Walter Hallstein était un nazi

Walter Hallstein était-il un nazi ? Pour répondre à la question, il faut examiner les faits, rien que les faits. Si nous faisons face à tant de réticences c'est parce que les enjeux de la discussion sont considérables sur des problèmes d'actualité. Ce n'est pas seulement le passé qui est visé. Chacun perçoit qu'il est question de l'actuelle construction européenne.

Quand je vois un gros animal dans un champ, qu’il est blanc avec des taches brunes, qu’il a une grosse mamelle avec quatre trayons, qu’il a aussi deux petites cornes et qu’il fait « meuh », je me dis que c’est une vache et, quand je vois la photo de Walter Hallstein en uniforme avec deux comparses je me dis que c’est un nazi.

Pour reconnaître en lui un nazi, nous n’avons pas que son apparence. Nous avons surtout des faits. Je vais donc apporter plusieurs preuves de ce que j’avance.

hallstein

 1. Les enjeux du débat

La question "Walter Hallstein était-il nazi ?" appelle une réponse par "oui" ou par "non". Pourtant, après avoir posé plusieurs fois cette question sur les réseaux sociaux, force est de constater que nous obtenons au moins six types de discours en réponse.

  • Il y a les partisans du "non" qui ne lisent pas le dossier et nous envoient immédiatement un lien sur la vidéo de Aude Favre intitulée "L'union Européenne, un projet nazi ?!! La nouvelle blague de François Asselineau". Leur opinion est faite et ils n'en démordront pas malgré notre insistance à leur soumettre des preuves. Ils refusent de les voir et se lancent alors dans des amalgames : si nous pensons que "Walter Hallstein" est un nazi alors c'est que nous partageons, la philosophie, la politique et la religion de ceux qui disent la même chose (Asselineau, De Villiers, Lacroix Riz). A ce compte, ceux qui pensent que la terre est ronde devraient partager les opinions d'Hitler, de Staline... Ils répètent en boucle que nous mentons mais ils sont incapables d'exhiber le moindre mensonge. Cette attitude est un aveu tacite mais ils n’accepteront jamais de le reconnaître. Refusant de comprendre autant qu'ils refusent de voir, ils adoptent une attitude bornée et lancent, le plus souvent, un flot d'insultes... J'écris actuellement pour eux un nouvel article intitulé "Aude Favre, Matthias Schönwald et Walter Hallstein" où je démonte tous les mécanismes utilisés par Aude Favre pour tromper sciemment tout le monde avec ce monument de malhonnêteté intellectuelle.
  • Il y a les partisans du "oui". Certains sont convaincus à la lecture du dossier. D'autres avaient un avis tranché avant même d'en prendre connaissance. Ils le survolent néanmoins ou le lisent de manière plus approfondie. Ils me félicitent parfois pour la qualité de mon travail. J'ai la faiblesse d'être sensible à leurs compliments. Il est vrai que j'ai fourni un bel effort d'enquête et de compilation de documents.
  • Parmi ceux qui reconnaissent que Walter Hallstein était un nazi, j’ai trouvé une variante assez singulière qui mérite d’être signalée. Certains expliquent en effet qu’il n’y a pas lieu de lui en vouloir puisqu’il était un peu comme tous les allemands. Il était par ailleurs arriviste comme beaucoup. Nous connaissons tous de nombreux arrivistes qui ne sont accusés de rien. Finalement c’était un « nazi ordinaire » de la catégorie « brave type ». Eh bien non ! Nous savons qu’il y a eu 11 millions de nazis encartés au NSDAP. C’est la Wikipédia qui le dit. C’est beaucoup trop pour considérer qu’il s’agissait d’une petite minorité mais ce n’est pas assez pour considérer que tous les allemands étaient nazis. Nous verrons par ailleurs que, loin d’être un « nazi ordinaire » c’était plutôt un nazi particulièrement zélé.
  • Je dois signaler une catégorie encore plus rare parmi ceux qui ont compris que Walter Hallstein était un nazi. Je n’en ai rencontré qu’un seul spécimen. Ce sont ceux qui défendent ouvertement le point de vue réactionnaire des européistes. Ils ne veulent pas que cette vérité soit connue car elle fragiliserait les institutions qu’ils défendent. Ils ne se sentent pas capables de défendre leur politique en disant la vérité. Ils considèrent que ceux qui veulent que la vérité soit connue sont des provocateurs
  • Mais il y a aussi de nombreux cas où les interlocuteurs refusent de se prononcer. Ce sont ceux qui ont compris que Walter Hallstein était un nazi mais refusent de le dire. La plupart du temps, ils sont membres ou sympathisants d'organisations politiques dont les dirigeants ont eux-mêmes refusé de se prononcer. Ils tiennent alors à adopter une attitude conforme à celle de leur "maître à penser". Faut-il donc aller jusqu'à renier ses idées pour être fidèle à un parti ou un politicien ? Ne vaut-il pas mieux avoir le courage de dire la vérité ?
  • On trouve une quatrième catégorie. C'est une variante de la précédente. Leurs adeptes sont seulement plus hypocrites car ils ne veulent pas montrer qu'ils refusent de se prononcer. Ils embrouillent tout pour semer la confusion. Les techniques pour cela sont classiques et connues. Comme les partisans du "non", ils ne dédaignent pas les amalgames. Une autre technique connue consiste à élargir le débat pour éluder la question précise. Ils invoquent alors d'autres individus qui ont fait la même chose ou qui ont fait pire sous le même régime ou sous un autre... Ils nous invitent à tenir compte du contexte, à mettre la question en rapport avec la politique de l'Allemagne ou à nous intéresser à la mentalité des hommes qui sont plus ou moins arrivistes ce qui les amène à avoir des comportements déviants... Bref, ils veulent ainsi noyer la question précise dans un flot de considérations connexes sans jamais se prononcer ni pour le "oui" ni pour le "non" mais sans jamais avouer non plus qu'ils veulent fuir la question.

Pour répondre à la question, il faut examiner les faits, rien que les faits. Si nous faisons face à tant de réticences c'est parce que les enjeux de la discussion sont considérables sur des problèmes d'actualité. Ce n'est pas seulement le passé qui est visé. Chacun perçoit qu'il est question de l'actuelle construction européenne.

Je dis néanmoins, à l'instar de Jean Jaurès, que rien ne justifie et rien n'excuse qu'on ne dise pas la vérité :

"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."

Les européistes d’aujourd’hui sont toujours agacés quand nous rappelons qu’Hitler avait lui-aussi un projet européiste : « Das Neue Europa » soit « La Nouvelle Europe ». Ils se sentent accusés de reprendre à leur compte un projet nazi. Il s’agit là de leur ressenti. Je n’y suis pour rien. Ce n’est pas ce que j’ai écrit. J’explique que Walter Hallstein était un nazi parce que c’est vrai. Je ne suis pas responsable de ce que ressentent les uns ou les autres à propos de cette affirmation. De mon point de vue le projet d’Hitler est mort avec Hitler et le nazisme à la Libération. Le projet de l’UE est né de la volonté des USA de dominer l’Europe de l’Ouest après la Libération. Ce sont donc bien deux projets distincts. Cependant, j’affirme qu’il y a des points communs entre le projet de « La Nouvelle Europe » d’Hitler et le projet de l’UE. Il n’est que de regarder les affiches de propagande pour la « Nouvelle Europe » d’Hitler pour s’en convaincre. Certaines seraient assurément reprises à leur compte par les européistes actuels comme celle où nous voyons l’Europe rétrograde avec ses frontières qui sont des cloisons et l’Europe moderne qui a fait tomber les cloisons pour ouvrir de grands axes de communications. Sur le plan économique de nombreuses idées se retrouvent dans les deux projets :

  • Une zone économique européenne sans frontières et sans barrières douanières.
  • Un marché unique.
  • Une politique agricole commune.
  • La relocalisation des usines au plus rentable.
  • Un taux fixe entre les monnaies.
  • L’idée que plus cette zone économique de libre échange est large et plus elle aura de poids pour négocier dans le commerce international.

Mais, il y a aussi des différences. Le projet de « La Nouvelle Europe » devait se dresser contre le bolchévisme et la juiverie internationale alors que le projet de l’UE doit plutôt s’opposer, dans le cadre de l’OTAN, à la Russie de Poutine et au monde arabo-musulman.

Je ne suis pour rien non plus, même si cela agace encore plus les européistes actuels, si Walter Hallstein a été impliqué dans le projet nazi de « La Nouvelle Europe » avant d’être le président pendant neuf ans de la CEE. Il participa en effet à la délégation de juristes qui se sont rendus à Rome pour organiser une conférence du 21 au 25 juin 1938 à la suite de la rencontre entre Hitler et Mussolini des 9 et 10 mai 1938. C'est ici, avec la mise en place d'une collaboration italo-germanique, que les prémices du projet de « Das Neue Europa » sont apparues. C’est un fait historique. Une vérité insupportable pour nombre des européistes. Il est certain que Walter Hallstein était impliqué dans ce projet. Le discours qu'il a prononcé le 23 janvier 1939 devant des universitaires et des fonctionnaires gouvernementaux le prouve. Nous en proposons une traduction en français.

C'est clairement un discours de juriste nazi qui fait des propositions pour unifier le droit dans toute "l'Europe Nouvelle", comme le montre cet extrait :

"Le Peuple de l’Europe nouvelle n’est pas seulement constitué par des conditions physiques communes, c’est-à-dire par des facteurs hérités et externes. Il ne se compose pas uniquement non plus d’un destin historique commun. Un Peuple est essentiellement formé par des convictions et des valeurs communes. Ainsi, le leadership d’un État des peuples aryens, en particulier le national-socialisme, ne peut pas se passer des outils du droit pour sécuriser ce territoire commun." 

Walter Hallstein avait été reconnu comme ancien nazi dès le 18 octobre 2008 par un journaliste nommé Gabriel Donohoe qui faisait déjà état de ce discours dans un article intitulé : « Procès de Nuremberg : Crimes contre l’humanité de la grande industrie pharmaceutique ». C’est en effet dans ce discours que Walter Hallstein faisait état des conceptions racialistes du nazisme avec la « loi sur la protection du sang et de l’honneur allemand ». Donohoe écrivait :

« Walter Hallstein fut un éminent professeur de droit nazi qui déclara en 1939 : L’une des plus importantes lois (dans la partie occupée des pays européens) est la « loi sur la protection du sang et de l’honneur allemand. » Cet avocat de loi nazie « sang et honneur » joua un rôle dans la création de la structure de base de l’Union Européenne et devint le premier chef de la Commission Européenne, un organe exécutif adroitement conçu pour gouverner l’Europe en dehors de toute ingérence de contrôle démocratique. Cette absence de démocratie est assez évidente à Bruxelles, en particulier aujourd’hui. En 1957, le Chancelier Adenauer et Hallstein signèrent le premier traité européen à Rome »

Le projet « Das Neue Europa » était suffisamment mûr en 1441 et 1942 pour que se tiennent à Paris deux expositions sur "La Nouvelle Europe":

  • La première du 31 mai au 31 octobre 1941 au "Grand Palais".
  • La deuxième, souvent intitulée "La Vie Nouvelle" s'est tenue du 5 avril au 31 octobre 1942.

Nous avons sélectionné quelques photos de ces expositions.

