L'Intrigant d'Aurore Chéry ou à la recherche du passé perdu

A propos du livre d’Aurore Chéry, L’intrigant. Nouvelles révélations sur Louis XVI, Flammarion, 2020 renverse les interprétations existantes. Il convient de le confronter aux exigences de l'histoire, et d'évaluer ces révélations qui sont loin d'être concluantes.

A la recherche du passé perdu

A propos du livre d’Aurore Chéry, L’intrigant. Nouvelles révélations sur Louis XVI, Flammarion, 2020, 602 pages.

 

Avec un titre qui correspond tellement bien au sentiment que le lecteur éprouve devant ce livre si intrigant, Aurore Chéry, connue pour ses publications sur les corps des rois au XVIIIe siècle et pour ses critiques envers le roman national, publie un ouvrage qui entend renverser la table.

Pour faire bref, sans exagérer, rien ne résiste à l’approche inédite qui est faite dans ces pages. Louis XVI cesse d’être ce roi maladroit et indécis qui finit tragiquement sur la guillotine faute d’avoir su s’opposer à ses ministres, à ses peuples et à son épouse. Tout au contraire, en suivant Aurore Chéry, Louis XVI fils du Grand Dauphin, mort avant d’avoir régné, s’est forgé pendant son enfance difficile dans une Cour hostile un caractère trempé, faisant de lui un homme taciturne, décidé à mener ses propres intrigues selon des convictions religieuses et politiques fermes. Convaincu de la nécessité de réformer le royaume, jusque dans ses fondements, Louis XVI, malheureux d’être roi, aurait entrepris de convertir le pays en république, au sens antique du mot, manipulant ses proches, ses ministres et d’innombrables agents, dont beaucoup deviendront même des révolutionnaires très connus. Loin d’être une défaite, sa mort est présentée comme une consécration acceptée de plein gré, d’autant plus justifiée que la France entre ensuite en guerre contre l’Angleterre, ce qui aurait été la volonté de Louis XVI. Ainsi le roi aurait-il réussi à ce que le pays puisse « poursuivre et propager sa révolution » avant de réaliser « l’empire » qui aurait été son rêve[1].

On admettra que le propos est à tout le moins iconoclaste et dérangeant puisque tous les épisodes de la Révolution sont ainsi revus et réinterprétés, quand ils ne sont pas simplement bouleversés de fond en comble. C’est notamment le cas de la fuite arrêtée à Varennes, qu’il faudrait lire comme un échec programmé par Louis XVI pour radicaliser la révolution au profit de l’idée républicaine promue par les extrémistes liés secrètement à lui ; c’est aussi vrai de la prise des Tuileries, qu’il aurait voulue pour se débarrasser des royalistes qui voulaient conserver en état la monarchie absolue. Ainsi toutes les interprétations convenues s’écrouleraient-elles. Même Fersen, qui serait le père du deuxième fils de la reine (le futur Louis XVII), aurait servi aux calculs compliqués de Louis XVI désireux de vivre son amour avec sa maîtresse Françoise Boze et de régner sur un pays régénéré, libéré des contraintes imposées par les monarchies environnantes. Adieu à la reine libertine…

Tout le livre réévalue la personnalité cachée du roi et conteste tout ce qui est dit de lui ordinairement.  Si A. Chéry ramène la taille du roi à 1 m 76, contrairement aux estimations de Paul et Pierrette Girault de Coursac qui parlaient d’un mètre quatre-vingt-dix, elle contredit la maladresse, l’indécision et la faiblesse qui lui sont attribués. Tout au contraire, elle brosse le portrait d’un redoutable manœuvrier et d’un véritable visionnaire, œuvrant au sein d’un formidable enchevêtrement de réseaux tous plus compliqués les uns que les autres. On y retrouve les grands noms de la Révolution auprès desquels les espions de John Le Carré ou de Robert Little n’apparaissent plus que comme d’aimables amateurs, so british.

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En cela, l’entreprise est d’emblée sympathique et novatrice. L’histoire n’est plus le vol un peu paresseux de la chouette partant au coucher du soleil, mais devient ce vent impétueux qui, parti des alcôves, balaie tout le pays ! Pour paraphraser une phrase célèbre - et apocryphe - ce n’est pas une révolte mais bien une révolution qui sortirait de ce livre.

Dans l’historiographie de la période révolutionnaire, divisée jusqu’à ses extrémités par d’innombrables querelles depuis sa naissance, le roi a été toujours victime des règlements de compte même parmi les partisans de la monarchie qui ne manquent pas de lui imputer la responsabilité de la réussite révolutionnaire ; l’historiographie favorable à la révolution n’a guère contribué à un approfondissement des connaissances, si bien que cet ouvrage peut être considéré comme un changement bienvenu, à condition que ses démonstrations résistent à l’examen indispensable pour le faire reconnaître dans l’histoire universitaire scientifique. Mais chat échaudé craint l’eau froide ; j’ai connu d’autres introductions fracassantes d’idées originales qui l’étaient d’autant plus qu’elles respectaient peu les règles méthodologiques élémentaires. Il faut donc toujours et encore se remettre au travail.

