Le bouffon qui a ridiculisé un gouvernement

Il s'était, hier, attiré l'hostilité puis la haine de Manuel Valls, premier ministre qui est retourné depuis au néant dont il n'aurait jamais dû sortir. Celui-ci avait fait de son différend avec Dieudonné une affaire d'état. Il s'était exhibé, fumasse, sur les écrans de télévision. Il voulait sa peau, avait promis de l'avoir...

Mais c'est lui, le Manuel Valls qui a reçu des claques, plusieurs claques : une claque électorale, une claque qui claque et la claque magistrale de Dieudonné qui triomphe sur les scènes et sur internet quand, lui, pauvre bougre défait, est réduit au silence.

Bien évidemment, les couches populaires qui subissent depuis quelques décennies tous les plans de régression sociale imposés par la Commission Européenne et mis en œuvre par les gouvernements successifs ne peuvent que s’en réjouir. Les méprisés et les laissés pour compte sont sans doute les premiers à applaudir à ce succès de Dieudonné mais ils ne sont pas les seuls. On trouve toute une frange d’intellectuels sur les réseaux sociaux qui adhèrent à ses actions et ses discours dans leurs contenus les plus politiques.

Face à eux, nous voyons les fervents défenseurs de la folle idéologie du sionisme. Observons-les : les nervis de la LDJ recrutés dans la petite bourgeoisie fascisante et les nantis du CRIF, patchwork de carriéristes de la politique, de dignes représentants de la bourgeoisie arrogante, des élites autoproclamées, de parvenus de tous styles.

S'il fallait choisir entre les deux, nous préférerions de loin le public de Dieudonné. Mais la question est plus complexe, car, si Dieudonné apparaît souvent comme l'adversaire le plus résolu du CRIF et des nervis de la LDF, nous voyons qu'il glisse vers l’antisémitisme qui est, bon an, mal an, accepté par ses fans. Lourde responsabilité de sa part ! Banalisation insidieuse d’une incitation à la haine des juifs ! Nous appelons cela du racisme.

Un métis raciste ! Ce n’est pas ordinaire. Les américains diraient qu’il est noir mais il ne nous a pas échappé qu’il est blanc à 50%. Certes, il n’est pas multicolore, mais Dieudonné est multi-facette, complexe, parfois ambigu, plein de contradictions et il faut essayer d’y voir clair avant d’adhérer tout entier à ses actions ou de le rejeter sans nuance. N'en déplaise à ceux qui voudraient qu'un individu soit bon ou mauvais, sympathique ou antipathique, qu'il faille, comme dans un tribunal, soit le défendre soit l'accuser. Soyons plutôt jury et estimons, non seulement qu’il n’est ni blanc ni noir, mais surtout qu'il y a du vrai dans les arguments des uns et des autres et que, de surcroît, nous pouvons nous tromper. Nous ne sommes pas Dieu le père à l'heure du jugement dernier. D'ailleurs, le moment n'est pas venu pour Dieudonné et il peut encore changer.

Car il a déjà beaucoup changé. Du temps où il partageait la scène avec Elie Semoun, tous les deux faisaient déjà des blagues sur les juifs et les noirs mais le message était très différent. Les crétins juifs, noirs ou blancs étaient ridiculisés. L’éternelle histoire du juif et du métis était aussi drôle que « l’histoire d’un mec » de Coluche : « Un mec normal. Quoi ! Blanc ! ». Il nous plaisait bien ce petit monde avec le « mec normal » qui était aussi con que le juif et le métis, tous certains d’être plus malins les uns que les autres. Mais aujourd’hui, dans les spectacles de Dieudonné, cet amour d’une humanité faite d’hommes et de femmes pleins de défauts a trop souvent laissé la place à l’expression de la rancœur et de la haine. Et puis, nous aimons la chanson "Petit pédé" de Renaud et "Comme ils disent" d'Aznavour, Nous aimons aussi les nouvelles d'Eric-Emmanuel Schmitt et tout particulièrement "Les deux messieurs du Luxembourg". C'est dire que les vannes homophobes de Dieudonné nous donnent des troubles de la digestion.