 

montage

Les européistes nous accusent de complotisme. Nous les accusons de révisionnisme. Est complotiste celui qui, pour eux, remet en question une version officielle. Est révisionniste, de notre point de vue, celui qui conteste des faits historiques. Non seulement Walter Hallstein était un nazi avec une implication particulièrement zélée, mais il a ainsi participé activement à la naissance du projet de « La Nouvelle Europe » d’Hitler. En dissimulant tout cela, l’UE veut falsifier l’histoire. Ce n’est d’ailleurs pas le seul cas où l’UE veut imposer une falsification de l’histoire. L’UE veut imposer une version falsifiée de l’histoire de la seconde guerre mondiale. Le Parlement Européen a pour cela adopté, le 19 septembre 2019, une résolution sur « l’importance mémorielle pour l’avenir de l’Europe » qui est une grossière falsification de l’histoire présentant la principale alliance comme étant celle des Russes et des nazis (Les accords Ribbentrop-Molotov). Toute la seconde guerre mondiale s’expliquerait par cette alliance contre la démocratie alors qu’à l’évidence la victoire contre le nazisme est due à une alliance des américains avec les russes.

Assurément « la version officielle » imposée par la dictature européiste et tous les médias dominants catalogue ceux qui affirment que Walter Hallstein était un nazi comme des « complotistes ». Pourtant il est permis de contester des versions officielles. D’ailleurs, sur France 3, le 28 janvier 2013, une des émissions « Docs Interdits » a contesté la version officielle du suicide dans l’affaire Boulin. A l’occasion les journalistes se sont même permis d’accuser la police et la justice d’être au service de castes politico-mafieuses. France Télévision peut donc se permettre d’aller très loin dans la contestation de versions officielles. C’est très bien ainsi et nous n’avons nullement l’intention de traiter de complotistes ceux qui s’attaquent ainsi à des versions officielles ou à des dogmes. Mais, alors pourquoi les mêmes se permettent de le faire contre nous ? Ont-ils pour cela une carte d’habilitation, délivrée par la Commission Européenne ? Car, assurément l’UE impose une limite. Il est interdit de douter d’une version officielle concernant les grandes stratégies de l’oligarchie euro-atlantique. Ainsi, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il y ait une grosse publicité à propos de la vidéo sur YouTube intitulée « Le plan géopolitique des USA au Moyen-Orient ». Celle-ci dévoile la politique impérialiste des USA au Moyen-Orient de la bouche même du général Wesley Clark interviewé le 2 mars 2007. De même, le blacklistage s’impose sur tout ce qui concerne la genèse de l’UE. Car l’UE est une construction fragile et accepter de désigner celui qui fut président de la CEE pendant 9 ans comme un ancien nazi ce serait enfoncer un coin à la base de l’édifice qu’il n’est pas permis de fragiliser.

Pour comprendre comment cela a été possible, il faut savoir que le recyclage des anciens nazis dans l’administration de l’Allemagne Fédérale fut aussi banal que le recyclage des anciens pétainistes dans l’administration française de l’après-guerre (Voir le livre d’Annie Lacroix Riz : « La non-épuration en France »). A la libération, une épidémie d’amnésie s’est répandue en Allemagne autant qu’en France. Chez nous tout le monde affirmait avoir été plus ou moins résistant. Ceux qui, comme moi, habitent près d’une côte ont toujours entendu dire que ce sont les allemands qui ont construit les blockhaus du « mur de l’Atlantique ». Nous fera-t-on croire qu’ils ont fait venir massivement des ouvriers d’Allemagne ? Il faut assurément oublier que dans le cadre de l’organisation TODD les français ont sagement travaillé pour l’occupant. Après la Libération, à l’écoute des allemands, il semblait inimaginable qu’il y ait eu 11 millions d’adhérents au parti nazi comme cela est indiqué sur la page de la Wikipédia consacrée au IIIe Reich. Seuls quelques milliers s’en souvenaient et les américains étaient partis avec les dossiers, les fichiers, les ingénieurs et techniciens nazis, le spécialiste de la construction européenne… Le recyclage des nazis dans l’administration de la RFA a été tellement massif que, sur la quantité de cadres administratifs concernés, il s’en est obligatoirement trouvé pour œuvrer plus particulièrement à la construction de l’Union Européenne. Les faits ne sont d’ailleurs niés par personne. Regardez les pages de la Wikipédia consacrées à Karl Maria Hettlage et Carl Friedrich Ophüls. Le premier fut membre de la Haute Autorité de la CECA de 1962 à 1967. Le second fut le concepteur principal des « statuts de la Cour Européenne de Justice » et c’est à ce titre qu’il les signa. Personne ne nie qu’ils furent auparavant des nazis patentés. Il est donc normal, banal et admis par tous que d’anciens nazis ont participé à la construction européenne.

Alors, pourquoi le cas de Walter Hallstein suscite-t-il encore autant de passions ? Sans doute puisqu’il fut l’un des plus éminents « constructeur de l’Europe », l’un des « pères fondateurs de l’Union Européenne ».

Les forces qui se déploient pour bloquer la divulgation de cette information sont considérables en commençant par les grosses fortunes qui ont dans leurs mains l’essentiel des médias : Bernard Arnault, François Pinault, la famille Dassault héritière de Serge Dassault, Vincent Bolloré, Patrick Drahi, Xavier Niel, Martin et Olivier Bouygues, Arnaud Lagardère…

 

 2. Un négationniste à la Wikipédia

Même la Wikipédia est sous leur influence. Elle fonctionne grâce aux dons et les   gestionnaires ne peuvent pas se mettre à dos les grosses fortunes. En principe les articles sont écrits par des contributeurs bénévoles mais, en regardant la rubrique « discussions » de la page consacrée à Walter Hallstein, nous voyons que certains contributeurs sont aussi des administrateurs de la Wikipédia et nous voyons bien ici que celui qui s’appelle Trehill impose sa loi. Voici en effet ce qui constitue toute sa rhétorique :

  • Les sources non-complotistes sont les média-dominants c’est-à-dire ceux qui appartiennent aux milliardaires.
  • Ce sont ces sources qui décident de ce que sont les versions officielles incontestables.
  • Ceux qui contestent sont des complotistes qui font des choix par idéologie : François Asselineau, Matthias Rath, Philippe de Villiers, Annie Lacroix Riz…
  • Il est inutile d’examiner les faits pour distinguer le vrai du faux car ce qui est vrai c’est ce qui est conforme aux sources non-complotistes. Le reste est faux.
  • Celui dont l’opinion est conforme aux sources non-complotistes ne peut pas être négationniste.

Malheureusement, nous n’exagérons pas. Voici textuellement le style de discours qu’il tient :

« Savez-vous seulement ce qu'est le négationnisme pour l'utiliser de manière si inappropriée ? Dès lors que mon opinion sur le sujet correspond à celle des sources non-complotistes, est-ce du négationnisme ou est-ce du bon sens ? Devinez quoi, c'est du bon sens ! Les non-complotistes ne sont pas négationnistes monsieur, ils ont simplement l'intelligence de ne pas être séduits par les propos fallacieux… »

Si, après une telle exhibition d’impudence et d’outrecuidance, son interlocuteur insiste, il s’emporte. Il « hurle ». Il fait ce que toutes les chartes de bonne conduite de tous les forums du web interdisent ou déconseillent. Il écrit en caractères gras et soulignés : « Le complotisme n’a pas sa place sur la wiki ». Si un contributeur lui signale une contradiction entre sa page sur Walter Hallstein et une autre page de la Wikipédia, il n’hésite pas une seconde pour répondre que c’est l’autre page qui est dans l’erreur. Appréciez en plus toute sa modestie ! Il est capable d’écrire : « Ma culture est certainement bien plus grande que la vôtre ». Bref ! la discussion avec lui est impossible. C’est d’ailleurs ce qu’il veut.

En conséquence, la Wikipédia non seulement ne désigne pas Hallstein comme un nazi mais elle évite même, à son sujet, de parler du IIIe Reich comme si Walter Hallstein n’avait aucun rapport avec ce régime. La principale falsification de la Wikipédia consiste à nier son appartenance au parti nazi : « Hallstein n'était pas membre du Parti national-socialiste » sans donner la référence qui leur permet de faire cette affirmation ni la classique remarque habituelle [réf. nécessaire]. Elle use pour cela d’une grossière fourberie qui consiste à écrire une phrase plus longue « Hallstein n'était pas membre du Parti national-socialiste ni du Sturmabteilung19 ». La fourberie consiste alors à n’invalider que la deuxième proposition pour laisser entendre que toute la phrase est invalide. Les références faites avec des numéros à des livres écrits en allemand ne facilitent pas les vérifications. Le numéro 19, en guise de référence, renvoie probablement à un livre où nous supposons qu’il est dit que Walter Hallstein n’était pas membre de la SA (Section d’Assault : Sturmabteilung) ce qui n’exclut pas qu’il était nazi. Il ne faut pas confondre être nazi ou être membre de la SA ou de la SS. A la fin de la guerre la Waffen SS avait 900 000 hommes. Il y a donc eu 12 fois plus de membres du NSDAP que de membres de la SA ou de la SS. Rappelons, en effet, qu’il y a eu 11 millions de nazis.

Ce n’est pas parce que nous n’avons ni la photo ni le numéro de sa carte d’adhésion au parti nazi que Walter Hallstein n’y a pas adhéré. Il en est de même pour la majeure partie des anciens nazis. Ce fait ne permet de rien conclure ni dans un sens ni dans l’autre. Or, affirmer comme le fait la Wikipédia que « Hallstein n’était pas membre du Parti national-socialiste », alors qu’à cette étape nous n’en savons rien, pour affirmer ensuite qu’il n’était pas nazi est une grossière manipulation. Remarquons de plus que bien des pinailleurs, qui exigent de voir sa carte de militant nazi pour accepter de considérer qu’il était nazi, ne se privent pas de contester qu’Oskar Schindler était nazi alors qu’il était assurément encarté. Nous parlons ici de celui qui est considéré comme ayant sauvé beaucoup de juifs. Il y a eu un roman et un film en son honneur. Continuons à examiner ce qui fait office d’argumentation pour la Wikipédia. Elle ajoute à propos de Walter Hallstein : « Mais il est reconnu pour avoir gardé ses distances avec les nazis11, dont il rejetait l'idéologie23.14. » Les références sont seulement des numéros renvoyant à des articles ou des livres. Le numéro 14 renvoie à un article de Jürgen Elvert intitulé « Walter Hallstein : biographie d'un Européen (1901-1982). » Voici la seule chose que nous avons trouvée dans l’article au sujet de son appartenance au parti nazi :

« Il adopta une attitude hostile à l’égard du national-socialisme et il entretenait même des contacts avec des adversaires déclarés du système. Ce non-conformisme ne lui porta aucun préjudice : en 1941, il fut nommé à la chaire de droit commercial, de droit du travail et de droit économique, de droit comparé et de droit privé international à l’Université de Francfort-sur-le Main »

Il s’agit d’une biographie de quatre pages qui est donc beaucoup trop restreinte pour être considérée comme sérieuse. Aucune source n’est donnée en référence pour étayer les informations citées. Si vous suivez toute la discussion de la Wikipédia, ce qui est assez fastidieux, vous verrez que le contributeur-administrateur-censeur nommé Trehill rejette tous les documents qui tendraient à montrer que Walter Hallstein était nazi en expliquant qu’ils ne sont pas fiables mais voici ce qu’il estime être une source fiable ! Nous ne savons pas ce qui permet d’affirmer qu’il « adopta une attitude hostile à l’égard… ». Nous ne savons pas en quoi consistait cette attitude ? A-t-il distribué des tracts ? A-t-il fait une prise de parole pour dénoncer le régime ? Quels sont les adversaires déclarés du régime avec lesquels il entretenait des contacts ? Nous ne savons pas non plus par qui Walter Hallstein était « reconnu pour avoir gardé ses distances avec les nazis » et ce qu’il avait fait pour mériter cette reconnaissance. Le seul fait vérifiable est que Walter Hallstein a bien eu cette promotion à l’Université de Francfort ce qui confirmerait plutôt qu’il était bien vu par les nazis. Nous ne sommes pas allés, dans nos investigations, jusqu’à rechercher les ouvrages en allemand référencés avec les numéros 11 et 23. La mauvaise foi de l’administrateur de la Wikipédia nommé Trehill nous paraît suffisamment évidente. Son raisonnement est simple. Nous l’avons déjà dit : il postule que toutes les sources qui vont dans son sens sont fiables et que les autres sont des sources complotistes.