Il conviendrait de prendre systématiquement toutes les étapes de ce livre qui interpelle le lecteur sans cesse confronté à des analyses inédites et à des personnages parfois totalement méconnus. Le plus urgent est sans aucun doute de s’intéresser à son apport le plus détonnant : la maîtresse du roi, la femme du peintre Boze, protestante et espionne. Alors que toute l’historiographie répète que Louis XVI se distingue précisément de ses prédécesseurs pour n’avoir pas entretenu de liaisons – ce que j’ai d’ailleurs repris à mon compte - A. Chéry, au contraire, fait de cet amour caché l’explication centrale de la vie du roi. Je ne discuterai ici de cette proposition que sous l’angle des sources et de la méthode. Qu’est-ce qui est avancé dans le livre pour justifier une pareille découverte ? Je ne m’occuperai que de cette question ici, alors que tant d’autres aspects méritent tout autant d’attentions.

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Le chapitre 21 (p. 197-226), l’un des plus longs du livre, est intitulé sobrement « Françoise ». A. Chéry reprend d’abord à son compte l’existence d’une autre maîtresse, Marie Philippine Lambriquet, qui aurait eu une fille du roi plus tôt. Elle ne discute pas le fait que Jean-Christian Petitfils, biographe du roi, estime qu’il ne s’agit que d’une « pure invention » connue et récusée[2]. Ensuite pour introduire Françoise, A. Chéry s’appuie sur une rumeur circulant parmi les soldats russes circulant à Paris en 1814[3], ce qui ne laisse pas d’étonner le lecteur, qui n’est pas vraiment rassuré par la source invoquée enfin pour justifier l’affirmation : la biographie du peintre Boze publiée en 1873 par un neveu citant les souvenirs familiaux[4]. Une note justifie le recours à cette « biographie [qui] paraît fantaisiste » si on la lit « au premier degré » mais qui serait « instructive » si l’on possède « un certain nombre de clés » comme le dit A. Chéry elle-même. Précaution louable. Pourquoi pas ? Par expérience, je sais que l’histoire de la guerre de Vendée ne peut être approchée correctement qu’en utilisant, avec les précautions ordinaires, des mémoires et des récits très postérieurs aux faits.

Lisons donc Volcy-Boze. On y apprend qu’après être mariée en 1770, Françoise alors âgée de 19 ans, suivit son mari à Paris, où il se distingua, vers 1779, avec un portrait de la reine réalisé sur indications sans avoir rencontré le modèle. Le roi aurait ensuite fait venir le peintre à Versailles et fréquenté son atelier. Mais ce n’aurait été qu’au printemps 1782, que le roi aurait été frappé par la beauté de Françoise à l’occasion du bal donné en l’honneur du comte et de la comtesse du Nord (les futurs souverains de la Russie) – fait qui donne la date. Deux ans plus tard, en 1784, Louis XVI aurait demandé à Françoise, alors enceinte, de devenir la nourrice de l’enfant (le futur Louis XVII) que portait la reine[5].  

Pour A. Chéry, il est assuré que Françoise aurait été enceinte de Louis XVI, leur liaison ayant débuté dès 1780. Elle suspecte même que la possibilité d’échanger les enfants à la naissance avait été imaginée entre les amants. Ce qui n’eut pas lieu parce que les accouchements, de la reine et de Françoise, ne coïncidèrent pas et que Françoise eut une fille. Reste que le lecteur se demande pourquoi A. Chéry a abandonné la chronologie proposée par Volcy-Boze, en avançant ainsi les dates marquantes de la liaison sans donner aucune indication justifiant ce choix ?

Il est vrai que Volcy-Boze commet allègrement quelques erreurs de dates, mais je reste peu convaincu par les achats de châteaux par Louis XVI que cite A. Chéry pour prouver que le roi veut cacher Françoise dès 1782. Ce qui est bien plus stupéfiant est de lire que c’est dans cette intention que le roi installe Françoise dans l’hôtel Fortisson, rue des Bons-Enfants (aujourd’hui rue du peintre Lebrun) à Versailles, sous le nom de comtesse Marie-Josèphe Françoise Waldburg-Frohberg, épouse de Stanislas Dupont de La Motte[6].