Il paraît déjà loin le temps où il apparaissait comme le champion incontesté de la lutte contre le racisme. En 2000, il recevait de l'ONU le titre honorifique “ d’homme de bonne volonté dans sa lutte contre le racisme “. Il se mêlait déjà de politique et il apparaissait comme un farouche opposant du Front National. Mais tout à basculé vers 2003 et il faut rappeler dans quelles circonstances car cela illustre bien comment le sionisme engendre l'antisémitisme aussi assurément que le nazisme avait engendré la xénophobie anti-allemande.

Mais au préalable, il nous faut apporter quelques précisions à propos du vocabulaire que nous employons. Nous avons en effet parlé de racisme, d'antisémitisme, d'homophobie... Ce sont des termes mal définis. Même le mot "juif” est diversement interprété. Pour nous, les juifs ne sont assurément pas une race puisqu’ils ont des origines ethniques et culturelles tellement variées qu’il est même problématique de parler d’un “peuple juif”. Les juifs sont notamment composés de sémites qui sont implantés depuis plusieurs millénaires au Proche Orient et qui parlent l’hébreu, de sérafades qui parlent une langue proche du castillan du XVIème siècle, de berbères qui parlent le tamazight, d’arabes du Yémen qui parlent un hébreu plus proche des textes anciens que celui des sémites, d’ashkénazes probablement descendants des khazars qui parlent le yiddish. Ceux qui essaient de trouver une signature commune dans l’ADN des juifs perdent leur temps. La définition de ce que sont les sémites n’est d’ailleurs pas aisée. Rare sont ceux qui les définissent encore comme les descendants de Sem, fils de Noé, ainsi que le voudrait la légende de la Thora et de la Bible. Puisque les juifs ne sont pas exclusivement des sémites, le terme « antisémites » est inapproprié et on ne devrait pas davantage parler de race et donc de racisme à propos de l’incitation à la haine des juifs. On ne peut définir ce que sont les juifs qu’en référence au judaïsme mais on se heurte alors à une difficulté supplémentaire puisqu’il est admis que certains juifs sont athées. Nous définissons les juifs comme étant à la fois ceux qui pratiquent le judaïsme et ceux qui sont athées mais qui ont eu des ancêtres pratiquant le judaïsme et qui y restent attachés par la culture, les traditions et la mémoire. Puisque rien n’est simple, ajoutons aussi que nous devrions récuser les termes comme anti-juifs ou anti-musulmans car les athées qui sont, par définition, anti-religions sont tout à la fois anti-juifs, anti-chrétiens et anti-musulmans. Ce qui est interdit et condamnable, ce n’est pas d’être contre une religion, c’est d’inciter à la haine contre une communauté religieuse. Pour finir, tordons le cou, à tous les termes qui finissent par « phobie » comme islamophobie ou homophobie. Rappelons que les phobies sont des troubles psychologiques assez mineurs qui se traitent souvent par des psychothérapies. A l’évidence ceux qui sont désignés comme islamophobes, par exemple, peuvent éventuellement être considérés comme des fous furieux mais personne ne préconise de psychothérapie pour les soigner. Bref ! Vous l’aurez compris : nous employons souvent, comme raccourcis de langage, des termes impropres mais qui sont consacrés par l’usage dans une interprétation non littérale.

Cette utile précision étant faite nous allons essayer de comprendre la mutation qui s’est opérée entre le Dieudonné champion de la lutte antiraciste que nous avons connu et le Dieudonné qui s’est lié d’amitié avec Alain Soral grand propagandiste du FN et qui a choisi Jean-Marie Le Pen comme parrain pour sa fille. Cela confine à une adhésion à tous les racismes bien qu’il soit spécialisé dans l’antisémitisme. Il a notamment ressorti au grand jour l’épave du négationnisme Robert Faurisson à qui il a offert une nouvelle notoriété. Force est de constater qu’il s’agit donc bien d’une mutation.

Tout commence le 1er décembre 2003 au cours de l’émission « On ne peut pas plaire à tout le monde » animée par Marc-Olivier Fogiel. Dieudonné illustre magistralement le titre de l’émission avec un sketch qui n’était pas fait pour plaire aux sionistes. Il met en scène un colon juif extrémiste. Jamel Debbouze qui participe à l’émission est hilare mais on voit Marc Olivier Fogiel pâlir. Dieudonné ose parler de l’axe américano-sioniste. Le sketch se termine dans la bonne humeur générale à l’exception de Marc Olivier Fogiel qui est blême. Fin du premier épisode.