 

 3. Une grossière falsification en 20 lignes sur la Wikipédia

Sur la page de la Wikipedia, la partie qui traite la période qui nous intéresse de la vie de Walter Hallstein est réduite à moins de 20 lignes (316 mots) sous le titre « carrière universitaire et période d’avant-guerre ». Elle contient bien d’autres imprécisions que celles que je viens de signaler et quelques contre-vérités.

Nous y apprenons que Walter Hallstein était « membre de diverses organisations professionnelles prises en mains par le régime nazi » et quatre associations sont citées :

« l'Association national-socialiste des enseignants (Nationalsozialistischer Lehrerbund NSLB), l'Association des juristes nationaux-socialistes (Nationalsozialistischer Rechtswahrerbund NSRB), l'Association allemande national-socialiste des maîtres de Conférence (Nationalsozialistischer Deutscher Dozentenbund NSDDB) et l'Association national-socialiste de protection des civils face aux raids aériens (Nationalsozialistischer Luftschutzbund RLB) »

J’ai ajouté les sigles des associations, lesquels ne figurent pas sur la Wikipédia, parce que nous aurons l’occasion d’en reparler. On remarque d’emblée comme première erreur qu’après avoir annoncé une liste d’organisations professionnelles, l’une des organisations est une organisation civile. La RLB, n’a rien d’une organisation professionnelle (Elle s’appelle soit « Nationalsozialistischer Luftschutzbund » soit « Reichsluftschutzbund »). Il s’agit d’une organisation qui fait de la protection contre les bombardements. De plus, la NSLB et la NSDDB sont deux associations d’enseignants qui n’ont jamais existé simultanément. La NSLB encore appelée « La ligue de l’enseignement » devient en effet en 1935 la NSDDB. La traduction de « Dozenten » serait plutôt « professeur », « chargé de cours » ou simplement « enseignant » que « maître de conférences » et cela correspondrait mieux au statut qu’avait alors Walter Hallstein. Nous en sommes à beaucoup d’imprécisions, une erreur et une mauvaise traduction. Ce n’est rien. Continuons.

Remarquons d’abord que la Wikipédia allemande cite également quatre noms d’associations mais avec une seule association d’enseignants (NSDDB) :

« Er war Mitglied des NS-Rechtswahrerbundes (NSRB), der Nationalsozialistischen Volkswohlfarhrt (NSV), des NS-Luftschutzbundes (RLB) und des NS-Deutscher-Dosentenbundes (NSDDB). »

Elle propose donc une association civile supplémentaire. Elle ajoute en effet le secours populaire national-socialiste (Nationalsocialistische Volkswohlfart NSV). Voilà maintenant une grossière omission de la Wikipédia française. La liste s’allonge. Cela fait beaucoup au regard de l’arrogance dont l’administrateur nommé Trehill fait preuve pour imposer ses conclusions à ses interlocuteurs dans les pages de discussion. A l’évidence, il n’est pas à la recherche de la vérité. Les phrases qui suivent montrent que son but est tout autre :

« Cette appartenance résulte de la prise de contrôle par le régime nazi des associations professionnelles et civiques lors de la Gleichschaltung (« mise au pas » ou « alignement »). De ce fait, la simple appartenance à une association professionnelle signifiait qu'il était membre d'une association contrôlée par le régime nazi »

Il cherche à faire croire que l’appartenance à ces associations ne montre aucunement que Walter Hallstein était engagé dans la politique nazie. Il est vrai que très vite après la prise du pouvoir par Hitler toutes les associations ont été contrôlées par le régime nazi. Mais il est faux de laisser entendre qu’il était normal d’y adhérer d’un simple point de vue professionnel et qu’il n’y avait rien à en déduire quant à un éventuel engagement auprès du parti nazi. Cela est faux car l’adhésion à ces organisations n’avait rien d’obligatoire et rien d’anodin. Par exemple la page de la Wikipédia sur la NSDDB nous dit : « 1938 gehörte etwa ein Viertel der deutschen Hochschullehrerschaft dem Dozentenbund an » ce qui se traduit par « En 1938, environ un quart du personnel enseignant des universités allemandes appartenait à l'association des professeurs ». Dans ces conditions, il est certain que le choix d’y adhérer était bien un choix politique qui est d’ailleurs dans ce cas clairement exposé sur cette même page de la Wikipédia :

« Zweck der Organisation waren die Einflussnahme auf die Universitäten und die politische Kontrolle der Hochschullehrerschaft. Insbesondere auf Berufungen beziehungsweise Stellenbesetzungen wurde massiv Einfluss ausgeübt. Die Vertreibung jüdischer Wissenschaftler von den Universitäten betrieben maßgeblich die Aktivisten des Dozentenbundes. »

Ce que nous traduisons ainsi :

« Le but de l'organisation était d'influencer les universités et le contrôle politique du personnel enseignant universitaire. Une influence massive a été exercée en particulier sur les nominations et les vacances de poste. Les militants de l'Association des Enseignants étaient en grande partie responsables de l'expulsion des scientifiques juifs des universités. »

Erns Klee apporte des précisions au sujet du NSDDP. Ernst Klee est un journaliste et écrivain allemand surtout connu pour avoir mis en évidence les crimes de médecins allemands. Il a publié en 2003 « Das Personen-lexikon zum Dritten Reich » avec en sous-titre « Wer war was vor und nach 1945 » soit en français « Le dictionnaire des personnalités du IIIe Reich » avec le sous-titre « Qui était quoi avant et après 1945 ? ». Ce dictionnaire comporte près de 4 300 noms des plus éminentes personnalités hitlériennes parmi lesquelles figure évidemment Walter Hallstein. Voici ce qu’il dit du NSDDP :

« jusqu’en 1935, il n’était ouvert qu’aux membres du parti » et fut promu le 24 juillet 1935 en « division du NSDAP […]. Pour y adhérer était exigée la caution de deux nationaux-socialistes éprouvés. Le NSDDB siégeait avec droit de vote au Sénat de l’université et détenait un droit de veto sur les procédures de nomination et d’habilitation des universitaires ».

Je précise que je n'ai pas lu ce dictionnaire d'Ernst Klee pour la bonne raison que je ne sais pas le lire vu qu'il est écrit en allemand. J'ai extrait cette citation de l'article d'Annie Lacroix- intitulé : « Affaire Hallstein : une historienne met en cause l'honneur professionnel des défenseurs de l'ancien président de la Commission ».

Nous ne parlons plus ici d’erreurs, d’omissions ou de manque de précisions mais de mensonge. Walter Hallstein était évidemment membre du NSDAP puisqu’il avait adhéré au NSDDB à un moment où l’adhésion préalable au parti nazi était obligatoire. S'il suffisait de donner une preuve, nous pourrions nous en tenir là. Vous avez maintenant la preuve irréfutable : Walter Hallstein était un nazi puisqu'il a été membre, comme un universitaire sur quatre, du NSDDB.

La Wikipédia qui s’évertue décidément à nettoyer le passé de Walter Hallstein ajoute pour finir que :

« En 1941, des officiers nazis se sont opposés à sa nomination comme professeur de droit à l’université de Francfort, mais sa candidature fut soutenue par les autres professeurs et universitaires et il devint finalement recteur de la faculté en 1946 24 ».

Dans le droit fil de ce qui précède, il s’agit seulement pour les administrateurs de la Wikipédia de montrer que Walter Hallstein aurait pu être mal vu par certaines autorités nazies. Mais, là encore, aucun fait n’est rapporté. Seul le numéro 24 renvoie à une référence. Il s’agit d’une communication de 2010 d’un historien allemand nommé Thomas Freiberger. Le titre : « Der friedliche Revolutionär: Walter Hallsteins Epochenbewusstsein » se traduit par : « Le révolutionnaire pacifique : la perception du moment par Walter Hallstein ». Annie Lacroix-Riz, historienne reconnue du mouvement ouvrier, signale au sujet de cet article :

« cet article et ce livre (NDLR : Le livre dans lequel est inclus l’article) sont dépourvus de tout rapport avec la carrière de Walter Hallstein avant et sous Hitler. La référence à Freiberger, en l’absence des spécialistes des universités de l’ère nazie, relève donc de l’escroquerie intellectuelle. »

Je précise, pour les amateurs d'amalgame, que je suis loin de partager les idées d'Annie Lacroix-Riz. J'ai un point de vue très critique sur certaines de ses interprétations qui montrent qu'elle est restée très proche des idées qui étaient celles du PCF dans les années 50. Cependant, elle est rigoureuse en ce qui concerne la véracité des faits. Elle ne peut pas se permettre de donner des informations fausses car elle joue sa réputation d'historienne universitaire diplômée et reconnue. Elle n'est, de ce point de vue, en rien comparable à de pseudo-historiens autoproclamés.

C'est donc une citation de Freiberger qui relève de l'escroquerie intellectuelle qui fait office chez les administrateurs de la Wikipédia de référence sérieuse, de source fiable. Il s’agit d’un article complètement hors sujet puisqu'il ne traite pas du tout de la carrière de Walter Hallstein avant la libération. En l’état, l’affirmation selon laquelle « En 1941, des officiers nazis se sont opposés à sa nomination comme professeur de droit à l’université de Francfort » est vide de contenu. Nous ne savons pas qui sont les officiers en question et en quoi ils se sont opposés à sa nomination. Nous reviendrons ultérieurement sur ces énigmatiques allégations de la Wikipédia. Il se pourrait bien que la seule chose que les autorités nazies aient trouvé peu conforme à l’idéologie nazie soit son célibat prolongé puisqu’il avait 40 ans au moment de sa candidature pour Francfort. Ajoutons que le fait qu’il soit devenu recteur en 1946 n’a aucun rapport avec le titre du chapitre qui annonçait : « période d’avant-guerre ».

Après ce chapitre la Wikipédia consacre une trentaine de mots pour dire qu’il a été mobilisé en 1942 jusqu’au moment où il a été fait prisonnier à Cherbourg. Là encore, la Wikipédia cherche à minimiser son rôle de nazi en laissant entendre qu’il avait un petit grade et une fonction purement administrative. « le grade de premier lieutenant (Oberleutnant). Il occupait alors la fonction d'officier administratif (ordonnanzoffizier) ». Il est évident qu’en n’ayant jamais été engagé dans l’armée, il ne pouvait pas être colonel et que le grade de lieutenant, pour un appelé, est déjà un grade de haut rang. Mais surtout, la Wikipédia ne dit pas un mot sur son rôle de NS-Führungsoffizier (NSFO). Je traduis ce terme par « officier instructeur en national-socialisme » pour tenir compte de ce qu’était effectivement le rôle essentiellement idéologique de ces officiers. Sur la page de la Wikipédia consacrée à la Wehrmacht, nous trouvons aussi la traduction « officiers guides nationaux-socialistes ». Le rôle de ces officiers était de préparer les soldats à mourir pour le Reich et de les inciter à lutter pour la suprématie de la race aryenne par l’élimination des races parasites. Ce corps a été créé tardivement en décembre 1943 c’est-à-dire après la défaite de Stalingrad (février 1943) alors que des dissensions apparaissaient dans la Wehrmacht laquelle commençait à essuyer des revers sur divers fronts. Le rôle des NSFO était aussi de renforcer de manière draconienne la discipline dans la Wehrmacht et d’assurer un contrôle politique à tous les niveaux de la hiérarchie à un moment où les stratégies militaires de Hitler commençaient à être critiquées. Pour obtenir cette « promotion », Walter Hallstein a été sélectionné en tant qu’élite nazie (en tant que « croyant » par opposition aux « sceptiques » et aux « indifférents ») sur une petite liste des 15 « meilleurs nazis » de l’université de Francfort. Voilà bien une autre preuve. Qui osera dire qu'il aurait pu être gratifié d'une telle reconnaissance sans être nazi et sans être membre du NSDAP ? S’agit-il, là encore, d’une petite omission de la Wikipédia ?