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Avant de continuer dans une histoire qui va se révéler à triple ou à quadruple fond, il faut s’arrêter sur une affirmation surprenante : le couple Boze aurait été composé par deux « agents du réseau protestant » dès 1775, lié au « réseau des botanistes » en rapport avec l’Académie des Sciences. Ce serait même à l’occasion de ses « activités au service du renseignement » que Françoise et Louis XVI se seraient rencontrés. Pour autant aucune source ne vient étayer l’affirmation et on ne voit guère ce qui se trouverait dans les caisses de graines qui traversent les océans. Dans les notes, Volcy-Boze est invoqué mais en vain, ainsi que l’historien de l’art Gérard Fabre qui explique comment Boze obtint la reconnaissance par l’Académie des Sciences de ses compétences mécaniques, mais sans aller au-delà[7]. Le lecteur pourrait alors se demander pourquoi n’avoir rien fait de l’appartenance de Françoise à une famille d’horlogers liés aux horlogers suisses et neufchâtelois calvinistes ? On sait que ce lien communautaire fera par exemple que Marat protégera le fameux horloger Bréguet, installé à Paris puis à Versailles, au moment de la Révolution ; on comprendrait mieux aussi pourquoi Françoise Boze a demandé du secours à Simone Evrard, compagne de Marat, en 1793[8]

A. Chéry n’avance rien de convaincant, disons-le simplement. Faute de preuves flagrantes pour justifier ce rôle politique clandestin du couple et notamment de Françoise, A. Chéry préfère invoquer d’abord le pasteur Rabaut dit Saint-Etienne qui allait jouer un grand rôle dans l’obtention de l’état civil des protestants en 1788 et qui est présenté ici comme le « protégé » du roi, ou ensuite, et l’étonnement du lecteur redouble, le botaniste anglais James Edward Smith. Celui-ci aurait rencontré le roi lui-même dans un « rendez-vous politique secret » le 7 août 1786 à Saint-Germain en Laye, confirmant l’implication des protestants dans les complots. Le roi aurait prétexté une chasse et, selon A. Chéry, inscrit un tableau de chasse aussi impressionnant que faux, 232 pièces, pour cacher cette rencontre. La justification vient d’un livre savant consacré à Linné[9].

La source est le récit fait par Smith qui raconte très précisément sa journée. Pendant son séjour à Paris, il a l’occasion d’être invité chez le maréchal de Noailles alors que celui-ci accueille le roi qui vient chasser. Celui-ci est à pied suivi par huit pages qui présentent des fusils chargés qu’il utilise sans discontinuer. Il tue ainsi le gibier que des rabatteurs lèvent pour lui, tandis que dix à douze gardes suisses et plusieurs personnes à cheval l’escortent. Cette petite foule, dans laquelle Smith se trouve comme invité, est entourée par des gardes qui tiennent à distance des spectateurs. Dans cette journée le roi a tué tout ce qu’il visait et a échangé quelques mots avec Smith sur la santé du roi d’Angleterre : point de secret, une rencontre anodine et bien une chasse[10]. Le lecteur que je suis, et qui ne sait peut-être pas voir comment le secret circule sous les propos les plus banals, reste sur sa faim à propos des activités sentimentales et clandestines de Françoise.

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En revanche, son imagination s’enflamme quand on revient à l’installation de Françoise sous le nom de Marie-Josèphe Françoise Waldburg-Frohberg, épouse de Stanislas Dupont de La Motte dans l’hôtel Fortisson. Laissons de côté d’emblée deux questions qui resteront sans réponse. L’histoire veut que Boze s’établisse, luxueusement, à Versailles en 1785 mais ne dit pas ni qu’il se serait séparé de son épouse, ni qu’il serait venu clandestinement rue des Bons-Enfants. Comment concilier ce qui est avéré, avec ce nom d’emprunt et cette location ?

Mais peut-on être clandestin dans l’hôtel Fortisson ? C’est peu probable, car le bâtiment, imposant et réputé, relié directement au palais de Versailles, abrite les dames du Palais et a hébergé notamment la Polignac et la Lamballe. On peut imaginer nid d’amour plus discret[11]. Comment supposer que Françoise serait restée anonyme sous le nom de comtesse Waldburg-Frohberg dans ce lieu de passage des courtisanes les plus puissantes ?

Plus que le lieu, le pseudonyme est intrigant, car cette comtesse serait mariée à un certain Stanislas Dupont de la Motte. A. Chéry donne une explication surprenante. Dupont de la Motte, administrateur du collège de La Flèche de son état, aurait contracté un mariage fictif, ceci expliquant qu’il n’aurait jamais présenté son épouse à ses collègues de La Flèche. La comtesse serait donc bien Françoise et le nom est fictif. Or le dit Dupont est un personnage en chair et en os et n’est pas inconnu. Il a laissé un journal étudié en détail, attestant que si, effectivement, il est d’une discrétion remarquable sur sa vie familiale, il mentionne les accouchements de son épouse[12]… qui ne peut pas être Françoise ! et avec laquelle il a encore des relations épistolaires en 1790[13]. Quand on sait l’itinéraire de la dame, on peut comprendre la discrétion du monsieur.