Il était temps que Dieudonné mette en scène un extrémiste sioniste car il produisait depuis un bon moment un sketch sur un terroriste islamiste et il aurait pu être accusé de ne s’en prendre qu’à un seul camp. Dieudonné est bien l’antiraciste que nous connaissons. Il s’attaque aux crétins extrémistes de tous bords. Le colon extrémiste juif qu’il a mis en scène est bien l’un d’eux. Cependant, Les puissants sionistes du CRIF vont se déchaîner. Ils ne peuvent pas admettre que la télévision française laisse passer un sketch contre leur politique. Ils vont, comme à leur habitude, hurler à l’antisémitisme mais en employant les grands moyens. Ce n’est rien de moins que le Président du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) qui adresse le 3 décembre 2003 au Président de la SFT (Société France Télévision) une sévère mise en garde contre le renouvellement de tels faits en sollicitant des explications sur les dispositifs qu’il comptait mettre en œuvre pour assurer à l’avenir une réelle maîtrise de l’antenne (comprenez : la maîtrise de toutes les censures nécessaires pour ne pas déranger les sionistes) et un meilleur respect du public (comprenez : une intox du public qui va toujours dans le même sens). C’est dire qu’au plus haut niveau de l’état des mesures sont prises pour assurer la propagande du sionisme. Trois organisations : la LICRA, l’UEJF et le Consistoire se liguent pour déposer une plainte contre Dieudonné. En vain puisqu’il sera relaxé trois fois : en première instance, en appel et en cassation. Tout comme nous, les tribunaux ne voient aucune trace de racisme dans son sketch. Le CRIF et le CSA envisagent alors, sans rire, de réformer la justice ! La démesure des moyens mobilisés contre Dieudonné apparaît clairement. La polémique a été créée de toutes pièces par le système médiatique pour répondre à la demande des représentants de la puissante minorité agissante du sionisme qui n’ont pas pardonné à l’humoriste sa prise de position sur le conflit israélo-palestinien.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Quelques jours plus tard, Le 5 décembre 2003, lors de l’émission suivante, Marc-Olivier Fogiel s’est excusé en son nom et au nom de la chaîne France 3 du fait que ce sketch ait été diffusé dans son émission. Des excuses qui étaient donc en fait adressées aux puissants sionistes. Puis, il a essayé de confondre Dieudonné en expliquant qu’il avait mis en scène une caricature antisémite du juif. Il exigeait des excuses de Dieudonné. Dans le même temps ses comparses envoyaient en sous-main une insulte à caractère raciste contre les “blacks”. Parmi les 17 SMS diffusés en bandeau sur l’écran un message été ainsi libellé : « Dieudo ça te ferait rire si on faisait des sketches sur les odeurs des blacks? Te tellement bête que ça ne me choque même plus ». Le message avait en fait été rédigé par un assistant sur demande de son supérieur, le journaliste Laurent Bon. Chacun comprend que « Les odeurs des Blacks » faisait écho aux « bruits et aux odeurs », propos tenus en 1991 par Jacques Chirac. Les coupables ont tous été condamnés pour insulte à caractère racial.

Mais revenons en arrière car cela fait déjà un moment que Dieudonné est dans le collimateur des sionistes. Ils lui ont cherché querelle à propos d’une interview publié dans le journal Lyon Capitale le 23 janvier 2002. Voici le passage qu’ils ont incriminé : “Le racisme a été inventé par Abraham. Le “peuple élu”, c’est le début du racisme. Les musulmans aujourd’hui renvoient la réponse du berger à la bergère. Juifs et musulmans, pour moi, ça n’existe pas. Donc antisémite n’existe pas parce que juif n’existe pas. Ce sont deux notions aussi stupides l’une que l’autre. Personne n’est juif ou alors tout le monde. Je ne comprends rien à cette histoire. Pour moi, les Juifs, c’est une secte, une escroquerie. C’est une des plus graves parce que c’est la première. Certains musulmans prennent la même voie en ranimant des concepts comme la “guerre sainte”, etc.”.

