Faut-il interdire l'expression "pouvoir régalien" ?

Il va falloir que "nos politiques" en culotte courte arrivent à ne pas se penser détenteurs d'un "pouvoir régalien" comme la mode, lamentable et inquiétante, s'est imposée pour parler des pouvoirs liés aux fonctions présidentielles. Qui va organiser des stages de "dérégalianisation" ?

Sans tomber dans ce que je dénonce, le rappel intempestif, voire incontinent, à la période de la Révolution française, la phrase de Saint-Just :

"On ne peut point régner innocemment : la folie en est trop évidente"

mérite qu'on la médite.

Il faudrait que "nos politiques" en culotte courte arrivent à ne pas se penser détenteurs d'un "pouvoir régalien" comme la mode, lamentable et inquiétante, s'est imposée pour parler des pouvoirs liés aux fonctions présidentielles.

En insistant sur son côté impératif, voire discrétionnaire, en acceptant qu'il soit personnel et même secret, le pouvoir "régalien" pervertit totalement la compréhension de ce que la démocratie doit être : conjuguer la nécessité de la prise de décision dans l'urgence voire le secret avec le respect de la collégialité responsable.

Voilà des années que je m'insurge contre cet emploi à tout va de "régalien" qui gonfle les chevilles des petits marquis qui veulent faire admirer leurs beaux organes et qui ronfle dans le gosier de tous les petits Homais de province qui attendent du "roi" la croix d'honneur et la possibilité de grignoter un cocktail sous les "ors de la république".

Je sais que c'est perdu d'avance et qu'à tout prendre je ne suis qu'un vieux grincheux, espèce promise à la disparition par le nouveau monde. Je sais aussi que l'ancien monde de mon enfance était tout aussi puant et qu'il nous a légué des souvenirs nauséabonds. On peut sinon espérer un monde meilleur, au moins attendre que la vigilance demeure et que des règles soient portées par la collectivité pour limiter les dégâts.

Dans cette perspective "l'affaire Griveaux" aussi minable qu'elle soit, doit être prise à l'aune de ce qu'elle signifie : un symptôme, un bouton purulent qui dit que l'infection est là.

Tant qu'à faire, j'aimerais autant que le médecin - ou "la médecine"? - qui sera investi/e du soin à apporter n'y aille pas à coups de marteau en confondant les petits malades et le régime démocratique et en jetant le tout ensemble pour faire croire aux "masses" au coup de balai purificateur.

Pour mémoire, Saint-Just, qui ne voulait ni de roi ni de terreur (eh oui!), est resté muet les 26 et 27 juillet 1794 incapable de trouver une alternative au coup d'Etat qui l'envoya, avec Robespierre, à la guillotine.Ce n'est pas très "sexy" - pour rester dans le ton de l'époque - ou encourageant - pour garder mes vieilles habitudes.

Décidément, l'exemple de la Révolution est à utiliser avec précaution !

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