh, sur les guerres coloniales, vaines et inutiles ? La France est-elle occupée par une puissance étrangère ? L'état d'urgence, pour finir et en revenir à la situation présente, a-t-il empêché les élections qui viennent d'avoir lieu ? Non ! Parler de crise politique dans ces conditions est pour le moins un abus de langage, d'ailleurs fréquent dans les milieux médiatiques, qui mettent de la crise partout. Le mot crise ayant en fait valeur de point d'interrogation, la crise politique évoquée à l'instant, se ramène à ceci : quel rôle aujourd'hui pour les forces politiques en présence et cela relativement à toutes les questions de toute nature qui se posent à l'heure actuelle ? Ni plus ni moins. Ce n'est donc pas une question rhétorique, dans la mesure où il y a un objet réel, et en même temps si, parce que précisément la discussion porte sur des projets de gouvernement et des hypothèses économiques invérifiables, de manière immédiate, alors même que, et c'est pour le moins paradoxal, ces projets et hypothèses sont posés comme nécessaires. Au nom de quoi ? Du réalisme, bien sûr ! C'est donc la parole du pot de chambre contre la parole du potiron. Le premier détient la preuve matérielle d'un besoin satisfait alors que l'autre ne peut l'exhiber, parce que personne encore n'y a goûté. Mais bon ! Entre la merde et le potiron, je ne sais pas vous, mais moi, je ne suis pas un scarabée, je choisis le potiron. Quelque esprit retors rétorquera que mon ironie ne répond pas à la question posée. C'est vrai ! Mais au moins déjà, elle ne se pavane pas ni ne parade sur du comorien. Et en même temps, ce retors-là bondissant comme un diable, ne paie rien pour attendre et je vais d'ailleurs lui clouer le bec dans la foulée. Au bon vieux temps de l'Apartheid, ces messieurs-dames-là qui attrapent plutôt qu'ils ne tirent le diable des extrêmes par la queue, ne nous ont-ils pas abreuvé de ce slogan disparu des écrans-radars, un homme, une voix ? Or çà nous y voilà : en marche sur le dos du comorien à l'eau et donc bordé de requins, combien de voix ? Eh bien pas assez pour avoir en principe la majorité absolue à l'Assemblée. Il y a donc en France, des citoyens constitutionnellement désignés qui ont droit à plus d'une voix au chapitre des lois. Notre Bastien François, plus haut cité, se récriera : oui ! Mais c'est pour avoir une majorité stable. C'est dire l'instabilité de la démocratie française et d'ailleurs de la démocratie capitaliste en général. Fort bien ! Où est alors le renouvellement annoncé, autrement dit le désir de faire de la politique autrement ? Dans les têtes des bien-pensants ! Sur le papier de leurs papiers. Dans les mots qui tombent de leurs bouches. Reste qu'objectivement la représentativité institutionnelle ne représente pas les opinions exprimées par le corps électoral. Point-barre. Mais l'idiot médiatique a trouvé la parade. Dans la mesure où le patron représente ses salariés, en les opposant les uns aux autres, coopérant ainsi à sa propre autorité, il n'y a plus qu'à élire des représentants de la société civile et le tour est joué. L'avocat ne représente-t-il pas ses clients ? Le patron du raid, la sécurité ? Le lobbyiste, les malheureux groupes en butte à la concurrence la plus rude et dangereuse ? Sans parler du député moralement responsable de l'avenir de sa femme et des ses enfants. De quoi donc, et je laisserai le lectorat méditer sur cette question, la démocratie représentative est-elle représentative, si elle ne respecte pas son propre fondement, one man one vote ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.