Dieudonné émet dans cet extrait des opinions à propos de deux religions le judaïsme et l’islam. Des idées somme toute assez classiques de la part d’un athée puisqu’il exprime que le fait d’être juif ou musulman importe peu à ses yeux. Mais ces adversaires vont isoler certaines phrases du contexte. Ainsi, la phrase “antisémite n’existe pas parce que juif n’existe pas” leur fera dire qu’il ne s’agit pas seulement d’une idée sur une religion mais d’une attaque contre une communauté et l’affirmation “Pour moi, les Juifs, c’est une secte, une escroquerie” pourra être considérée comme une insulte et non pas seulement comme une simple caractérisation, un jugement de valeur subjectif. Il va être condamné pour cela en première instance mais il va faire appel et sera relaxé. La cour de cassation reviendra sur cette dernière décision en 2007.

À ce point de notre exposé, nous voyons que jusqu’en juin 2006, alors que les médias s’acharnent contre lui, non seulement Dieudonné n’a jamais été condamné pour racisme ou diffamation mais ce sont certains de ses adversaires qui sont condamnés. Il fait donc confiance en la justice. Il n’hésite pas à déposer des plaintes et il obtient d’ailleurs, nous l’avons vu, des condamnations de ses détracteurs. Les fans inconditionnels de Dieudonné doivent se souvenir pour la suite des événements que la confiance dans la justice ne doit pas être à géométrie variable. Il n’est pas cohérent de ne l’accorder que lorsque les décisions prises sont favorables à nos amis. Ce qui est vrai, à ce sujet, jusqu’à cette date doit le rester par la suite. Signalons aussi, afin que personne ne nous reproche de pêcher par omission, que Dieudonné a tout de même été condamné avant juin 2006 mais pour une insulte qui n’avait aucun caractère raciste. Il avait traité Patrick Sébastien de “con”.

Les sionistes comptaient que Dieudonné se confonde en excuses et se mette à pleurnicher comme l’avait fait auparavant Olivier Besancenot. Celui-ci accusé d’antisémitisme par Roger Cukierman, au lieu d’envoyer paître ce président du CRIF, s’était exclamé, les larmes aux yeux : “Ah ! Ça fait mal !”. Dieudonné, loin de se livrer à ce genre de pitoyable spectacle, est resté droit dans ses bottes et la tête haute. Il continue à clamer sa solidarité avec le peuple palestinien et sa détestation du sionisme qui est exécrable dans son essence et abominable dans sa mise en œuvre.