La comtesse est peut-être une fausse comtesse, on peut passer ce point, en tout cas elle est bien une personne vivante, mal connue certainement, mais ni inconnue, ni prête-nom. Sa présence est attestée dans un des carrosses du cortège royal du 21 janvier 1782 (ça ne s’improvise pas) à Versailles avant d’être envoyée à la Bastille un mois plus tard, au motif qu’elle s’était emparée du cachet de la reine et qu’elle vivait aux dépens de grands courtisans et hommes d’Etat français et étrangers avec lesquels elle correspondait abondamment[14].  Pendant les cinq mois passés en prison, elle reçoit la visite de la princesse de Lamballe, qui vient peut-être s’assurer que la prisonnière ne publiera rien, avant d’être relâchée sans autre poursuite. Vraie ou fausse comtesse ? Sans doute fausse, d’autant qu’elle aurait ensuite pris d’autres identités, comtesse de Montjoie, baronne de Hassen, madame de Waldeck, vivant en Angleterre et en France.

Le plus étonnant est qu’on la retrouve plus tard étrangement mêlée à l’affaire du collier en 1785-1786 sous le nom de Dupont de La Motte (donc le nom du mari bien réel). Dans cette histoire rocambolesque – et toujours mal connue – une autre Madame de La Motte, descendante des Valois (qu’il faut l’appeler La Motte-Valois pour la distinguer de la première), est au cœur d’une escroquerie compliquée qui implique le cardinal de Rohan et la reine. Il est hors de propos ici de donner plus de détail, mais cette comtesse Waldburg-Frohberg, ou « madame de La Motte 1 » se trouve compromise dans un arrangement passé sous la garantie du père Mulot, futur révolutionnaire, pour obtenir de l’argent en épousant un riche naïf, un certain baron de Fages, désireux de consoler la mère abandonnée d’un enfant qui lui aurait été fait par Rohan ! Fages aurait été lancé dans l’affaire par un certain Bette d’Etienville, personnage curieux et chevalier d’industrie, qui allait s’éteindre en 1830. Le mariage aurait permis de faire circuler le collier officiellement avant que La Motte-Valois et ses affidés ne s’en emparent, une sorte de blanchiment. L’arrestation de Rohan fait capoter l’opération et tout ce petit monde se disperse. Dans cette opération La Motte 1 se fait appeler Mella de Courville, ex-comtesse de Salzberg (Solleberg, Salleberg)[15]. Une estampe la représentant en buste sous le nom de Mella de Courville Sulbark est répertoriée dans la collection de Vinck de la Bibliothèque nationale de France[16].

Pour A. Chéry, puisque Madame de la Motte 1 est bien le pseudonyme de Françoise, si elle réapparaît en 1785 ce n’est que sous l’effet d’une invention du ministre Breteuil qui veut accabler le roi en attaquant sa maîtresse. Ce serait dans cette intention que Breteuil rappelle l’existence de l’emprisonnement de 1782 et qu’il invente cette fable du mariage ajoutée à l’affaire du collier. Il est vrai que tout cela est vertigineux, mais en niant l’existence de madame La Motte 1, en voyant le roi visé derrière le fantoche Bette d’Etienville, A. Chéry est conduite à douter de la matérialité même du collier[17].  Je m’arrête ici sur ce point et je me garderai bien de participer à la chasse au trésor, ou plutôt aux diamants, que ce soit ceux de 1785 ou ceux qui furent volés en 1792 dans le garde-meuble. Ils demeurent encore fort mal connus et ils traversent ce livre sans que je ne puisse rien en dire. En revanche, la « matérialité » de Madame La Motte 1 me semble bien réelle.

Madame La Motte 1 est une de ces aventurières qui circulent dans la cour royale –  comme dans toutes les cours monarchiques ou républicaines – et qui bénéficient d’appuis et de relations pour des motifs peu avouables mais bien communs[18]. Reste qu’on ne peut pas penser que la comtesse et Françoise serait la même personne. Le dernier épisode connu de la vie de cette Dupont de La Motte a été son incarcération sur ordre du Comité de salut public, le 21 juillet (encore un 21 !) 1794-3 thermidor an II, sur proposition de Saint-Just[19]. Elle aurait été compagne de cellule de la citoyenne Beauharnais, future Joséphine et impératrice. Arrêtons là ce qui serait l’ébauche d’un roman qui attendrait encore son Dumas. Mais rappelons que la France de ces années-là est traversée par de nombreuses affaires tout aussi rocambolesques dans lesquelles les personnalités les mieux placées sont confrontées aux pires escrocs et dans lesquelles des femmes parcourent des itinéraires fort improbables[20]

