Allons bon! On a oublié l’anniversaire de la République!

« Le vingt-deux septembre, aujourd’hui, je m’en fous » ! C’est la réflexion que je me suis faite le 4 de ce mois quand le président Macron sous la voute du Panthéon avait rappelé les cent-cinquante ans de la République, proclamée par Gambetta. L’idée de fêter la naissance de la République, ce jour-là, m’avait quand même paru un peu étonnante, pour ne pas dire bizarre.

Allons bon ! on a oublié l’anniversaire de la République !

Brassens avait raison … « le vingt-deux septembre, aujourd’hui, je m’en fous » !

C’est la réflexion que je me suis faite le 4 de ce mois quand le président Macron sous la voute du Panthéon avait rappelé les cent-cinquante ans de la République, proclamée par Gambetta. L’idée de fêter la naissance de la République, ce jour-là, m’avait quand même paru un peu étonnante, pour ne pas dire bizarre.

La République est née en 1870 faute de consensus entre royalistes et a été portée ensuite par ceux qui l’auraient enterrée s’ils l’avaient pu, après l’insurrection parisienne contre « les forces de l’ordre et les élus ». Les forces de la liberté, chère au président, avaient été écrasées vite fait par la République vagissante ; si bien que je n’arrive pas vraiment à comprendre comment « cette liberté collective du peuple » est devenue aujourd’hui une valeur quand elle fut si condamnée, à la fois par les opposants à la République et par ceux qui, après 1877, en devinrent les partisans. 

Voir la république en 1870 comme le moyen d’éviter au pays de « se briser » tient plus de l’invocation que du rappel historique. Le vrai moment de la République contre ses ennemis c’est bien plutôt la première république, celle qui naît le 22 septembre 1792, tout aussi furtivement d’ailleurs, au sein de la Convention menacée directement par les troupes étrangères et contre-révolutionnaires alors à quelques jours de marche de Paris. Ce fut bien l’élan de Valmy qui, sans trop exagérer, permit à la République d’exister et de rassembler les révolutionnaires très modérés et les extrémistes, ceux qui avaient caracolé à Valmy et ceux qui avaient commis les massacres de septembre. Si l’on veut parler de « combat » alors parlons de 1792.

On aurait d’ailleurs pu parler aussi de 1848, février et juin, quand la République, deuxième du nom, chercha un équilibre au prix d’affrontements fratricides et en bénéficiant des votes des paysans contre-révolutionnaires ralliés derrière leurs seigneurs et leurs curés qui avaient bien vu que la république pouvait être aussi ce rassemblement de mots d’ordre malléables.

 Dans tout cela, de « bloc », mot qui est sans doute le plus cité au Panthéon, il n’y en eut guère, et il faudrait vraiment plus d’éloquence pour lui donner cette unité, à l’image du Clemenceau de 1891 assurant péremptoirement que la Révolution était un bloc ! Le mot fait encore mouche, mais personne n’y a cru à commencer par son auteur, qui avait son idée précise de ce que révolution voulait dire et excluait.

La république ne sauva jamais le pays, mais ce fut le pays qui se sauva en se raccrochant à la république faute de mieux, dans les conflits menés contre ses adversaires et au sein même de ses partisans. C’est pour cela que si je comprends que l’on puisse dire que « la République n'est pas donnée, jamais acquise », j’ai du mal à savoir ce que veut dire qu’elle soit « une conquête… toujours à protéger ou à reconquérir » puisque rien n’est donné, qu’il n’y eut jamais de recettes, de modes d’emploi, de vade-mecum, mais seulement des transactions, des affrontements, des luttes. La République n’est pas Marianne que l’on courtise, que l’on conquiert et que l’on défend. Et c’est valable « pour nos jeunes » et pour tout le monde.

Tous ces exemples, à commencer par celui du 22 septembre 1792, rappellent que la république ne peut pas se résumer à « la liberté de participer au choix de ses dirigeants » au « droit de vote », et qu’elle a été profondément liée à l’insoumission du peuple, et même parfois au verdict des urnes. Pas de république sans révolution le 10 août 1792, en février 1848, en septembre 1870, pas non plus sans le travail actif des militants républicains de 1877.

Dans tout cela les « combattants de la liberté » n’ont jamais été faciles à identifier et bien des luttes intestines ont traversé leurs rangs. J’aurais même tendance à penser qu’en 1792 et 1793, il y eut même des « peuples » pour parler comme Michelet qui revendiquèrent leurs libertés contre « la liberté » qui était la norme. Dans tout l’Ouest, en Alsace ou dans la vallée du Rhône des conflits violents en découlèrent qui marquent nos mémoires et obligent à penser les contradictions de la République.

 C’est dire qu’il ne suffit pas de citer les « Français de sang mêlé » venus d’outre les frontières. En 1792, la France n’avait pas d’unité linguistique et il ne faut pas voir Grégoire comme l’empêcheur de parler de la République en breton. Encore en 1794, les textes de lois étaient traduits en breton, en occitan, en flamand… La petite période d’extrémisme linguistique ne contamina jamais toute la révolution. L’unité française n’arriva que dans les années 1880, malgré les langues régionales, malgré le « racisme » anti breton si présent en 1870 quand les mobilisés de Bretagne stationnaient autour du Mans !

 De ce point de vue, oui, il est bien difficile de savoir quand la République commence. Assurer que c’est bien avant la République elle-même semble un peu violent, sauf à penser que la monarchie millénaire, qui avait façonné le pays administrativement et politiquement, aurait préparé cette république absolue et monarchique qui semble la terre promise.

Gare alors, à la résurrection des combats pour la liberté du peuple.

Jean-Clément Martin 

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