Précisons cela. Le sionisme est en effet exécrable dans son essence puisqu’il postule que certains étrangers ont le droit de venir en Palestine exproprier les palestiniens qui vivent ici depuis des millénaires. Ils auraient le droit de s’emparer de leurs terres et de leurs habitations sans se préoccuper de leur sort. Cette idéologie contient déjà dans son postulat le déplacement forcé de populations, les camps de réfugiés et les ghettos. Il s’agit d’un colonialisme dans la forme la plus brutale tel qu’il en a existé dans bien des pays jusqu’au milieu du XXème siècle avec pour seule différence qu’il ne s’agit pas d’exploiter le peuple colonisé mais de s’emparer de ses terres. La colonisation est en elle-même un crime et une violation du droit international. Cette politique est brutalement imposée par la force au nom d’un soi-disant retour du “peuple juif” sur des terres ancestrales. S’il était vrai que le “peuple juif” ait été dispersé et qu’il soit donc question d’un retour ce ne serait certainement pas une raison valable mais on sait qu’en plus il s’agit d’un mythe. On a vu à quel point, en plus d’être exécrable dans son essence, cette folle idéologie est abominable dans sa réalisation. Le blocus de la bande de Gaza n’est pas sans rappeler des ghettos qui ont vu le jour pendant la deuxième guerre mondiale. Sur ce point et sur bien d’autres le rôle de l’armée israélienne peut être comparé à celui qu’a eu l’armée allemande et le sionisme peut être comparé au nazisme. Ce sont deux idéologies racistes puisque le sionisme postule que les juifs ont plus de droits que les palestiniens comme le nazisme postulait que les ariens ont plus de droits que les juifs. Le comble est que parfois la Shoah est invoquée par les sionistes comme justification des abominations de leur politique. Personne ne comprend en quoi ils se considèrent héritiers des victimes de la Shoah qui n’étaient nullement sionistes et en quoi les palestiniens seraient concernés par cela. Alors que la tragédie de la Shoah aurait dû inciter tous les juifs à être du côté des faibles et des opprimés et à condamner toute forme de racisme, il est inadmissible, qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, une minorité d’entre eux ait choisi de se transformer en agresseurs en promouvant l’idéologie raciste du sionisme. Le site web de l’association France Palestine Solidarité, donne quelques indications sur les conséquences du blocus de la bande de Gaza : “La guerre qui a opposé l’été dernier (2014) Israël au Hamas dans la bande de Gaza a provoqué la mort de 547 enfants, dont 535 à la suite d’attaques israéliennes. Selon DCIP (Defence for Children International-Palestine), l’ONG qui a établi ce décompte, les enfants palestiniens sont les premières victimes du conflit”. Et, pour montrer à quel point cette politique est condamnée par tous ceux qui veulent bien regarder la vérité en face, voici un extrait de ce qu’a dit, le 30 juillet 2014, Dominique de Villepin, qui reste plutôt modéré sur ces questions : “oui il y a une terreur en Palestine et en Cisjordanie, une terreur organisée et méthodique appliquée par les forces armées israéliennes, comme en ont témoigné de nombreux officiers et soldats israéliens écœurés par le rôle qu'on leur a fait jouer ( NDLR : rôle comparable à celui de l’armée allemande sous le régime nazi). Je ne peux accepter d'entendre que ce qui se passe en Palestine n'est pas si grave puisque ce serait pire ailleurs. Je ne peux accepter qu'on condamne un peuple entier à la peur des bombardements, à la puanteur des aspersions “d'eau sale” et à la misère du blocus.”

Cette politique est condamnée par la communauté internationale et Israël continue, sans subir de sanctions, à refuser d’appliquer les résolutions de l’ONU. Il y a en cela une complicité des USA et de l’Union Européenne. Les sionistes français savent bien que leur politique ne supporte pas le débat démocratique. C’est donc par un rapport de force qu’ils veulent l’imposer. Les agressions de type fasciste de la LDJ, comme celle qu’a subi Jacob Cohen, l’attestent et on comprendrait mal que cette organisation puisse agir en toute impunité dans un état démocratique si ce n’était avec des complicités au plus haut niveau de l’état. La campagne menée contre Dieudonné ne se comprend que dans ce contexte car son sketch sur “le colon juif” était relativement anodin au regard des atrocités à mettre sur le compte du colonialisme des sionistes. Il a osé défier leur puissance. Ils vont le lui faire payer. Ceux que Jacob Cohen appelle les sayanim vont monter au créneau. Voici ce que Jacob Cohen dit d’eux sur la quatrième de couverture de son roman « Le printemps des sayanim » : « Les sayanim – informateurs en hébreu – sont des juifs de la diaspora qui, par « patriotisme », acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad, ou autres institutions sionistes, leur apportant l’aide nécessaire dans le domaine de leur compétence. Leur nombre se situerait, selon les auteurs, autour de trois mille. Ils se recrutent principalement au sein du Bnaï Brit (franc-maçonnerie juive internationale) et autres organisations juives nationales. ». Les sayanim vont donc essayer d’organiser un boycott total des spectacles de Dieudonné. Parmi les sayanim ceux qui ont un rôle dans la presse ou dans l’organisation des spectacles, notamment les directeurs de salle, vont tout mettre en œuvre pour le censurer.

La campagne de presse contre Dieudonné bat alors son plein. Il est diabolisé et, au mieux, considéré comme un humoriste controversé. Il veut rendre coup pour coup. Pour cela, il va s’attaquer au lobby israélo-sioniste mais en se situant sur le même terrain que les sionistes. Puisque pour eux le racisme ne mérite d’être combattu que lorsqu’il s’agit d’antisémitisme, il va faire comme eux mais dans l’autre sens. À ce jeu là les deux camps sont racistes. Il va exclure les juifs de sa lutte contre le racisme et tomber dans l’antisémitisme.