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Revenons à notre Françoise Boze qui pour A. Chéry aurait bel et bien vécu toutes les péripéties de la comtesse entre 1781 et 1786. Comment Françoise Boze femme d’un peintre en train d’être reconnu par la Cour aurait-elle pu côtoyer le milieu des grandes courtisanes sous un autre nom et comment aurait-elle pu être envoyée en prison par la reine qui se serait vengée en la sachant maîtresse du roi, avant de revenir à Versailles en 1785 et de poursuivre une carrière d’espionne à l’étranger sans qu’on n’en retrouve rien ? Le retour sur la scène de la comtesse en 1786 achève d’empêcher toute confusion entre les deux femmes. Il y eut déjà deux mesdames Dupont de La Motte, inutile d’en ajouter une troisième qui, de surcroît, aurait été intérimaire[21].

Ce qui incite à douter alors des liens amoureux entre le roi et Françoise. Car la Bibliothèque nationale possède l’abondante correspondance que Madame Dupont de la Motte 1 (donc l’ex-comtesse Waldburg-Frohberg) a échangée avec divers correspondants et amants. Quelques-unes de ces missives sont lues par A. Chéry comme les lettres cryptées par Françoise et Louis XVI pour parler de leur relation. Les retranscriptions qui sont faites en fin d’ouvrage leur sont attribuées sans autre forme de procès. Or dans le lot cité de la Bibliothèque nationale de France, Manuscrits Nouvelles Acquisitions Françaises, 6575, au folio 94, figure la lettre que le mari, Stanislas envoie à son épouse en 1790. A tout le moins il aurait fallu en parler.

Si l’on parle des lettres d’amour, un autre oubli est surprenant : rien n’est dit des missives indiscutablement amoureuses envoyées par une correspondante anonyme résidant à Londres en 1791 à Fersen, au moment même de l’expédition vers Montmédy/Metz/ Luxembourg, ou dit autrement la fuite arrêtée à Varennes. J’ai dit plus haut que toute l’opération est présentée comme menée par le roi et que, pour A. Chéry, aucun sentiment amoureux n’existe entre la reine et le beau Suédois. Elle estime que le courrier, scruté sous toutes ses coutures, échangé entre eux n’a pas de valeur ayant été réécrit et falsifié. Restons-en là parce que l’essentiel n’est pas là, tout en regrettant que A. Chéry ne critique pas clairement les travaux existants sur cette question si débattue et toujours si présente.

Mais pourquoi négliger des lettres attestant des engagements amoureux de Fersen envers d’autres femmes ? Alors qu’A. Chéry cite le livre de Bimbenet sur Varennes parce qu’il présente de riches annexes dont un schéma de l’itinéraire suivi par la fameuse calèche emportant la famille royale qui est interprété en tronquant radicalement l’explication publiée, elle ne fait aucun cas de lettres explicites adressées à Fersen depuis Londres par une correspondante anonyme[22]. Quand on ajoute que Fersen aurait sans doute rejoint une maîtresse au soir du 21 juin 1791 à son arrivée en Belgique, il y avait là des arguments, même s’il est vrai que c’est l’époque des liaisons dangereuses - et le roman peut évoquer tellement de personnes vivant à ce moment.

Un mot de plus sur Varennes, si étrange. Si le roi voulait l’échec pourquoi retint-il manifestement autant qu’il le put le moment du départ de Varennes le 22 au matin ? Pourquoi Bouillé et son fils n’intervinrent-ils pas le 21 et le 22 ? Que le roi ait été trahi est une évidence, qu’il ait été victime de ses mauvais calculs certainement, qu’il ait été l’instigateur de ce coup paradoxal demeure improbable. On peut faire confiance à tous ceux, frères compris, qui le détestaient pour avoir mis, même sans concertation, les grains de sable qui enrayèrent la machine. Enfin, quoi qu’en dise A. Chéry, d’abord pourquoi le roi est-il parti avec son épouse, ce que ne firent pas ses frères partant en émigration, ensuite s’il n’est pas un catholique obéissant aux traditions, il manifeste sans discontinuité une acceptation de la destinée qui n’a rien de suicidaire.  

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De coïncidences vraies ou supposées en suppositions fondées ou tirées par les cheveux, le livre avance ainsi à coups de « manifestement », de « possiblement » et autres « probablement » en recourant le plus souvent à l’imparfait de l’indicatif. L’ouvrage possède dès lors une tonalité rare puisque d’ordinaire l’histoire s’écrit au présent de l’indicatif, voire au passé simple. L’imparfait est peu usité parce qu’il désigne des faits récurrents ou rapportés, facilement éloignés de la réalité que le présent et le passé simple peuvent affirmer sans détour[23]. En recourant à l’imparfait, l’Auteure est omnisciente et nous entraîne dans les entrelacs d’un maquis inextricable, nous faisant littéralement passer derrière le miroir, sans jamais expliquer le mystère – on éprouve alors la frustation du lecteur découvrant qu’il manque le dernier chapitre, celui qui donne les clés, du roman policier qu’il a lu d’une traite.