Ce conglomérat de mensonges, omissions, erreurs et imprécisions constitue une grossière falsification qui permet aux larbins du pouvoir d’affirmer sans ambages à propos de Walter Hallstein : « Il n’a jamais été au parti nazi, ça c’est établi, c’est prouvé ». Et bien non ce n’est pas prouvé, loin s’en faut.  Nous venons de donner deux preuves du contraire. Il faisait partie dans l'armée des NSFO et il était, comme enseignant, membre du NSDDB. Nous allons en apporter d'autres. La tâche n’est pas simple. Certains proposent de montrer qu’il était nazi en cherchant des traces de ses actes, ses écrits, ses engagements sans chercher à prouver qu’il était nécessairement adhérent au NSDAP ou à ses organisations satellites comme les SA (sections d’assaut) et les SS (SchutzStaffel - groupe de protection). C’est notamment ce que font Philippe de Villiers et le journaliste Arnaud Dotézac. Cette approche peut toujours être critiquée car il est difficile de définir les critères qui permettent d’affirmer catégoriquement que tel ou tel individu était un nazi d’après ses actes, son comportement.

Les archives sur les adhésions au NSDAP sont difficilement accessibles (Voir l’article "Qui était réellement membre du NSDAP ?") et il y a eu une grande épidémie d’amnésie à la Libération sur la question de ces adhésions. Le fait de ne pas avoir trace de la carte du NSDAP d'un nazi patenté est très normal, classique, habituel. C'est l'inverse qui est exceptionnel. Sur les 11 millions d'allemands qui ont adhéré au NSDAP, je ne crois pas qu'on puisse retrouver plus d'une carte sur 100. Ma démarche est donc de prouver qu’il a été adhérent au NSDAP en montrant comme je viens de le faire deux fois qu’il a pris des engagements qui nécessitaient l’adhésion préalable au parti des nazis. Je reprends donc à mon compte ce critère très objectif de l’adhésion au NSDAP. Pour être cohérent, j’affirme donc qu’Oskar Schindler était un nazi alors que je sais que beaucoup sont en désaccord. Cela soulève toute une autre discussion sur les raisons d’adhérer au parti nazi. Ceux qui ont été reconnus comme des adhérents du NSDAP à la Libération ont le plus souvent cherché à minimiser leur responsabilité en expliquant que ce n’était pas par conviction mais par nécessité pour leur carrière…Il y a d’ailleurs de fortes chances pour que, comme beaucoup d’autres, Walter Hallstein ne soit devenu un nazi particulièrement virulent qu’à partir de la prise du pouvoir par Hitler en 1933 et cela par pur arrivisme. C’est du moins ce qu’explique Arnaud Dotézac :

« Dans sa course au statut social, il devient, en 1931, l’un des plus jeunes professeurs de droit de sa génération. L’université de Rostock, sur les bords de la Baltique, est la première à lui offrir une chaire, couvrant tout le spectre du droit privé. Il y prendra racine pour 10 ans et y vivra la révolution nationale-socialiste, de l’intérieur. Son land de Mecklenburg-Schwerin célébrait la victoire du NSDAP dès les élections régionales de 1932, ce qui lui permit d’anticiper quelque peu ses choix, lorsqu’Hitler prit les rênes du pays en janvier 1933.

La plupart de ses collègues affichèrent très tôt leurs positions, favorables ou contraires à cette « blitz-révolution » qui démarra instantanément et dont on ne mesure pas toujours le séisme juridique qu’elle provoqua. Hallstein, comme tous les opportunistes, préféra l’attentisme prudent. Au semestre d’été 1933, les archives de Rostock indiquent qu’il professait toujours un État de droit en phase avec les Lumières, doctrine honnie du nouveau régime. Mais pas question de sacrifier sa chaire prestigieuse, alors il se ravisa très vite. L’éviction des juristes récalcitrants et non aryens commençait en effet dès cette période, notamment sous le contrôle très strict des étudiants eux-mêmes. Hallstein le comprit et mit son programme à jour pour la rentrée d’automne 1933.

Du fait des lois d’aryanisation, ce sont des pans entiers de sa chaire qui devaient être actualisés sans délai, notamment quant à l’incidence des déchéances raciales dans les régimes matrimoniaux, puis dans la propriété, la taxation, les regroupements forcés, la citoyenneté, l’eugénisme, etc. Le contenu du droit civil s’en trouvait bouleversé de fond en comble. Idem pour le droit des affaires et les interdictions de gérer imposées aux non-aryens, suivie de celle de détenir des titres, sans parler de la remise en cause du principe même de personnalité morale. Idem aussi pour le droit rural qu’Hallstein enseigne et qui prend une importance politique considérable depuis la loi agraire du 29 septembre 1933. Le droit du sol, de la « racine », y devient le symbole de celui de la « race », comme l’explique  magistralement Johann Chapoutot dans La loi du sang (Gallimard, 2014; voir le Cannibale lecteur du 23 octobre 2016, Antipresse n° 47). Cette réforme replace ainsi le paysan au centre de la « Communauté » (gemeinschaft), un concept qui deviendra très cher à Hallstein dans sa future carrière européenne.

Il s’implique donc à fond dans cette « rénovation du droit » (rechtsneuerung) que la Faculté a pour devoir de contribuer à construire fissa. Il se fait d’ailleurs remarquer favorablement très vite et pas seulement dans la communauté juridique. Dès 1933, il est nommé vice-président de la chambre de commerce et de l’industrie nationale-socialiste de Mecklenburg-Rostock… »

Il faut reconnaître que le travail d’Arnaud Dotézac est bien documenté et que son point de vue est argumenté. Il me semble toutefois incohérent qu’il n’aille pas jusqu’à dire que Walter Hallstein a adhéré au NSDAP.

Les hommes sont souvent prêts à d’ignobles bassesses par intérêt et il est probable que Walter Hallstein en soit un exemple. Il est cependant impossible de mesurer le degré de sincérité de ce genre de discours. Je ne vais donc pas entrer dans cette discussion qui n’aboutit à rien. Je trouve pour ma part suspect la position d’Oskar Schindler. Il a eu le don de mêler humanisme et affairisme en estimant qu’il était plus rentable de tuer les juifs au travail plutôt que dans une chambre à gaz et, peu de temps avant la chute du régime, il a pris subitement conscience qu’il aurait pu en sauver davantage et il a alors été rongé par le remord. Je me permets de trouver tout cela suspect et je pense qu’il y a mieux que cet individu à donner en exemple à notre jeunesse. Je n’excuse pas la médiocrité. Oskar Schindler était un nazi et Walter Hallstein aussi. Mais, c’est vrai, nous n’avons pas trouvé trace de sa carte d’adhérent. Nous avons néanmoins déjà apporté deux preuves.

 

 4. Le contexte historique du nazisme

En plus des preuves que je vais apporter je voudrais, pour bien montrer la réalité de ce qu’a été la vie de Walter Hallstein pendant la période du nazisme, dire quelques mots sur le contexte historique de la période qui a suivi la prise du pouvoir par Hitler. Je le ferai d’abord en dégageant des caractéristiques essentielles de cette époque puis j’insisterai sur les deux milieux dans lesquels Walter Hallstein a évolué. Je parlerai d’abord du milieu universitaire et je parlerai plus tard de l’armée. Entre la prise du pouvoir par Hitler en 1933 et la capitulation du IIIe Reich en 1945, 14 années se sont écoulées. Walter Hallstein en a passé 8 dans le milieu universitaire et 4 dans l’armée. Il a fait un service militaire d’un an avant la guerre (en 1935) et il a été incorporé dans la Wehrmacht de 1942 à 1945.

Je vais en premier lieu m’attaquer au mythe selon lequel il y aurait eu deux minorités aux extrémités de la société et une grande masse d’allemands, neutres et passifs, entre les deux. Nous avons déjà dit qu’il y a eu environ 11 millions d’adhérents au parti nazi. Il faut apprécier quelle proportion de la population cela représente. J’ai calculé dans l’encart  suivant que cela faisait approximativement 1 homme adulte sur 2 et 1 femme sur 10.

 


Pour justifier qu’approximativement 1 homme sur 2 et une femme sur 10 ont adhéré au parti nazi, je propose le calcul suivant : Je pars de quelques données chiffrées venant d’une part du livre « La guerre biologique : 1939-1945 Population de l'Allemagne et des pays voisins» que j’ai trouvé sur le site web «Persée» et d’autre part de la page de la Wikipédia consacrée à la «condition des femmes sous le IIIe Reich».

«En fin 1939 la population allemande était de 22 200 000 jeunes, 38 500 000 adultes et 8 600 000 vieux soit un total de 64 400 000.»

«Les femmes peuvent être membres du NSDAP, mais au début le parti n’admettait que des membres «utiles» (infirmières, cuisinières par exemple). On compte ensuite 5 % de femmes en 1933 et 17 % en 1937».

Vous pouvez faire le calcul en considérant qu’il y avait autant de femmes que d’hommes dans la population adulte soit 19 250 000. Nous estimons que seuls les adultes pouvaient adhérer au NSDAP. C’est aussi une approximation car les jeunes «nazis» étaient assurément dans la jeunesse hitlérienne jusqu’à 18 ans mais dans nos chiffres ne sont considérés adultes que ceux qui ont plus de 20 ans. Il faut certes considérer que les vieillards, les handicapés, les non-aryens… ne pouvaient pas adhérer mais cela ne recoupe pas forcément ce qui est donné dans le chiffre des «vieux» c’est-à-dire les plus de 60 ans. Cependant, ne perdons pas de vue que nous cherchons une approximation.

Plutôt que de faire le calcul, je vous invite à vérifier le résultat.

1 homme sur 2 => 19 250 000/2 = 9 625 000 

1 femme sur 10 => 19 250 000/10 = 1 950 000.

Le total donne 9 625 000 + 1 950 000 = 11 575 000 Nous ne sommes pas loin des 11 millions.

La proportion de femmes est 1 950 000/11 575 000 = 16,84 % soit près de 17 %.

Nous retiendrons seulement qu’il y a eu 11 millions de nazis soit environ 1 homme adulte sur 2 et 1 femmes sur 10.


Le schéma selon lequel il y aurait eu deux minorités aux extrémités de la société : d’un côté une minorité de résistants et de l’autre une minorité de nazis doit être revu. Avec ce schéma, la grande masse des allemands auraient été des monsieur-tout-le-monde qui ne se mêlaient pas de questions de politique. Non ! Nous sommes très loin de ce schéma.