À partir de 2006, les condamnations vont commencer à pleuvoir. Il est condamné le 13 juin 2006, pour le contenu d’un entretien où il déclarait : « Il faut savoir qu’Arthur avec sa société de production finance de manière très active l’armée israélienne qui n’hésite pas à tuer des enfants palestiniens. ». En février 2009, il est condamné au Québec. Il avait entre autres traité Patrick Bruel de « militaire israélien » et affirmé qu'il soutenait les bombardements de l'armée israélienne au Sud-Liban. Certes, les déclarations de soutien à la politique israélienne d’Arthur et de Patrick Bruel incitent à les critiquer avec virulence mais il ne faut pas faire des extrapolations qui amènent à des accusations sans preuves. Il est alors condamné pour diffamation. Puis, tel le résistant qui passe de la lutte contre le nazisme à la lutte contre les allemands, il va s’attaquer non plus seulement aux sionistes mais aux juifs en général. Il fait des généralisations abusives et tombe alors dans l’antisémitisme. Ainsi, Il est condamné pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse » pour avoir comparé en 2004 les Juifs à des « négriers » et à « des trafiquants d’esclave ». Il a aussi été condamné pour avoir dit : « les gros escrocs de la planète, ce sont des Juifs ». Son discours est alors devenu clairement antisémite ce qui réjouit les sionistes qui ont maintenant des arguments pour engager le combat contre lui.

Les amis de Dieudonné vont alors se détourner de lui l’un après l’autre non seulement puisque ses déclarations antisémites sont inacceptables mais aussi parce que la pression du lobby judéo-sioniste est tellement forte qu’ils finissent eux aussi par se sentir menacés. Dieudonné se tourne alors vers les mains qui se tendent mais qui, en même temps, l’entraînent vers un antisémitisme de plus en plus prononcé. Il va ainsi se lier d’amitié avec Alain Soral, grand propagandiste critique du FN et il va mettre une couche de plus dans l’antisémitisme. Excédé que la presse fasse peu de cas des crimes contre l’humanité commis par les américains avec le pluri-génocide des indiens puis l’esclavage des noirs au regard de l’abondante littérature sur la Shoah, au lieu d’essayer d’expliquer en le dénonçant ce phénomène, il va commencer par dire que la presse parle trop de la Shoah puis il va essayer de minimiser l’importance de la Shoah. Soyons clair sur ce sujet. Il est vrai qu’on ne parle pas assez des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre des américains de même qu’on ne parle pas assez des crimes contre l’humanité du colonialisme qui a débuté bien avant que les sionistes s’y mettent. Cependant, on ne parlera jamais trop de la Shoah car toutes les atrocités doivent être dénoncées. L’opération dans laquelle s’est lancé Dieudonné est insupportable. Elle est une insulte aux millions de morts de la Shoah et, au-delà, aux victimes de toutes les atrocités. Il a invité le négationniste Robert Faurisson à l’un de ses spectacles et l’a fait acclamer par la salle puis il lui a fait remettre le « prix de l'infréquentabilité » par un comédien déguisé en déporté juif. En s’enfermant dans cette politique, Dieudonné bat maintenant des records de récidive tant en ce qui concerne le racisme que la diffamation. Nous avons dénombré 7 condamnations concernant le racisme et 4 la diffamation. Ajoutons-y 1 condamnation où il cumule racisme et diffamation. Il faudrait assurément être de mauvaise foi pour dire que toutes ces condamnations sont injustes même s’il faut parfois introduire des nuances et le fait, qu’à côté de cela, il ait gagné des procès contre ses détracteurs ne compense rien.