Je reconnais que la tentative d’A. Chéry peut trouver des justifications. J’ai passé tellement d’années à essayer de démêler le vrai du faux en lisant tout ce que je pouvais lire sans réussir à avoir une opinion arrêtée sur l’affaire du collier, sur l’épisode de Varennes, sur le jugement de la reine, etc., que je ne suis pas prêt à jeter la première pierre à quiconque avance des hypothèses, même si, comme je le demande ici, j’attends des preuves indiscutables ou des discussions détaillées et érudites, jusqu’à l’étourdissement. En 1792-1793, Boze est mis gravement en cause lors du procès fait au roi, au point d’être incarcéré. Son rôle d’intermédiaire entre Louis XVI et les Girondins dans les années précédentes est incontestable, mais invérifiable et les députés mis en cause, dont Marat, s’emploient à ne rien expliquer[24]. Que le député Gasparin s’en mêle ne peut pas s’expliquer parce qu’il avait été un ancien officier en garnison près d’un agent de Louis XVI et qu’il avait épousé une protestante. Pourquoi ne pas rappeler son rôle au Comité de salut public, avant qu’il ne laisse la place à Robespierre ? Le choc des faits ne porte pas toujours sens.

Dit autrement, indiscutablement A. Chéry met le doigt, avec une connaissance bluffante de l’historiographie, sur les points inexpliqués de l’histoire de la Révolution. Et Dieu sait s’il y en a que l’historiographie évite d’ailleurs le plus souvent de peur de s’y épuiser, de lasser le lecteur et de se perdre dans des interprétations de médiocre signification. Reste que des interrogations subsistent toujours et qu’elles sont le prétexte à des remises en cause de la vérité contenue dans les livres admis comme sérieux mais muets sur ces sujets.

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Acceptons alors que l’on ne sache pas quoi faire des coïncidences. Pour n’en citer qu’une qui m’étonne toujours, comment expliquer la présence le 10 août 1792 de Bonaparte dans une chambre louée en face du palais des Tuileries ? Il ne prend pas part à la chute de la monarchie et ne semble jouer aucun rôle. J’avais apprécié l’ironie des scénaristes du jeu vidéo consacré à la Révolution dans la série Assassins’Creed Unity mettant en scène Bonaparte comme tireur de ficelles[25]. Il est certes compréhensible que notre époque si déboussolée, si exigeante en explication, cherche à savoir ce qui est caché et s’engouffre dans la dénonciation des complots – les séries vidéo en sont les meilleurs exemples.

A vrai dire, rien de neuf sous le soleil. Nostradamus aurait déjà annoncé l’affaire du collier et Varennes, ce que Georges Dumézil avait commenté dans un livre délicieux[26]. Faut-il céder à la mode ? Pas sûr quand on entend faire œuvre scientifique ou au moins faut-il discuter, discuter et discuter encore. Ce qui est dit de Louis XVI est qu’il a été ce monteur infatigable de machinations mais rien d’étonnant dans cette époque à machines, que ce soit les automates de Vaucanson (mentor de Boze) ou les pièces à machine des mélodrames ! il aurait fallu montrer que toute la Cour, toute la vie politique est traversée par ces courants conspirationnistes, qui demeurent opaques. Nous ne savons rien de définitif à propos des « hommes de Londres », qui furent, à temps plein ou partiel, des agents de Pitt, parmi lesquels il y aurait eu un membre du Comité de salut public, peut-être Hébert…[27].

Le roi n’a aucune originalité et il est certain qu’il n’est pas le pire, même à la Cour, même en comparaison avec ses ministres[28]! Je n’ai pas écrit autre chose en expliquant comment Robespierre avait été transformé en monstre par ses anciens amis devenus des rivaux avides de blanchiment[29]. Mais il s’agit là d’histoires collectives, ancrées dans des réalités tangibles qui ne se résument pas à des machinations fourbies dans un cerveau isolé et mutique. Pour faire l’histoire académique, il faut nouer tous les fils entre eux sans en isoler quelques-uns dont la prise en compte exclusive fausse l’interprétation.