Le parti nazi a été l’instrument de la prise du pouvoir par Hitler puis de la nazification de la société. Nous savons que diverses organisations directement liées à ce parti ont joué un rôle de premier plan dans tout ce processus. Les plus connues sont sans doute les SA (sections d’assaut) et les SS (SchutzStaffel - groupe de protection). Pour les connaître toutes, je vous invite à consulter le document au format PDF que vous trouverez sur internet en demandant dans un moteur de recherche « Nationalsozialismus im Rhein-Erft-Kreis PDF ». Il s’agit d’un fascicule en Allemand écrit par Sabine Graumann dont le titre en français serait « Le national-socialisme dans l’arrondissement de Rhin-Erft ». Cet arrondissement (district) se trouve à l’Ouest de la ville de Cologne dans le land Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Dans ce document en allemand, un organigramme du NSDAP se trouve à la page 13. Vous voyez que 16 organisations apparaissent avec 7 organisations intégrées au NSDAP et 9 organisations associées. En fait, l’organigramme a évolué au fil du temps et il n’a jamais existé tel qu’il est représenté ici car il n’y a jamais eu simultanément les deux organisations d’enseignants la NSLB et le NSDDoB. Remarquons aussi que l’association de juristes était le BNSDJ (Bund Nationalsozialistischer Deutscher Juristen) avant d’être de NSRB (Nationalsozialistischer Rechtswahrerbund). La page de la Wikipédia « struktur der NSDAP » donne de nombreuses indications complémentaires sur la structure du NSDAP.

Vous pouvez trouver un organigramme différent en téléchargeant un autre document au format PDF intitulé « Organisation du parti national-socialiste allemand ». Ce document en français de 20 pages propose une histoire du IIIe Reich qui est intéressante notamment pour la période de la « nazification ». L’organigramme représente le NSDAP entre 1933 et 1935 mais il manque la NSBDT (Association nationale-socialiste de technologie allemande, "National Socialist Association of German Technicians") qui, à cette époque, coexistait avec l’association nationale-socialiste de technologie allemande, (National Socialist Association of German Technicians, RTA) avant que cette dernière soit dissoute en 1937 et que ses membres intègrent la NSBDT.

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Nous reproduisons ci-dessus les extraits des deux versions dont nous venons de parler de l'organigramme du NSDAP. Nous faisons ainsi apparaître Les organisations associées et les organisations intégrées au NSDAP (parti nazi). Nous avons entouré les organisations auxquelles Walter Hallstein a adhéré.

Le NSDAP était intrinsèquement lié à l'ensemble de ces organisations. Il faudrait reprendre toute l'histoire du nazisme pour l'expliquer. L'histoire de la SA et de la SS est la plus connue. Ces deux organisations ont joué un rôle important dans la montée du nazisme et on sait que les rapports ont été conflictuels avec notamment la "nuit des long couteaux" sur laquelle nous ne reviendrons pas ici.

L'association des anciens combattants a joué aussi un rôle important. C'était essentiellement une organisation qui exhibait une forme de nationalisme revanchard par rapport à la guerre de 14-18. Elle voulait une revanche contre les nations qui avaient "humilié" l'Allemagne mais elle exacerbait aussi une profonde haine contre les "novembers" c'est-à-dire contre les allemands qui avaient tenté une prise du pouvoir par les ouvriers en novembre 1918 (révolution spartakiste) contraignant ainsi les autorités allemandes à demander l'armistice. Les pires ennemis du nazisme étaient en effet les allemands qui avaient alors suivi Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. L'organisation des étudiants nazis était aussi un bastion avancé du nazisme. Bref, ces organisations et tout particulièrement celles qui étaient intégrées au NSDAP étaient en fait à elles seules l'expression du nazisme autant voire plus que le parti lui-même.

Elles constituaient la colonne vertébrale du NSDAP. Elles ont joué un rôle majeur dans la montée en puissance de ce parti puis dans la diffusion et la suprématie de l’idéologie nazie dans tous les secteurs de la société. Walter Hallstein fut adhérent de quatre associations intégrées ou associées au NSDAP :

  • NSDDozB (National-sozialistischer Deutcher Dozentenbund, Association nationale-socialiste allemande des professeurs)
  • NSV (NS-Volkswohlfahrt, Secours populaire national-socialiste).
  • NSLB (NS-Lehrerbund, Ligue nationale-socialiste de l’enseignement).
  • NSRB (NS-Rechtswahrerbund).

Nous reviendrons donc sur ces organisations. Le fait que Walter Hallstein ait adhéré à une organisation intégrée au NSDAP (NSDDoB) et à trois organisations associées au NSDAP (NSV, NSLB et NSRB) fait de lui un nazi patenté.

Pour finir je voudrais souligner la fulgurance avec laquelle le système nazi s’est mis en place. L’histoire retient qu’Adolf Hitler a pris le pouvoir le 30 janvier 1933 quand il a été nommé chancelier du Reich et qu’un nouveau gouvernement a été mis en place. En fait, ce n’étaient-là que les prémices créant les conditions propices à la prise du pouvoir par le parti nazi (NSDAP) qui se fit au cours des mois suivants par des moyens légaux et illégaux et surtout par un recours à la violence. Dans les années qui ont suivi, la société allemande a été métamorphosée. Faire une étude complète de ces changements demanderait assurément au moins un article supplémentaire. A défaut, je vous invite à examiner à nouveau le deuxième document au format PDF, dont j'ai fait état, qui donne l’organigramme du NSDAP. Les pages 14 à 18 donnent un bon aperçu des évènements de cette période de la « nazification » que nous ne pouvons pas reprendre ici.

 

 5. Le milieu universitaire

Le milieu universitaire est probablement celui que les nazis ont voulu contrôler en priorité. Ils se sont appuyés pour cela sur l’union nationale-socialiste des étudiants NSDStB créée dès 1926 et qui avait donc noyauté le milieu étudiant bien avant 1933. Je vous propose de lire à ce sujet quelques pages du livre de Gilbert Krebs intitulé « Les avatars du juvénilisme allemand 1896-1945 ». Plus précisément, il faut lire le chapitre 4 intitulé « Universités et étudiants » de la partie intitulée « Le IIIe Reich et la jeunesse ». Je vous propose aussi ce chapitre 4 au format PDF. Les nazis ont opéré une véritable « purge » du corps des enseignants. Rien qu’entre 1933 et 1934 environ 1 680 enseignants universitaires ont été licenciés ou forcés de démissionner soit 14,4%. La Gleichschaltung (mise au pas) avait pour but de mettre la formation universitaire au service exclusif des objectifs du national-socialisme en obtenant, d’une part, qu’elle se concentre sur la propagation de la Weltanschauung (conception du monde) raciste et impérialiste nazie en éliminant toute voix discordante et, d’autre par,t en fournissant à la société totalitaire des cadres civils et militaires loyaux et dévoués.

A partir de 1933, seuls les nazis agréés pouvaient soutenir une thèse et faire l’objet de nominations universitaires. La « nazification » fut totale lorsqu’en 1936 tous les étudiants furent placés sous l’autorité du chef de la NSDStB. Dès 1935, l’association des enseignants (NSDDB) était en mesure d’épauler l’association des étudiants dans cette « nazification » du milieu universitaire. Un enseignant sur quatre était alors membre de cette organisation nazie très sélective puisqu’en plus d’être membre du parti nazi il fallait être parrainé par deux nationaux-socialistes éprouvés. Cette association jouait un rôle dans les nominations, promotions et mutations des enseignants en épaulant et contrôlant l’administration universitaire. Le zèle partisan des enseignants nazis a eu dès lors plus d’importance que leurs qualités scientifiques et pédagogiques pour ceux qui voulaient obtenir des promotions. Pour les postes supérieurs (doyen, recteur, directeur…), il ne suffisait plus d’être membre du NSDAP. Une sélection plus sévère devait garantir qu’ils seraient prêts à participer activement à cette mise-au-pas de l’université. La page de la Wikipédia sur le NSDDP précise : « für leitende Positionen genüge das Parteiabzeichen am Revers alleine nicht » soit : « pour les postes supérieurs, le badge du parti sur le revers ne suffit pas ».

C’est dans ce contexte d’un milieu universitaire entièrement sous contrôle des nazis que le professeur de droit Walter Hallstein, adhérent du NSDDP, a obtenu deux magnifiques promotions. Il a été nommé en 1936 doyen de l’université de Rostock où il enseignait le droit depuis 1930. Il dut sur ce poste clé, mobiliser tous ses talents dans la sélection idéologique des candidats à des postes vacants tout en sévissant autant que nécessaire au conseil de discipline de l’université. Pour demander ce poste, à cette époque, il fallait vouloir mener à bien   cette besogne. Il fallait être le garant de la domination de l’idéologie nazie sur l’université et il a fallu qu’il donne des garanties montrant qu’il était prêt à le faire.

 

 6. Walter Hallstein a montré qu’il était un bon nazi

Il a posé sa candidature pour le poste de doyen en 1935 alors qu’il était déjà vice-doyen (Prodekan). Cette année-là, il avait effectué un service militaire volontaire dans l'artillerie. En septembre, il a envoyé sa candidature au représentant du gouvernement nazi à l’université avec notamment un « serment d’entrée en fonction » du style :

« Ich schwöre: Ich werde dem Führer des Deutschen Reiches und Volkes Adolf Hitler treu und gehorsam sein… ».

« Je jure fidélité et obéissance à Adolf Hitler, Guide du Reich et du peuple allemand… »

Il semblerait normal aujourd’hui, pour défendre une candidature à un poste universitaire de joindre un dossier concernant ses travaux universitaires, ses publications, tout document montrant ses compétences comme juriste et comme enseignant. Ce n’est pas ce qu’il a fait car ce n’était pas ce qui était essentiel deux ans après la prise du pouvoir par Hitler.

Pour défendre sa candidature, il a voulu montrer qu’il était un bon nazi. Il a donc joint au serment, une lettre, en date du 30 septembre 1935, où il déclarait avoir été membre d’associations d’enseignants et de juristes. C’est une lettre sur papier libre qu’il n’avait donc pas l’obligation de joindre au dossier avec son serment de fidélité et obéissance à Adolf Hitler.

Il signale les deux organisations suivantes auxquelles il a adhéré avant la prise du pouvoir par Hitler en 1933 ou immédiatement après, et pour peu de temps, car « l’association du Reich des universités professionnelles allemandes » a été créée en 1933 et dissoute en 1936 c’est-à-dire un an après la rédaction de sa lettre.

  • L’association du Reich des assesseurs (juristes) allemands (Reichsbund deutscher referendare).
  • L'association du Reich des universités professionnelles allemandes (Reichsverband der Deutschen Hochschulen).

Il signale ensuite les deux organisations suivantes auxquelles il était adhérent au moment où il rédigeait ce courrier.

  • L’association des Juristes Allemands Nationaux-Socialistes, (Bund Nationalsozialistischer Deutscher Juristen BNSDJ). L’année suivante (en 1936) cette association deviendra « l’association nazie des « Protecteurs de la Loi » (NSRB).
  • La ligue de l’enseignement » (NS-Lehrerbund NSLB) qui deviendra la même année l'Association nationale-socialiste des professeurs allemands (Nationalsozialistischer Deutscher Dozentenbund NSDDB). Nous avons déjà parlé de cette association intégrée au parti nazi. Cette seule adhésion prouve qu’il était nazi.

Ses arguments ont été convaincants puisqu’il a été nommé doyen (dekan) de l’université de Rostock. Le rapport du dirigeant local du NSLB/NSDDB, le Pr Heinrich Gibel signalait : « rien de défavorablement connu politiquement » et son « caractère impeccable, (et) toujours très engagé pour l’université ». Nous voyons au passage le rôle primordial de ces associations qui font notamment des rapports pour les nominations des fonctionnaires. Il a donc reçu le 18 mai 1936 la lettre du Chancelier de l’Université de Rostock dont nous donnons la traduction ci-dessous.

« Sur la base de l’autorité qui m’est conférée par le ministère de l’Education du Reich, je suis au plaisir de vous nommer au poste de Doyen de la Faculté de Droit et d’Economie. Je vous demande de m’informer de la personne que vous avez nommée en qualité de votre adjoint.

