Les éoliennes dans le vent mauvais de la colère

Alors que les contestations des parcs éoliens ne cessent d'augmenter, il faut mettre l’examen de cette énergie à l’ordre du jour, sans tabou et sans idées préconçues. L’éolien est l’occasion de penser et imaginer notre mode de vie à venir, ne le laissons pas nous pourrir la vie maintenant.

Les éoliennes dans le vent mauvais de la colère

Combien de temps reste-t-il pour rétablir la confiance ? C’est la question que posent les contestations qui se multiplient dans tout le pays contre les projets d’implantation de parcs éoliens. Quelles que soient les régions, associations diverses et quels que soient les élus locaux, de toutes tendances, nombreux sont ceux et celles qui manifestent leur refus de voir leurs paysages envahis par des armées de monstres de plus de 200 mètres au nom de l’écologie et de la lutte contre le réchauffement climatique. La grogne augmente en constatant que certaines zones sont particulièrement visées par ces machines, donnant l’impression à leurs habitants d’être sacrifiés au nom du bonheur général et de la bonne conscience consommatrice.

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Sans vouloir plaider contre les éoliennes, surtout sans entrer dans les débats techniques à propos de leur rentabilité effective – et de l’obligation de les coupler avec des centrales au gaz pour garantir une production continue -, ni dans les discussions à propos des nuisances, sonores, visuelles.…, pour les personnes habitant dans un rayon de quelques kilomètres, encore moins des dégâts infligés aux oiseaux de toutes sortes ou des ruptures dans la circulation des eaux souterraines, il est possible d’insister sur trois séries de problèmes créées par les éoliennes.

1- toute installation massive de mâts -  et des lignes électriques aériennes ou souterraines - dans un espace de quelques kilomètres carrés modifie radicalement le paysage, mais aussi les réseaux de chemins et de routes. Là où j’habite, les projets auraient pour effet d’installer plus de 80 éoliennes dans un rayon de 15 km.

2- pas d’éoliennes sans mise en place de socles de 1500-2000 tonnes de béton armé dans le sol ; à raison de 30 à 40 tonnes de matériau par camion, on laisse deviner les contraintes imposées par les travaux d’un parc de 5 éoliennes, surtout on n’imagine guère la possibilité qu’il y aura d’enlever ces masses considérables dans une vingtaine d’années quand les éoliennes seront devenues obsolètes et devront être démantelées.

Là réside l’autre problème le plus évité. Personne ne sait à ce jour comment les pales seront traitées. Actuellement elles ne peuvent pas être détruites sans entraîner des pollutions aériennes, leur enfouissement – pour un avenir totalement imprévisible, ou totalement prévisible ! – demeure l’option la plus courante. Ces démantèlements devraient coûter des fortunes, peut-être supérieures aux gains opérés, certainement pas provisionnées par les sociétés qui implantent en ce moment. Elles seront donc laissées au bon soin des propriétaires de terrain, des sociétés exploitantes et vraisemblablement aux communes, régions, Etat, bref aux contribuables.

3- ce qui fâche sans doute le plus est la mise en place de ces réseaux denses de sociétés concurrentes et amies qui monopolisent – le terme renvoie aussi au fameux Monopoly jeu de répartitions de richesses liées aux ventes et aux achats – ce secteur économique. Le terme « d’éoliennes industrielles » est maintenant employé pour parler de cette activité qui est plus financière que technique évidemment encore moins écologique et pas du tout sociale. Les parcs éoliens constitués avec des participations « citoyennes » ou locales pouvaient donner l’illusion d’un lien avec les populations concernées, la mode est sans doute passée.

D’autant que les procédures pour lancer des projets sont toujours marquées par des démarches agressives des promoteurs, influençant les maires locaux, démarchant les propriétaires de terrain, organisant des réunions de concertation discrètement, s’appuyant sur des réseaux notabilaires… Bref, les sociétés qui implantent des éoliennes donnent des images particulièrement mauvaises de leurs procédés alors que les moyens laissés aux populations et à leurs élus locaux pour s’y opposer sont dérisoires et de moins en moins accessibles, les recours entraînant des coûts élevés et des procédures complexes.

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Pot de fer contre pot de terre, c’est l’impression qui se répand parmi les habitants des zones concernées, relayée par les membres des associations militant contre l’éolien. Les choses pourraient sembler figées si des évolutions notables ne semblaient pas se faire jour, positivement mais aussi négativement.

Le face-à-face machines/pancartes dure toujours, mais il est doublé par la densification des relations entre associations de défense et surtout par l’implication de nombre d’élus qui rejoignent, plus ou moins enthousiastes, leurs administrés mécontents. Certains avaient auparavant donné leur aval à la construction de parcs, situés dans des zones de plaine peu peuplées, avant de modifier leur position et de se rallier à la demande de moratoires. Le terme se répand comme une solution – provisoire – pour sortir de cet affrontement, même s’il ne s’agit pas d’une solution juridiquement forte. Il laisse cependant du temps pour reconsidérer collectivement la situation et définir, on peut l’espérer, une autre politique.

L’essentiel est là. Des écologistes « encartés », élus locaux, adoptent aussi les arguments des associations de défense – qui leur restent hostiles par principe – notamment sur les points développés plus haut (invasion, dévastation, industrialisation et démantèlement). Mais l’écart paraît cependant irrémédiablement creusé entre ces mouvements et l’Etat « régalien » et ses représentants (préfets, administrations) toujours regardés par les anti-éoliens comme des « traîtres » supposés.

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Si bien que la colère couve à petit feu mais continuellement dans ces mouvements qui mettent en avant la nécessité de leurs combats et la pureté de leurs motivations contre la soif d’argent des promoteurs et les combines politiciennes. Le rejet des élus, comme de la démocratie parlementaire – jusqu’à dénoncer le prélèvement des impôts - touche aussi les scientifiques garants de l’éolien, et unifie les associations dont les réseaux reprennent les dénonciations. On peut penser évidemment à l’éternelle révolte des laissés pour compte, des gueux contre les gens des villes et les puissants.

Ce ne serait pas grave s’il n’y avait pas eu les gilets jaunes, et le cortège de violences, s’il n’y avait pas surtout ce fonds de revendications qui se fait au nom du « pays réel », de triste mémoire, contre les élites « parisiennes », sans parler des récents refus de vote et des votes nombreux pour le Rassemblement national, qui n’a subi une défaite dernièrement que parce que les sondeurs avaient mal fait leur travail en suivant une propagande. Il faudrait enfin ajouter certainement les autres jeux plus discrets des fonds de pension, des industriels du nucléaire, des réseaux de « décideurs »… pour prendre en considération l’importance du chaudron dans lequel tous ces ingrédients se mélangent et se transforment.

Car la situation actuelle était prévisible et rien n’a été fait. Les arguments des anti-éoliens sont déployés depuis près de vingt ans sans qu’une discussion ouverte ne les ait repris, discutés et considérés. Les raisons de la colère sont indiscutablement justifiées, reste à éviter qu’elle ne s’étende comme une marée noire qui emportera tout sur son passage !

Plus que jamais il faut mettre l’examen de cette énergie – et de toutes les énergies, mais aussi et surtout de l’évolution de la consommation d’énergie – à l’ordre du jour, sans tabou et sans idées préconçues si nous voulons vraiment nous donner une chance d’affronter le fameux « changement climatique » aux conséquences incalculables.

L’éolien est l’occasion de penser et imaginer notre mode de vie à venir, ne le laissons pas nous pourrir la vie maintenant.

Jean-Clément Martin

 

 

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