Ainsi dire que le roi était « républicain » c’est emboîter le pas à Brissot qui estimait que la constitution de septembre 1791 était au « cinq sixième » républicaine, opinion partagée par l’historien Albert Mathiez écrivant, avec raison, au début du XXe siècle, que Louis XVI avait été « le premier président de la République française »[30]. La formule n’étonnera d’abord que ceux qui oublient que, jusqu’en 1958, le président de la République ne gouverne pas, ce qui est la fonction du président du Conseil, et ensuite les autres qui ignorent que, à la fin du XVIIIe siècle, la quasi-totalité des souverains européens étaient des partisans convaincus – voire acharnés – des mesures de rationalité et modernité pour rénover leurs domaines, ce qui est passé sous l’étiquette du « despotisme éclairé » ou prosaïquement de révolution par le haut. Leurs décisions brutales, en Autriche, en Suède, en Espagne, au Portugal et en Angleterre – encore en Russie – provoquèrent partout des révoltes qui ne devinrent révolutions qu’aux Pays-Bas et en Belgique et bien entendu en France, avant de bouleverser tout le continent sud-américain.

Il n’est pas sûr que la guerre d’indépendance américaine soit une révolution à part entière, sauf dans l’imaginaire des Condorcet, Brissot, Mirabeau… et le nôtre. Dans les années 1780, Louis XVI n’agissait pas très différemment de l’empereur d’Autriche ou du grand-duc de Toscane, son frère et futur empereur d’Autriche, qui abolit la peine de mort. L’air du temps a une consistance tant que les pressions sociales, les contradictions politiques et les « fortunes » - pour parler comme Machiavel – des uns et des autres n’ont pas radicalisé les options et créé des blocs affrontés[31]. Il faut croire Marie-Antoinette sincère quand elle dit qu’elle est du peuple avant les événements de 1789, tant qu’elle doit lutter contre une partie de la Cour. Il faut suivre le fil de l’histoire pour démêler les nœuds qui l’embrouillent et le rendent incompréhensible quand on le prend à rebrousse-poil[32].

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Revenons enfin à Françoise Boze qui s’efface d’ailleurs au fil du livre. Gérard Fabre, dans son étude des tableaux du mari, ne comprend pas pourquoi le portrait que celui-ci a réalisé d’elle est inachevé. Le visage, le cou et la main gauche sont « totalement aboutis » alors que le reste, le côté droit donc, est « laissé en attente »[33]. Toutes les hypothèses sont possibles… sauf de penser qu’elle eut un si grand rôle. Faut-il rappeler enfin qu’il n’est pas envisageable de réduire la marche de l’histoire, la compréhension du passé, aux initiatives d’une personne. La Révolution est même par excellence le moment où les groupes et les foules sont les moteurs de l’Histoire. Le piège de la biographie est d’isoler le protagoniste principal en faisant croire qu’il a les pouvoirs qu’on veut lui donner.

 Je suis par goût grand amateur des pochades et autres amusements scientifiques et je n’ai pas publié par hasard le livre d’un très savant rhétoricien et évêque anglican Richard Whately, Historical Doubts Relative to Napoleon Buonaparte qui a réécrit l’aventure napoléonienne pendant une quarantaine d’années en s’inspirant de Jonathan Swift et de Laurence Sterne et en préfigurant Lewis Caroll[34]. Reste que ce genre n’a d’efficacité que si on fait le clin d’œil indispensable au lecteur pour lui rappeler que l’histoire que l’on fait et que l’on lit doit d’abord servir à apprendre sur soi et son époque. C’est ce qui évite de sombrer dans les courants d’un passé perdu qui devient vite fantastique et fantasmé. C’est cet écart qui manque ici et qui m’inquiète.

 

 

Jean-Clément Martin

27 septembre 2020

 

 

 

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[1] A. Chéry, p. 462.

[2] Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Paris, Perrin, 2005, p. 316.

[3] Note 2, p. 494 : livre d’E. Haumant, La culture française en Russie, Hachette, 1910, p. 288.

[4] [J._A.] Volcy-Boze, Le Comte Joseph de Boze, peintre de Louis XVI, Marseille, [Typographie Marius Olive], 1873 [93 p.]. Voir A. Chéry, note 3, p. 494.

[5] Volcy-Boze, op. cit., p. 12-21.

[6] A. Chéry, p. 204-205.

[7] Voir notes 9 et 10, p. 495. Gérard Fabre, Joseph Boze, portraitiste de l’Ancien Régime à la Restauration, Paris, Somogi, 2004, p. 27-56.

[8] A. Chéry, p. 363 et 516 note 7. Merci à Olivier Cocquard pour sa suggestion.

[9] Pascal Duris, Linné et la France, 1780-1850, Genève, Droz, 1993, p. 28.

[10] J.E. Smith, A Sketch of a Tour on the Continent, Londres, Longman, 1807, tome 1, p. 77-78. Merci à P. Duris. On le retrouve dans A. Chéry, p. 302, censé jouer un rôle dans la politique secrète autour des colonies anglaises en Amérique.

[11] Voir Frédéric Bidouze, De Versailles à Versailles, itinéraire historique, Pau, Editions Périégète, 2018, p. 41-42.