Heil Hitler !

Le Chancelier »

 

 7. Walter Hallstein était membre d’organisations du Reich

Ceux qui prétendent que Walter Hallstein n’était pas nazi essaient de justifier son adhésion à des organisations professionnelles en expliquant :

« Il faut savoir qu’à l’époque on n’avait pas le choix. On ne pouvait pas se dire : je ne vais pas entrer dans cette organisation de juristes qui était effectivement contrôlée par l’Allemagne nazie. On était dans un régime totalitaire et, dans un régime totalitaire, si on n’entrait pas dans cette organisation, non seulement on perdait son travail mais, potentiellement, on pouvait aussi perdre sa vie. »

Ce sont exactement les paroles d’un journaliste de FranceInfo. Vous pouvez l’écouter sur une vidéo de Facebook intitulée : « L'Europe créée par Walter Hallstein, juriste nazi » accessible à partir d’un moteur de recherche. Si cela était vrai alors Walter Hallstein n’aurait pas eu besoin de faire état de ses adhésions à ces quatre organisations pour défendre sa candidature. Nous avons ici la preuve que ces allégations sont mensongères. Nous pouvons par contre affirmer que, dans cette période, l’adhésion à ces organisations nazies facilitait grandement l’ascension sociale. De plus, nous avons déjà montré à quel point ces allégations sont fausses puisque nous savons, par la Wikipédia elle-même, sur la page en allemand consacrée au NSDDB, qu’il n’y avait que le quart des enseignants des universités qui étaient membres du NSDDB en 1938.

Walter Hallstein était membre du NSDDB dès sa création. Il était en effet membre auparavant de la ligue de l’enseignement (NSLB). Il a donc adhéré au NSDDB à un moment où « il n’était ouvert qu’aux membres du parti ». Nous le savions déjà puisque cette association est intégrée au NSDAP mais il est bon de cumuler les preuves pour les esprits bouchés qui refusent de voir la vérité.

De plus, il n’y avait, à l’évidence, aucune obligation d’adhérer à des associations civiles. De même qu’il n’y avait aucunement obligation d’adhérer à des associations plus ou moins nazies avant la prise du pouvoir par Hitler. Cela contredit une fois de plus les affirmations de la Wikipédia et celles des journalistes aux ordres.

Parmi les huit organisations auxquelles Walter Hallstein a adhéré (voir l'encart entre deux traits), deux ont un statut particulier puisqu’elles sont considérées comme associées au NSDAP. Ce sont le « secours populaire national-socialiste (NSV) » et « l’association nazie des Protecteurs de la Loi (NSRB) ». Certes, ces associations ne sont pas intégrées mais associées au NSDAP. Il est cependant bien peu vraisemblable d’être membre de ces organisations sans être membre du NSDAP.


Nous voyons que Walter Hallstein a été membre d’au moins huit organisations du Reich en tout mais qu'il n'a jamais été membre simultanément de plus de quatre organisations. Il a été membre successivement de trois organisations d’enseignants :

  • L'association du Reich des universités allemandes (Reichsverband der Deutschen Hochschulen RVDH).
  • « La ligue nationale-socialiste de l’enseignement  » (NS-Lehrerbund NSLB).
  • L'Association nationale-socialiste des professeurs allemands (Nationalsozialistischer Deutscher Dozentenbund NSDDB). A partir de la fin de 1935. Nous avons déjà parlé de cette association intégrée au parti nazi. Cette seule adhésion prouve qu’il était nazi.

Il a aussi été membre successivement de trois organisations de juristes :

  • L’association du Reich des assesseurs (juristes) allemands (Reichsbund deutscher referendare RBDR).
  • L’association des Juristes Allemands Nationaux-Socialistes, (Bund Nationalsozialistischer Deutscher Juristen BNSDJ).
  • L’association nazie des « Protecteurs de la Loi  » (Nationalsozialistischer Rechtswahrerbund, NSRB) à partir de 1936.

En plus des six organisations professionnelles, nous avons vu qu’il a été membre de deux organisations civiles :

  • L'association national-socialiste de protection des civils face aux raids aériens (Nationalsozialistischer Luftschutzbund NLB).
  • Le secours populaire national-socialiste (Nationalsocialistische Volkswohlfart NSV).

Annie Lacroix Riz nous donne quelques précisions sur le « secours populaire national-socialiste (NSV) « :

« (cette association était) aussi incontestablement nazie et aussi peu humanitaire que le très vichysto-collaborationniste Secours national. Elle avait, sous ces mêmes sigle et titre, été fondée avant l’arrivée au pouvoir, « en 1932 », et seulement pour promouvoir d’hyperprotégés nazis comme le précisa la suite : elle fut « reconnue par ordonnance d’Hitler du 3 mai 1933 comme organisation interne du NSDAP », chargée de l’aide strictement réservée aux camarades du peuple d’esprit national-socialiste particulièrement précieux ».

Remarquons qu’ici il est bien dit que la NSV était une organisation interne du NSDAP et non pas seulement associée au NSDAP. Il est donc possible qu’il faille aussi mettre à jour l’organigramme sur ce point.

Passons à « l’association nazie des Protecteurs de la Loi (NSRB) ». La Wikipédia précise que :

« C’est l'association allemande des professionnels du droit (avocats, juges, procureurs, notaires et professeurs de droit) sous le IIIe Reich entre 1936 à 1945. Ses membres étaient considérés comme « incarnant la pensée juridique nationale-socialiste ». Elle succède au Bund Nationalsozialistischer Deutscher Juristen, (ou BNSDJ), qui a existé de 1928 à 1936. »

Walter Hallstein a donc adhéré à cette association un an après avoir écrit sa lettre puisqu’il dit, dans la lettre, qu’il est membre du BNSDJ qui a été fondée en 1928 par Hans Frank au sein du parti hitlérien (NSDAP). Frank, nazi de longue date et juriste suprême du IIIe Reich, fut entre-autres gouverneur général de la Pologne occupée autant dire qu’il fut le bourreau de la Pologne. Il a été condamné à mort à Nuremberg et exécuté le 10 octobre 1946. Il avait été dès l’avant-guerre un protecteur d’Hallstein.

Nous venons à nouveau de prouver que Walter Hallstein était membre du parti nazi. Il appartenait à 2 organisations associées au NSDAP : le NSV et la NSRB. Rappelons que nous avions montré auparavant qu’il était membre du NSDDB (association d’enseignants intégrée au NSDAP) laquelle n’acceptait que des nazis confirmés, bien évidemment membres du NSDAP, qui devaient, de plus, être parrainés par deux militants nationaux-socialistes éprouvés. Il est d'ailleurs possible que le NSV ait été aussi une organisation intégrée au parti nazi. Si cela ne suffit pas aux européistes récalcitrants, nous avons autre chose à proposer.

 

 8. Hallstein a aussi eu des promotions extra-universitaires

Il a eu droit aussi à certaines « promotions » extra-universitaires. Il fut notamment nommé dès 1933, vice-président de la chambre de commerce et de l’industrie nationale-socialiste de Mecklenburg-Rostock.

Nous avons vu aussi qu’il a été un proche collaborateur du célèbre et sinistre Hans Frank. Sur la page de la Wikipédia consacrée à ce dernier, nous lisons :

« Son statut d’avocat lui permet aussi d’organiser, à partir de 1928, l’association des juristes nationaux-socialistes, qui dispose rapidement d’un journal périodique mensuel, « le Droit Allemand », qui œuvre à la propagation d’un renouveau juridique völkisch national-socialiste (…) En 1934, Il est nommé commissaire du Reich pour l’harmonisation de la justice et le renouvellement du droit, c’est-à-dire qu’il est chargé de la nazification du droit allemand. Il fonde en 1934 l’Académie de droit allemand. »

Walter Hallstein a collaboré en tant qu’expert avec ce grand criminel de guerre, condamné et exécuté à Nuremberg. Ils œuvraient ensemble à partir de 1934 au sein de la célèbre « Akademie für Deutsches Recht » (Académie du droit allemand), fondée en 1933. Voici ce qu’en dit la Wikipédia :

« L'Académie du droit allemand est, de 1933 à 1945, l'office scientifique responsable de la refonte nazie du système juridique allemand, et l'instrument de la mise au pas de la société sous le IIIe Reich. »

Cette clé de voute de la refonte nazie du système juridique allemand, était aussi l’instrument de la fameuse Gleichschaltung (mise au pas), dont Hallstein n’était donc pas une victime mais un acteur.

Le journaliste Arnaud Dotézac donne des précisions sur les relations de Walter Hallstein au sein de cette « Académie du droit allemand ». Il conclut :

« On aura compris qu’une once d’antagonisme, voire de simple passivité idéologique, eût été intolérable à ce groupe très soudé et n’aurait pas manqué d’être immédiatement dénoncée et sanctionnée ».

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que nous retrouvions Walter Hallstein et Hans Frank ensemble au moment où le projet de la Nouvelle Europe prend corps. Il faut pour cela que les deux dictateurs Hitler et Mussolini commencent à se lier étroitement. Les relations entre les deux hommes ont été complexes mais elles commencent à se stabiliser en liens d’amitié en 1938. Le voyage d’Hitler en Italie les 9 et 10 mai 1938 a assurément scellé une connivence entre les deux dictateurs effaçant la concurrence qui dominait auparavant. Hitler avait fait le voyage, accompagné de ses ministres Hess, Goebbels, Himmler, von Ribbentrop et Hans Frank justement. Cinq cents personnes arrivées par trois trains spéciaux y avaient été accueillies par Mussolini et le roi Victor-Emmanuel à Rome dans une gare spécialement construite pour l’événement. Le quotidien La Nazione avait publié la liste complète des membres de l’aristocratie et de la bourgeoisie allemande, ainsi que du parti fasciste local qui assistèrent à la représentation d’un opéra de Verdi, au théâtre communal après le dîner de gala.

Dans la foulée, un Comité germano-italien pour la réforme du droit des obligations est créé, rapidement remplacé par un Comité pour les relations juridiques italo-germaniques qui convoque une conférence à Rome du 21 au 25 juin 1938. Walter Hallstein fait partie de la petite délégation de quinze juristes nazis de haut niveau qui a accompagné Hans Franck lors de son voyage en Italie en juin 1938. C'est à Rome, au Capitole qu'il a écouté son discours enflammé :

« Pensez allemand, agissez en allemand, professez votre essence allemande et soyez fier d'être allemand ! Vous préférez mourir allemand plutôt que de nier votre origine allemande ! De ce sentiment profond de votre race découle la plus haute règle de tout votre comportement envers la société ! De cette foi dans le pouvoir de notre peuple découle notre conception du problème de la race : selon notre législation, il ne peut s'agir que d'un Allemand de sang allemand, et d'un sang allemand ne peut être que de celui de sang aryen. (…) »

Près de 20 ans plus tard, Walter Hallstein est revenu exactement au même lieu, au Capitole, pour signer le traité de Rome. Il faudrait pour être rigoureux dire « les traités de Rome » car il s'agissait en fait de traités bilatéraux signés entre les 6 pays concernés. Chaque pays a signé un traité avec les cinq autres. Il y a donc eu 15 traités car il y a quinze arcs dans un graphe fortement connexe de 6 sommets.

