Après le "non" grec, comment analyser le bouleversement des interprétations?

 

Qui peut revendiquer le "non" grec ? le Font de Gauche ou le Front national ? Qui a gagné la démocratie ou le populisme, le nationalisme ou la souveraineté populaire ? Les débats s’annoncent sans fin, avant que les événements ne tranchent, c’est-à-dire qu’un individu charismatique s’impose comme point de ralliement des courants antagonistes qui agitent les opinions et créent un véritable champ magnétique.

L’analyse du phénomène peut être conduite en suivant les propositions de Jean-Pierre Faye proposées en 1972 dans ses livres Théorie du récit et Langages totalitaires. On peut se dispenser des bases théoriques revendiquant un marxisme revisité pour s’approprier les conclusions pratiques de la réflexion menée sur tous les récits divers qui permirent de constituer dans les années 1920-1930 en Allemagne le maillage au sein duquel Hitler et la narration nationale-socialiste s’installèrent.

Les récits ont « défini l’acceptabilité des discours prononcés ou à prononcer des actions effectuées ou à venir » et ont rendu « acceptables » les pratiques totalitaires. Cette « énergie du langage » a façonné une « topographie » dans laquelle sont apparus des « énoncés signifiants » et des « agrégations de mots-clés » créant des séries synthétiques. Le tout a rendu possible la mise en place de « quasi-langues » autorisant des circulations voire des « permutations croisées » de mots et de noms transformant en totalité les références antérieures.

 Pour expliquer simplement cette topologie, Faye proposait la figure du fer-à-cheval, au cœur duquel Hitler « chef somnambule d’une secte insignifiante » avait trouvé la reconnaissance. Il lui avait suffi d’occuper la position centrale pour que son « discours vide, vide » soit reconnu comme celui qui répondait à toutes les attentes.

 On peut remplacer « Centre » par « Libéralisme  et européisme » et modifier en conséquence les dénominations de partis pour saisir ce qui se met en place, aujourd’hui en Europe, et essayer de ne pas rester prisonnier des champs de force des récits qui nous emprisonnent dans de fausses alternatives.

 

 

 

 

 

Voir l’article de Pierre Favre, Faye (Jean-Pierre) - Théorie du récit, Introduction aux "langages totalitaires", La raison critique de l'économie narrative. Faye (Jean-pierre) - Langages totalitaires, Critique de / la raison / l'économie / narrative., Revue française de science politique, 1976, vol. 26, n° 3, pp. 600-610.

 

 

 

Adaptation du « fer-à-cheval des partis », tiré de Jean-Pierre Faye, Langages totalitaires, Hermann, 1972, p. 407.

 

 

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