La violence des gilets-jaunes

Article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, également appelée constitution de l’an I : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. ».

A ceux qui ne cessent de reprocher aux gilets-jaunes les violences commises lors des manifestations, il faut commencer par rappeler que l’insurrection est non seulement « le plus sacré des droits » mais qu’elle est aussi « le plus indispensable des devoirs ».

Les gilets jaunes ont appliqué un droit républicain et même un devoir républicain.

Le processus par lequel les dictateurs imposent leur domination est toujours le même. Que ce soit au niveau d’une entreprise ou que ce soit au niveau de l’état.

Dans une entreprise, quand un chef veut imposer une mesure arbitraire à un subalterne, il accepte, dans sa grande clémence, les critiques, les protestations à condition qu’au bout du compte ses décisions, même les plus ignobles, finissent par être acceptées. Il ne peut donc pas supporter que les formes de protestation soient efficaces au point de l’obliger à revenir sur ses décisions. Si tel est le cas, il décrète alors qu’il y a dans la manière de protester du subalterne quelque chose d’inadmissible.

C’est ce qui se passe avec le mouvement des gilets jaunes qui ont réussi à faire reculer l’état. Car il y a bien eu un recul même si ce ne sont que des miettes qui ont été concédées. Nous savons que les capitalistes ne peuvent céder quelque chose que s’ils ont peur de tout perdre. Ce fut notamment le cas en mai 1968. La peur a commencé à s’emparer des milliardaires et de leurs larbins. Selon le schéma classique, ils doivent affirmer qu’il y a, dans la manière de protester des gilets-jaunes, quelque chose d’inadmissible, d’insupportable… Il leur faut alors reprocher la violence… La peur qu’ils ont ressentie les amènent d’ailleurs à redoubler leurs accusations contre les « violences des exploités ».

Ah ! Ils auraient bien voulu que, comme à l’habitude, la protestation reste dans la seule limite qu’ils acceptent : l’inefficacité. Les milliardaires par l’intermédiaire de leur « kapos » négocieraient avec les dirigeants syndicaux corrompus une forme de protestation qui permettrait d’endiguer le mécontentement populaire. Ils décideraient ensemble de faire des grèves tournantes, des manifestations autorisées loin des lieux de pouvoir… et tout finirait par rentrer dans l’ordre. Les protestations inefficaces ne les dérangent nullement mais les protestations efficaces sont inadmissibles… Elles sont tellement trop violentes ! Les gilets-jaunes ont osé braver leurs interdictions !

C’est donc un besoin impérieux pour les nantis d’expliquer que le mouvement des gilets jaunes est trop violent. Et puisqu’ils en ont besoin, ils font ce qu’il faut pour que cette violence existe.

Car enfin, pour savoir qui casse les vitrines dans les manifestations, il faut se poser la question : à qui profite le crime ? C’est comme dans les enquêtes policières. Quand on connaît le mobile, on n’est pas loin de connaître le coupable ? Est-ce que le fait de casser les vitrines profite au mouvement des gilets jaunes ? Personne ne le pense. Alors… Répétons la question : qui casse les vitrines ? On a vu des flics avec des marteaux dans les manifestations (voir les photos que nous avons publiées sur le blog). N’est-il pas curieux que la police si souvent très bien renseignée sur des choses bien moins importantes ne sache pas identifier ces casseurs ?

Il faut mettre cette soi-disant violence des gilets jaunes en regard :

  • d’une part avec l’abominable réalité des violences policières. Quelle disproportion entre tout le ramdam fait pour des vitrines cassées ou des voitures brulées au regard des mains arrachées et des personnes éborgnées !
  • d’autre part avec la violence exercée en 18 mois par les milliardaires par l’intermédiaire de leur larbin : Macron ;

Rappelons quelle a été cette violence des milliardaires ? Dès les premiers mois de sa prise de fonction Macron prend toute une série de mesure pour enrichir les plus riches au détriment des plus pauvres :

  • Suppression de l’ISF.
  • Suppression dès 2019 de l’« exit tax » un impôt destiné à juguler « l’évasion fiscale » des chefs d’entreprise.
  • Baisse de l’impôt sur les sociétés.
  • Baisse des cotisations salariales (le salaire indirect des travailleurs).
  • Augmentation de la CSG.
  • Baisse des APL.
  • Suppression des contrats aidés.

Et, comme si cela ne suffisait pas, il ajoute quelques autres mesures impopulaires comme les onze vaccins obligatoires et la limitation de vitesse à 80 km/h.

Ajoutons la réforme de la SNCF et dans l’enseignement les réformes PacourSup et la sélection à l’entrée des universités, la suppression des postes de prof, la réforme des filières et du Bac, qui sera en grande partie en contrôle continu, la hausse du coût des études pour les étudiants étrangers.

Il n’y ait pas allé de main morte. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Il n’entendait pas la colère gronder…

C’est ainsi qu’est apparu… l’impérieux devoir d’insurrection.

 

 

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