Hans Frank, lors de cette conférence, est accompagné par une délégation de quinze juristes qui sont bien évidemment triés sur le volet. Parmi eux se trouve Walter Hallstein. Il fallait bien, pour être sélectionné pour cette mission, que Walter Hallstein fut un nazi confirmé. Il est accompagné par son ami Friedrich Klausing. Il s'agit de Friedrich Hermann Klausing (né le 17 août 1887 et décédé le 6 août 1944). Il ne faut donc pas confondre avec son fils Friedrich Karl Klausing qui a participé à l'attentat contre Hitler. Voici ce que dit Arnaud Dotézac de Friedrich Hermann Klausing dans l’article dont j’ai déjà parlé :

« le professeur de droit Friedrich Klausing, chef de ce groupe de travail sur les GMbH. (Gesellschaft mit beschränkter Haftung. En français, « société à responsabilité limitée »). Membre du NSDAP dès mai 1933 et, entre autres, gradé Obersturmführer dans la SA, c’est lui qui prendra Hallstein sous son aile dans la fameuse équipée italienne de juin 1938 consacrée à l’harmonisation du droit au sein du vaste programme national-socialiste « Das Neue Europa ». Et pour bien mesurer leur proximité professionnelle, idéologique et amicale, notons que lorsque Klausing fût muté à Prague en 1941, il proposa que sa chaire de droit à l’université de Francfort soit transmise à Hallstein, ce qui se réalisa »

Au cours de cette conférence, le Comité pour les relations juridiques entre l'Italie et l'Allemagne a approuvé des résolutions adoptées sur cinq thèmes. Hallstein et son ami Klausing étaient les deux rapporteurs germanophones pour le premier thème : « Le statut juridique des entités collectives d'étrangers ». Walter Hallstein a continué à travailler sur ce projet de Nouvelle Europe comme le montre le discours dont nous avons déjà parlé et qu'il a prononcé le 23 janvier 1939 devant des universitaires et des fonctionnaires gouvernementaux le prouve. Nous en proposons une traduction en français.

 

9. Hallstein a dû à nouveau montrer qu’il était un bon nazi

Après sa promotion en 1936 comme doyen de l’université de Rostock, Walter Hallstein a eu, en effet une nouvelle promotion en 1941 comme directeur de l’Institut de droit comparé et de droit économique à l’université de Francfort-sur-le-Main en 1941. Il a pris ainsi le poste occupé auparavant par son ami Friedrich Klausing. Il a donc dû faire à nouveau acte de candidature auprès des autorités nazies. Nous avons déjà vu à ce sujet que la Wikipédia signale :

« En 1941, des officiers nazis se sont opposés à sa nomination comme professeur de droit à l’université de Francfort mais sa candidature fut soutenue par les autres professeurs. »

La Wikipédia ne précise nullement quels sont les officiers nazis qui se sont opposés à sa candidature et ne donne aucune indication sur les motifs de cette opposition.

Le journaliste Arnaud Dotézac, ouvre une hypothèse à ce sujet. En vrai journaliste, Arnaud Dotézac a examiné les faits. Il l’a fait sérieusement comme en témoigne l’abondante bibliographie jointe à son article. Il s’est aperçu alors que Walter Hallstein par ses actes était incontestablement un nazi. Il n’a toutefois pas poussé le raisonnement jusqu’à expliquer que Walter Hallstein avait assurément adhéré au parti nazi. Cela l’amène à se demander s’il n’y avait pas des raisons de la part de la hiérarchie nazie de le refuser comme adhérent. La piste qu’il décèle alors pourrait bien, en fait, expliquer qu’une réticence se soit exprimée au moment où il a demandé sa mutation pour le poste de l’université de Francfort.

Voici ce qu’il dit :

« Malgré cela, certains tirent encore argument de sa non appartenance au NSDAP pour justifier sa prétendue distance avec le régime. Ils ne se demandent pas si son adhésion pouvait être refusée pour d’autres motifs, en particulier quant à ses mœurs privées. Il se trouve qu’Hallstein ne se maria jamais, ce qui représentait une entorse grave et suspecte aux règles de procréation qui s’imposaient à tout bon membre du Parti. Certains ont pu même y déceler le symptôme d’une sexualité prohibée, de sorte qu’il lui a fallu exciper du témoignage de sa femme de chambre et de ses propriétaires du 15 Stephanstraße à Rostock, pour le blanchir. Sans doute préféra-t-il ce statuquo hors parti, à une enquête plus fouillée dans le parti. »

Arnaud Dotézac précise par ailleurs que le célibat de Walter Hallstein ne fait aucun doute puisqu’il est mentionné dans plusieurs biographies notamment dans « Walter Hallstein : The Forgotten European ? » de Wilfried Loth & al.

Je n’avais pas l’intention de parler de la vie privée de Walter Hallstein mais il est certain que pour les nazis le droit à la vie privée n’existait pas et il est fort probable que de simples soupçons d’homosexualité étaient suffisants pour envoyer un allemand en camp de concentration. Je ne sais pas plus qu’Arnaud Dotézac s’il y a eu de tels soupçons mais, même sans cela, le fait qu’un allemand soit célibataire à 40 ans n’était guère conforme « aux règles de procréation qui s’imposaient à tout bon membre du Parti ». Il est possible que l’équivalent de ce que nous appellerions une enquête de voisinage ou une enquête de moralité ait été diligentée auprès du propriétaire de son appartement du 15 Stephanstraße à Rostock et que celui-ci ait laissé le soin à la femme de chambre de fournir des renseignements. C’est ce qui ressort d’un rapport établi plus tard par le Dr. Nikolaus Werz de l’Institut des sciences politiques et administratives de l'Université de Rostock. Le rapport complet en allemand se trouve sur les pages 13 et 14 d’un document au format PDF. Sur la page 13, après traduction, nous lisons ceci :

« Après un long travail à Rostock, Hallstein s'installe à Francfort en 1941. Dans l'évaluation précédemment demandée du groupe local du NSDAP, il est dit que ni le chef du groupe local ni le gestionnaire de bloc du NSV ne l'ont rencontré personnellement à domicile et n'ont donc pu fournir aucune information sur ses attitudes politiques et morales. Il a été décrit par ses propriétaires comme une personne efficace, gentille et ordonnée, qui était également politiquement irréprochable, cette information n'a été confirmée que par la femme de chambre. »

Il s’agissait bien d’une enquête sur la vie privée de Walter Hallstein puisque les deux enquêteurs sollicités, les responsables du NSDAP et du NSV, ont affirmé ne rien avoir comme renseignements à fournir puisqu’ils ne l’avaient pas « rencontré personnellement à domicile ». Pourquoi cette évaluation a-t-elle été demandée ? L’hypothèse d’Arnaud Dotézac selon laquelle ce serait en rapport avec son célibat est plausible. Les responsables de l’évaluation se sont probablement adressés alors au propriétaire de l’appartement lequel a demandé l’avis de la femme de chambre. Nous constatons que ce sont en effet les propos de la femme de chambre qui ont rassuré les enquêteurs. C’est peut-être cet épisode qui justifie les énigmatiques allégations de la Wikipédia sur les officiers nazis qui se seraient opposés à sa candidature.

Nous ne doutons pas, qu’hormis ce sujet d’inquiétude pour les autorités nazies, tout ce qu’avait pu faire Walter Hallstein le désignait comme un nazi dévoué et irréprochable. Il est donc normal, comme le dit la Wikipédia, que « sa candidature fut soutenue par les autres professeurs. »

Helmut Heiber, historien scientifiquement irrécusable, à qui fut confiée la mission de rassembler l’imposante documentation en vue des procès de Nuremberg, signale d’ailleurs qu’au début 1944 un rapport de la direction de l’université de Francfort confirme toutes les qualités d’excellent nazi de Walter Hallstein qui est alors mobilisé dans l’armée. Voir page 360 le volume 1 de l’ouvrage dont le titre en français serait « L'Université sous la Croix Gammée » (Universität unterm Hakenkreuz, vol. 1, Der Professor im Dritten Reich, Munich, K. G. Saur, 1991, p. 360)

« Après une enquête de la direction du corps professoral du Reich au début 1944, l’université de Francfort communiqua une liste, commençant par Walter Hallstein et se terminant par Wilhelm Ziegelmayer, composée de quinze hommes officiers qualifiés en national-socialisme ayant rang d’officier et vingt-six autres intervenus pour la “mobilisation complète de l’ensemble de la Wehrmacht dans des proportions inouïes”, eux aussi sont bien sûr des “activistes politiques” (à titre de comparaison, l’université technique de Darmstadt a signalé zéro officier dirigeant nazi et trois orateurs actifs). »

Walter Hallstein est décidément bien classé. Le voilà parmi les quinze meilleurs nazis de l’université de Francfort après avoir été classé dans les quinze meilleurs juristes nazis du Reich. Dans les deux cas, il pouvait être le premier des quinze ou le quinzième… Sans doute que cela ne suffit toujours pas aux européistes récalcitrants. Alors continuons !

 

 10. Hallstein était un officier instructeur en national-socialisme

Walter Hallstein ayant passé quatre années dans l’armée, il convient d’apporter des précisions sur cette institution dans le contexte du nazisme. Il faut reconsidérer le mythe selon lequel la Wehrmacht aurait été une administration apolitique et que les soldats faisaient leur travail en toute neutralité politique comme n’importe quel fonctionnaire qui va à son bureau. Le livre « La lente dissipation d’une légende : la Wehrmacht sous le regard de l’histoire » remet les choses à leur place à ce sujet.

Nous savons maintenant que la Wehrmacht était dominée par l’idéologie nazie et elle n’avait pas besoin des SS pour se livrer à des atrocités notamment sur le front de l’Est. Vous pouvez voir à ce sujet les pages de la Wikipédia intitulée « Crimes de guerre de la Wehrmacht » et « Mythe d’une Wehrmacht aux mains propres ».

Il est peu vraisemblable qu’un officier de la Wehrmacht n’ait pas été nazi. Pour comprendre cela, il suffit d’examiner quelques données chiffrées. J’évalue à un maximum de 100 000 le nombre d’officiers de la Wehrmacht. J’avance ce chiffre à partir des seules données que j’aie pu trouver :

« Actuellement, les effectifs de l’armée allemande en temps de paix se situent aux environs de six cent mille hommes. En octobre 1899, il y avait exactement 472 292 hommes, sans compter 23 088 officiers supérieurs, 2 107 médecins militaires et 78 217 sous-officiers. »

Elles proviennent d’une critique du livre « L’armée allemande : l’organisation militaire la plus parfaite du monde » accessible sur le site web « cairn.info » en tapant seulement dans un moteur de recherche le titre du livre.

Les chiffres font ressortir une relative rareté du nombre d’officiers (100 000) au regard de l’abondance du nombre de nazis (11 millions) soit 110 fois plus de nazis que d’officiers. Je veux seulement montrer ici que, si on considère que tous les officiers étaient des nazis, ils ne représenteraient qu’une toute petite portion du nombre total des nazis

Plus on monte dans la hiérarchie militaire plus la probabilité d’y trouver des nazis augmente. Au sommet ils étaient assurément tous nazis. C’est cette observation qui m’amène à dire qu’il est peu vraisemblable qu’un officier ait pu ne pas être nazi. Quelles auraient été alors ses relations avec ses pairs, ses subalternes et ses supérieurs ? Il est normal que dans la conscience collective l’uniforme des officiers de la Wehrmacht soit associé au nazisme et que la réaction face à la photo de Walter Hallstein en uniforme soit toujours la même. Les discours sur l’habit qui ne fait pas le moine n’effaceront jamais cela.

Quoi que chacun pense de notre appréciation sur la probabilité que des officiers de la Wehrmacht aient pu ne pas être nazis cela importe peu pour la question qui nous occupe ici. Nous avons en effet déjà signalé que Walter Hallstein a obtenu dans la Wehrmacht le statut « d’officier instructeur en national-socialisme ». Il appartenait en effet au corps des « Nationalsozialistischen Führungoffiziers » (NSFO), créé par Hitler en 1943. Pour intégrer ce corps, non seulement il fallait être membre du parti nazi mais il fallait être reconnu par une commission comme étant « sans tache » au sens du national-socialisme.

