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Billet de blog 30 mai 2017

Persillade de veau et son laurier romain

Le Français, comme le gaulois, est coupeur de têtes. Le premier les plantait devant sa hutte, pour avertir ses ennemis de son humeur guerrière. Le second, les collant au mur, leur colle des fléchettes, parce que tel est son plaisir, qu'il est, et pour cause, impossible de qualifier d'hommage même involontaire à Robespierre. Ces temps bénis et chéris, une tête de veau les uniraient symboliquement.

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L'éditorialiste Plenel manifestement, dès qu'il s'exprime, est tout à la fois vierge et paratonnerre. Se pressent et s'abattent sur lui, les feux de l'adoration et de l’exécration. Le malheureux voulait un rassemblement, il l'a ! Quand bien même d'ordre jupitérien, par polarisation autour de l'idée du nécessaire rassemblement de la gauche, en vue de s'opposer au président dont il voulait, mais ne voulait pas. Manœuvre tactique, il va de soi, qui se transforme en basse manœuvre et sectaire, dès lors qu'elle ne sert pas ses propres idées. Rien de nouveau ni d'extraordinaire à ce propos. C'est la vie démocratique normale des assemblées délibératives, dont le modèle est l'assemblée nationale. Un ensemble de clubs qui se donnent parfois pompeusement le nom de partis, socialistes et républicains, par exemple, alors qu'en fait ils ne sont que des coteries servant des intérêts bien réels qui, par transsubstantiation idéologique aléatoire, apparaissent comme intérêt général. Le bon larron buvant bon sang de bon apôtre présidentiel, s'écrie : quel cru ! J'y crois ! Et l'autre mal placé : pouah ! Ce n'est que vinaigre à salades ! J'en ai assez dit sur les aléas et j'en viens maintenant, sans transition, à César pris en tant que sésame ouvrant les portes du pouvoir. Métaphoriquement s'entend.

Le général Médiapart a une stratégie visant la conquête du pouvoir par dissémination d'actions démocratiques, elles-mêmes intégrées à des plans de bataille se développant lentement mais sûrement, par capillarité en laquelle sont appelés à converger le social et le politique dont l'union la plus étroite garantirait au final le renouvellement de la vie politique démocratique, mais de troupes point. Tout le problème est là. Le général frais émoulu a oublié qu'il est avant tout journaliste et, accordons-lui ce titre, correspondant de guerre. D'où sa prédilection pour les clichés et les photos d'instants t dont la valeur certes n'est pas à mépriser. Mais tout ce qu'il est possible de dire, à propos d'une pareille attitude, en France, vite ravalée en posture, c'est qu'il y a de la réconciliation dans l'air entre les Français et leur état supposé. Et cette communauté illusoire correspond bien à la volonté générale dominante du moment. Mais cette façon de voir les choses, sous ses dehors réalistes, n'est rien d'autre qu'un rêve qui fait abstraction de la réalité des luttes de classes réelles, s'y mêlant de façon parfaitement anecdotique, pour ne pas dire anachronique et journalistique. Les réactions que suscite cette page de grandeur française retrouvée et frappée au coin du rassemblement de toute la gauche l'illustrent à merveille. Les forces politiques réelles qui y sont convoquées ont toutes des présupposés qu'il est vain de vouloir ignorer, parce qu'ils sont le fruit d'expériences qui ne sont en rien fantasmées. Sauf à considérer les politiques publiques anti-sociales, toujours à l'ordre du jour, et qui ont contribué depuis plusieurs décennies, à fabriquer le présent tel que nous le vivons et le subissons, comme nulles et non advenues. Et nul ne peut s'en estimer quitte, en balançant à tout-va du sectarisme et du populisme, en lieu et place du gauchisme de guerre froide, à la fois cher à la place du colonel Fabien et de la rue de Solférino. L'histoire réelle de cette gauche-là de gouvernement et ses unions aussi plurielles que circonstancielles ne plaide pas, et c'est peu dire, en sa faveur. Quant à son utilité sociale, vécue en première personne, sa déconfiture présente me dispense de tartiner plus à fond sur le sujet. Et puis ce ne sont pas les considérations éditoriales ou plus, sur le sujet, qui manquent.

Dans toute cette affaire du nécessaire rassemblement de toute la gauche, porté par un élan qui se veut salutaire et salvateur, il y a une grande oubliée. À savoir que toute union est un combat qu'aucune série d'éditoriaux et d'articles ne saurait dépasser, en transcendant les oppositions et divergences, requalifiées, sous prétexte d'unité, en problèmes mineurs et secondaires, qui sont constitutifs de ce combat. Et tout cela, qui n'est que gageure, à supposer que la gauche en son fond soit une et indivisible. C'est mal connaître l'histoire ou pire croire qu'elle n'est qu'un terrain vague à farcir de soldats de plomb, obéissant, et pour cause, comme un seul homme, à la volonté de quelque vaillant stratège, tout à sa joie de vaincre un ennemi imaginaire. Certes je n'ai rien contre les fictions, dans la mesure où elles se projettent vers l'avenir et non en ce qu'elles prétendent régenter le présent. Et ce présent justement quel est-il ? Il est justement, qu'à tort ou à raison, peu importe, la gauche et ses représentants ont trahi l'espérance sociale. La seule victoire politique dont ils peuvent se targuer, et encore est-elle par défaut, est celle remportée sur le gauchisme, par CRS interposés et autres lois et mesures de libération sociétale, qui renvoient, au bout du compte, si analysée en termes de dynamique réelle, à la gestion d'état, plus utile au patronat qu'au salariat considéré dans son ensemble, qu'au vieux réformisme ouvrier et syndicaliste. Bref, cette gauche-là, utile au capital jugé par elle incontournable, est réformatrice et gestionnaire, qui ne connaît le camp des travailleurs que comme chimère ou pire horrible goulag. C'est que, figurons-nous-le, ces Français-là, indivisibles, ne sont pas, comme les diviseurs, et insoumis et sectaires, des bédouins, des barbares, des bêtes féroces à plomber. À chacun son plan B. Le moins qu'il soit possible de dire, en matière de rassemblement de toute la gauche, est que la chose est mal partie, parce qu'emmanchée comme piolet à fendre les crânes d'une armée vue comme mexicaine ou zapatiste ou bolivarienne. Je dois dire que ce militantisme par procuration ne me retient pas. Les faits sont les faits qui disent sans fard que la gauche de gouvernement s'est illustrée, en organisant le naufrage volontaire d'un modèle social dont elle se voulait la garante intraitable. Mais non contente d'être satisfaite de cet heureux résultat d'ampleur mondiale, elle revient en Robinson conquérant qui prétend initier Vendredi aux heurts subtils d'une civilisation tout de mémoires sonnant et trébuchant et seulement comptable de ses bonnes actions. Se donner le beau rôle, faire le beau, décidément, tout ça sonne comme un air mil fois vu et donc comme crâne pape trépané en cloche, toujours déjà tout neuf.

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