[12] Le Journal de Stanislas Dupont de La Motte, édité par Didier Boisson, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005 et Mathilde Chollet, « Les écrits du for privé dans le Haut-Maine à l’époque moderne », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, En ligne 115-1/2008, mis en ligne 30 mars 2010. Sa carrière est connue.

[13] Cité par Louis Hastier, La vérité sur l’affaire du collier, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1955, voir note 57, citant BNF, Mss NAF 6575.

[14] L. Hastier, op. cit... Frantz Funck-Bretano, L’affaire du collier, Paris, Hachette, 19091, p. 60, 95. La Bastille dévoilée, 1782, 3, p. 133-135. Note dans La Revue de la Révolution, 1883, I, p. 655.

[15] « Le journal de l’abbé Mulot », introduction de Maurice Tourneux, Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 1902, p. 21.

[16] Voir le répertoire de la Collection de Vinck, BNF, département des estampes et des photographies, 1909, contributeur François-Louis Bruel, tome 7, p. 496, n°1056

[17] A. Chéry, p. 259-261.

[18] Parmi ces aventurières, Madame Cahouet de Villers elle aussi emprisonnée mais durablement ; plus tard, au Temple, la comtesse de Montcairzin, Hélène Becquet, Marie-Thérèse de France, Paris, Perrin, 2012, p. 108-109.

[19] L. A. Saint-Just, Œuvres complètes, ed. M. Abensour, Paris, Gallimard Folio, 2004, p. 864. Confirmant exactement L. Hastier.

[20] Je me permets de renvoyer à mon livre La révolte brisée, Paris, Colin, 2008, p. 62-63. Patrice Higonnet, La gloire et l’écha­­faud. Vie et des­­tin de l’archi­­tecte de Marie-­Antoinette, Paris, Ven­­dé­­miaire, 2011.

[21] On trouve par ailleurs des auteurs qui confondent les « Madame de La Motte » en une seule personne.

[22] Eugène Bimbenet, Fuite de Louis XVI à Varennes…, Paris, Librairie Académique Didier et Cie, 1868, p. 34 et pièce justificative XIV bis, p. 151 pour le schéma, pièces justificatives III à IX, p. 131-143 pour les lettres.

[23] J’espère que la nuance entre « c’était ainsi », « c’est ainsi » et « ce fut ainsi » est sensible.

[24] J.-C. Martin, L’exécution du roi, Paris, Perrin, 2021, p. 283-285. A. Chéry, p. 445-447.

[25] Jean-Clément Martin et Laurent Turcot, Au cœur de la Révolution, Paris, Vendémiaire, 2015, p. 42.

[26] Georges Dumézil, " Le Moyne noir en gris dedans Varennes ". ... Sotie nostradamique, Paris Gallimard, 1984. Sur le collier : « En quatre-vingt et plus, macquereaux et guenons,/D’aucuns en liberté, d’autres en bastions/Gisent tout vifs, scavoir femme qui n’est pas bête,/ Deux comtes sans comtés, un cardinal sans tête ».

[27] Olivier Blanc, Les hommes de Londres, Paris, Albin Michel, 1989. Virginie Martin, « La Révolution française ou ‘l’ère du soupçon’ : diplomatie et dénonciation », Hypothèses, 2008-2009. Carla Hesse, « La preuve par la lettre, pratiques juridiques au tribunal révolutionnaire de Paris (1793-1794) », Annales, Histoire, Sciences sociales, 1996, 51, p. 629-642. « L’or de Pitt » est une réalité qui n’a toujours pas été étudiée systématiquement.

[28] Jean-François Labourdette, Vergennes. Ministre principal de Louis XVI, Paris, Editions Desjonquères, 1990, p. 296-297 par exemple. Voir aussi Gary Kates, Monsieur d’Eon is a Woman, Baltimore et Londres, John Hopkins U.P., 2001.

[29] J.C. Martin, Robespierre. La fabrication d’un monstre, Paris, Perrin, 2016.

[30] Voir J.-P. Bertaud, Choderlos de Laclos, Paris, Fayard, 2003, p. 343. A. Mathiez, « Sur la présidence de la République », Annales révolutionnaires, T. 14, 1922, p. 153.

[31] Voir le premier chapitre de ma Nouvelle Histoire de la Révolution française, Paris, Perrin, 2012 [Tempus, 2019].

[32] Pour nuancer Emmanuel de Waresquiel, L'histoire à rebrousse-poil. Les élites, la Restauration, la Révolution, Fayard, 2005.

[33] G. Fabre, op. cit., p. 51.

[34] Richard Whately, Peut-on prouver l’existence de Napoléon ?, Paris, Vendémiaire, 2012. J’associe la mémoire de Georges Pérec, pour son Cantatrix sopranica L., Paris, Gallimard, 1991. Je me permets de citer mon Un aller simple pour la Révolution. Le voyage inutile, Kindle, 2019.

 

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