La Terreur parlons en et balayons devant notre porte

Devant les prises de position liées au jeu Assassin's Creed et le billet de Michel Biard, de l'Université de Rouen, il me semble nécessaire de poser la question autrement.

Si ce jeu est truffé d' "erreurs" et reprend les calomnies ordinaires sur la Révolution, il faut savoir pourquoi depuis qu'il y a des historiens et qu'ils publient, la "légende noire" de Robespierre et de la Révolution continue d'être aussi populaire ? Il y a autre chose à dire que ce sont des déformations dues à des pervers ou des malins, mais à affronter les contradictions de la Révolution sans tabou, sans tourner autour du pot (peut-on dire heureusement pas plus de 800 guillotinés ?) sans dresser un tableau rose et faux (Robespierre n'a jamais rien fait pour les femmes et surtout pas pour leur vote, quant aux juifs, Grégoire a fait davantage). Inutile de vilipender un jeu, qui a ses défauts indéniables, et de se la jouer "lonesome cowboy far from archives", et agissons pour que cette légende s'effrite, en commençant par reconnaître pour de bon ce qui s'est passé en Vendée, pour que le pays en fasse le deuil !, en continuant à refuser la "terreur" pour de bon, pour que le pays accepte de penser qu'il s'agissait d'un état d'exception et pas une phase révolutionnaire aiguë.

Dit autrement, laissons aux politiques le choix de leurs arguments et des symboles qu'ils aiment ou détestent dans le passé. Les historiens ont la mission d' élaborer des analyses visant le consensus pour que le deuil puisse se faire. C'est de cette déchirure mal refermée, qui s'appelle la révolution et la guillotine, la terreur et Robespierre, la Vendée et la contre-révolution, que nous souffrons toujours. Les moyens pour suturer la plaie existent, il est urgent qu'on les utilisent sans chercher à polémiquer.

Changeons aussi notre attitude devant Ubisoft. Il est inutile d'élever nos petites barricades de livres tirés à 1 000 exemplaires contre les 50 millions de cassettes de jeux. Mais servons nous de cette occasion pour montrer qu'aussi petits que nous sommes, nous sommes les cailloux dans les chaussures, ou plutôt les bottes de sept lieux de fabricant de jeux, que nous sommes convoqués pour dire le vrai, et que même si nous ne sommes pas entendus autant que nous le souhaiterions, nous prenons la parole. Mais rappelons nous que plus notre parole sera claire, simple à comprendre et tiendra compte de la complexité des faits historiques, plus nous serons crédibles et plus nous pourrons dissoudre les légendes. 

Balayons devant notre porte, les méchants ne pourront plus s'approprier les saletés qui encombrent.

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