Dieudonné a maintenant pris la place occupée jadis par Mesrine dans les médias. Il est devenu l’ennemi public numéro 1. Les sayanim vont à leur tour passer à un autre échelon. Ils vont chercher à l’abattre en l’attaquant par le nerf de la guerre : le fric. Ils vont, pour commencer, regarder du côté de ses déclarations fiscales. Il ne faut pas s’étonner qu’ils ne se soient jamais intéressés à celles de leurs amis très fortunés. Le lecteur qui voudrait en connaître plus à ce sujet pourra notamment regarder notre article : “Qui est Patrick Drahi ?”. La police, qui décidément le prend pour Mesrine, va faire une perquisition chez lui et s’apercevoir qu’il détient une somme d’argent en espèces. Quelle découverte à vrai dire ! Nous nous doutons bien que cet homme de spectacle perçoit des recettes en espèces. Peu importe ! Cela va être présenté par la presse aux ordres quasiment comme la preuve qu’il y a du louche dans sa gestion financière. Cette même presse trouvera à redire au fait qu’il envoie du fric à sa famille africaine. On se demande de quoi ils se mêlent ! Nous pensons, pour notre part, qu’il y a plus à s’inquiéter de ceux qui extorquent des sommes colossales aux africains qu’à ceux qui leur envoient du fric. Nous suggérons aux journalistes que cette question pourrait intéresser de regarder d’où vient la fortune de la famille de Bernard Henri Lévy.

Dans le bras de fer qui oppose Dieudonné aux sionistes et à leurs suppôts, nous soutenons Dieudonné inconditionnellement pour les mêmes raisons que nous soutenons tous les palestiniens dans leur légitime lutte. Nous défendons dans les deux cas les victimes contre les agresseurs.

Nous condamnons cependant catégoriquement la politique actuelle de Dieudonné puisqu’elle est nettement antisémite et nous le faisons notamment parce que nous sommes des adversaires résolus du sionisme. Il valide en effet la propagande des sionistes centrée sur l’idée que tous ceux qui s’opposent à eux sont des antisémites. Il se déclare défenseur du peuple palestinien mais il est devenu pour les palestiniens un « ami » trop encombrant. Nous ne nous étonnons pas, qu’avec Alain Soral, ils aient de bien mauvaises fréquentations. Alain Soral fait de la propagande électorale pour la famille Le Pen et Dieudonné a choisi le père Le Pen comme parrain pour sa fille. Leur amitié avec cette frange de l’extrême droite qui mène des campagnes virulentes contre les arabes et les musulmans confirme que ce sont pour les palestiniens de bien mauvais amis, de faux-amis. Car, enfin, tout de même ! Fans de Dieudonné, réveillez-vous ! Les accointances de votre héro avec Jean-Marie Le Pen devraient vous amener à vous poser quelques questions. Non ?

La seule position tenable par rapport au conflit israélo-palestinien doit être internationaliste. Nous soutenons les jeunes, les travailleurs, ouvriers et paysans de toutes origines et de toutes religions pour qu’ils en finissent avec un système qui dresse les peuples les uns contre les autres et pour aboutir à un état réellement laïque et démocratique où tous les citoyens auront une égalité de droit. Les discours antisémites et islamophobes sont les uns comme les autres des obstacles à cette orientation. Dieudonné est donc devenu lui aussi un obstacle sur la voie d’une juste paix. Nous sommes aux côtés de tous les laïques et antiracistes, avec nos amis de l’UJFP, de BDS et de l’AFPS les trois organisations qui soutiennent la lutte des palestiniens et ont, pour cela, pris leurs distances avec Dieudonné. Nous invitons à nous rejoindre sur cette orientation ceux qui s’en sont écartés et pour lesquels nous avons néanmoins beaucoup de respect. Nous pensons tout particulièrement à Jacob Cohen mais aussi à des militants qui se sont fourvoyés dans le parti d’Alain Soral et qui n’œuvrent donc ni pour “l’égalité” ni pour la “réconciliation” entre les juifs et les palestiniens. Pourvu que Dieudonné entende notre appel et veuille bien mettre tout son talent et sa ténacité au service de notre cause. Qu’il revienne aux positions antiracistes qu’il défendait naguère !

En attendant, avec le groupe de discussion FLEVITA sur Facebook (Frexit, Laïcité, Exigence de Vérité, Internationalisme, Tolérance et Antiracisme), nous l’avons cloué au pilori avec les quatre autres personnalités condamnées pour racisme et/ou diffamation. Nous espérons qu’il se sentira en bien mauvaise compagnie avec ses compagnons d’infortune. Ils s’appellent : Bernard-Henri Lévy, Éric Zemmour, Jean-Marie Le Pen et Marc-Olivier Fogiel.

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