Par contre, il n’a jamais intégré la SS probablement parce qu’il ne répondait pas aux critères de sélection. La page de la Wikipédia sur la Waffen SS précise :

« Jusqu'à la fin des années 1930, les candidats à l'incorporation doivent être âgés de moins de vingt-trois ans, mesurer 1,74 m au moins, ne pas porter de lunettes, avoir une bonne dentition, ne pas avoir un passé de criminel ; ils doivent passer des tests sportifs très poussés et un test d'intelligence réduit à sa plus simple expression. Ils doivent aussi et surtout prouver leur engagement nazi sans faille. »

Walter Hallstein n’était pas très grand et plutôt chétif. En 1930, il avait passé la limite d’âge puisqu’il avait 29 ans et il portait des lunettes. Il était conscient qu’il ne pouvait pas intégrer la très sélective Schutzstaffel autrement dit la SS. Nous affirmons donc que Walter Hallstein était un nazi mais nous savons très bien qu’il n’était pas un SS. C’était d’ailleurs un nazi particulièrement zélé et, faute de pouvoir intégrer la SS, il a su trouver un autre moyen pour exprimer ses ambitions en la matière en devenant NS-Führungoffiziers.

Voici ce que dit la Wikipédia en français à propos des NS-Führungoffiziers :

« La fonction de Nationalsozialistischer Führungsoffizier (NSFO) désignait dans la Wehrmacht au cours de la Seconde guerre mondiale les officiers-instructeurs en national-socialisme.

La fonction de NSFO a été créée par un « ordre du Führer » Adfolf Hitler le 22 décembre 1943. Ces officiers avaient pour tâche d'enseigner l’idéologie nazie aux soldats dans le cadre d’exposés et de discussions. Cela dans le but de renforcer chez eux la volonté de combattre jusqu’au bout.

Les effectifs étaient choisis par les services du personnel parmi les officiers de la Wehrmacht. Ils devaient cependant être confirmés dans leurs fonctions par une commission instituée par le chef de la chancellerie du parti (en allemand, le Parteikanzleichef) Martin Bormann. Cette commission présidée par Wilhelm avait pour rôle de vérifier que ces hommes étaient "sans tache" au sens du national-socialisme.

Fin 1944, il y avait environ 1 100 NSFO de plein exercice et 47 000 NSFO auxiliaires. »

Sur la page de la Wikipédia en allemand consacrée au NSFO on lit :

« In ihren Schulungen indoktrinierten die NS-Führungsoffiziere Hunderttausende, wenn nicht Millionen von Wehrmachtsangehörigen mit antisemitischer Propaganda wie der Vorstellungen, Juden wären Parasiten und gehörten ausgerottet »

Ce que je traduis approximativement ainsi :

« Les membres des NSFO ont endoctriné des centaines de milliers, voire des millions, de membres de la Wehrmacht avec une propagande antisémite telle que l’idée que les Juifs étaient des parasites et devaient être exterminés. »

La page de la Wikipédia consacrée à la Wehrmacht apporte une précision supplémentaire :

« Dans les mois qui suivent (l’attentat contre Hitler), l'appareil nazi opère une répression des plus violentes dans la Wehrmacht afin de renforcer la soumission des troupes. Il intimide les officiers, renforce de manière draconienne la discipline et organise des structures de contrôle politique : les Nationalsozialistischen Führungsoffiziers NSFO, c'est-à-dire officiers guides nationaux-socialistes ».

Ce corps a été créé tardivement en décembre 1943 c’est-à-dire après la défaite de Stalingrad (février 1943) alors que des dissensions apparaissaient dans la Wehrmacht laquelle subissait des revers sur divers fronts. Le rôle des NSFO était donc aussi de renforcer de manière draconienne la discipline dans la Wehrmacht et d’assurer un contrôle politique à tous les niveaux de la hiérarchie afin que la stratégie militaire d’Hitler ne soit plus critiquée.

Résumons ce qui nous paraît essentiel. Walter Hallstein avait de piètres aptitudes pour être un militaire. Il n’avait assurément pas les qualités pour intégrer la SS. Il était chétif. Il portait des lunettes... Il était par contre très motivé et n’a pas ménagé ses efforts pour réussir dans ce domaine. C’était d’ailleurs un adhérent de la fédération nationale-socialiste de protection anti-aérienne qui était une organisation de type militaire avec grades, uniformes…. Il a surtout affiché sa totale adhésion au national-socialisme au point que l’université de Francfort l’a sélectionné dans une liste réduite de 15 officiers qualifiés en national-socialisme ce qui lui a permis de devenir un « officier-instructeur en national-socialisme » de l’armée. Il est évident que le minimum pour cela était d’être adhérent au parti nazi puisqu’il fallait de plus être reconnu comme un national-socialiste particulièrement zélé.

Il n’est guère possible qu’un militaire du Reich ait pu être officier sans être nazi mais, à qui fera-t-on croire qu’il aurait été possible qu’un « officier-instructeur en nazisme » de la Wehrmacht ait pu ne pas être nazi ?

En tant qu’officier-instructeur en nazisme, il avait un rôle essentiellement idéologique que je me permets d'expliquer en trois points avec mes propres termes :

  • Les stratégies militaires et diplomatiques d'Hitler ne devaient en aucun cas être critiquées ni même discutées. Hitler avait raison puisqu'il était le führer.
  • L’Allemagne ne pouvait pas perdre la guerre puisque le peuple allemand était invincible. Si l'armée allemande avait subi des défaites c'est parce que des officiers avaient désobéi comme Friedrich Paulus qui avait fini par se rendre à Stalingrad. Les soldats allemands devaient se battre jusqu'au bout. Il valait mieux avoir l'honneur de mourir pour le Reich que de se rendre.
  • La politique racialiste du nazisme ne consistait plus seulement à affirmer la supériorité de la race aryenne. La notion de race parasite était introduite. Il ne s'agissait plus seulement d'isoler les juifs dans des ghettos ou des camps de concentration. Il fallait les exterminer de même que les tsiganes. La solution finale était désormais en œuvre. Il fallait éliminer les races parasites.

 

vivant

Walter Hallstein, en remplissant sa mission d'officier instructeur en national-socialisme (NSFO), a envoyé combien de jeunes soldats de la Wehrmacht à la mort, à Cherbourg, lors des derniers assauts de l’armée américaine contre la forteresse du Roule où les officiers pouvaient se tenir à l'abri avant, finalement, de se rendre le 25 juin 1944 ?

 

A défaut de pouvoir intégrer la SS, Walter Hallstein avait trouvé dans ce rôle le maximum de ce qu’il pouvait faire pour être un nazi exemplaire.

 

 11. Hallstein faisait partie de l'élite sociale du Reich

En devenant doyen de l’université, Walter Hallstein accédait à un poste de haut fonctionnaire mais il fut plus que cela. Il a eu en effet une promotion supplémentaire en devenant directeur d’institut à l’université de Francfort. Mais, plus que cela encore, il faisait partie de l’élite sociale du IIIe Reich. Il figure à ce titre dans le « Dictionnaire des personnalités du IIIe Reich » qui a été réalisé par Ernst Klee. La fiche de Walter Hallstein se trouve à la page 221.

dico

 

Cependant, quelques personnalités de la hiérarchie catholique sont citées dans l’ouvrage d’Ernst Klee, ce que ne manque pas de signaler les censeurs de la Wikipédia dans la page sur la discussion afin d’exhiber ainsi « la » preuve qu’il serait possible qu’une personnalité figure dans le dictionnaire de Ernst Klee sans être membre du parti nazi. Nous ne voyons pas ce qu’il pourrait y avoir d’autre comme exception. En particulier, il est impossible pour un universitaire juriste, comme Walter Hallstein, faisant partie de ces 4 300 personnes de l’élite sociale, qu’il n’ait pas été nazi. Rappelons qu’il y a eu 11 millions de nazis (1 homme adulte sur deux et une femme sur dix) et qu’en conséquence toute l’élite sociale était des nazis sauf les membres de la hiérarchie catholique qui ont pour seul parti politique : l’église. L’administrateur-censeur de la Wikipédia nommé Trehill veut bien admettre que Walter Hallstein était « une personnalité allemande » mais il interdit de dire que c’était « une personnalité du IIIe Reich ». Il voudrait sans doute aussi censurer le titre du livre de Ernst Klee qui, d’après lui, devrait être un « Dictionnaire des personnalités allemandes ». Répétons-le, alors qu’il y a eu 11 millions de nazis, il est impossible, hormis le cas des ecclésiastiques, que cette élite sociale ne fût pas intégralement nazie. Le fait que Walter Hallstein figure dans ce dictionnaire de l’élite sociale prouve une fois de plus qu’il était un nazi de premier plan.

 

 12. Conclusions

Cet article est plus long que je ne l’aurais voulu mais c’est le prix de la rigueur. J’ai voulu remettre à plat tout ce qui concerne le sujet. Cela m’a amené à faire de multiples digressions sur l’histoire du nazisme.


J’ai, pour l’essentiel présenté dix preuves attestant que Walter Hallstein était un nazi :

— Il était membre d’une association d’enseignants où il était obligatoire d’être un nazi et d’être en plus présenté par deux nazis confirmés : le NSDDB.

— Il était membre de trois autres associations associées au NSDAP (NSV, NSLB, NSRB).

— Il était officier de la Wehrmacht. Bien qu’il ne soit pas formellement obligatoire pour cela d’être nazi, je ne connais pas de cas d’un officier qui n’aurait pas été nazi.

— Il était NSFO dans la Wehmacht. (officier instructeur en national socialisme). Là encore il était absolument impossible d’exercer cette fonction sans être un nazi particulièrement zélé.

— Au début de 1944 l’université de Francfort a classé Walter Hallstein dans une liste de quinze nazis particulièrement exemplaires ce qui lui a permis de devenir NSFO.

— Il avait été sélectionné par Hans Frank (criminel de guerre pendu après Nuremberg) comme l’un des 15 juristes les plus nazis pour participer à une conférence à Rome.

— Il été membre de l’académie du droit allemand fondée par Hans Frank en 1933.

— Il a été promu doyen de l’université de Rostock en 1936 à un moment où il fallait être un nazi exemplaire pour occuper cette fonction.

— Il a eu une deuxième promotion à Francfort en 1941 pour un autre poste où il fallait, là aussi, être un nazi exemplaire.

— Il faisait partie des 4300 personnes de l’élite sociale du Reich. Elles figurent dans le dictionnaire de Ernst Klee. Là aussi, hormis les ecclésiastiques, tous ceux qui figurent dans ce dictionnaire étaient des nazis. Je rappelle qu’il y a eu 11 millions de nazis.


La question de savoir si Walter Hallstein était nazi peut sembler de peu d’importance au regard de l’ampleur des réactions qu’elle suscite et des passions qu’elle déchaîne. Au départ, elle a été soulevée par les adversaires de l’UE dont je fais partie, qui se sont dit qu’il était bon de s’interroger sur l’origine de l’UE. Question importante puisqu’il s’agit de comprendre l’histoire qu’ont vécue les personnes de ma génération nées dans l’immédiat après-guerre. Si cette question a donc une relative importance, elle n’a, par contre, rien de fondamental au regard de la nécessité d’accepter ou de rejeter l’UE. C’est ce qu’est actuellement l’UE qui nous amène à nous y opposer et non pas sa genèse. Ce n’est certainement pas parce que Walter Hallstein était un nazi qu’il nous semble urgent d’en finir avec cette UE d’autant plus que, lorsque nous cherchons à savoir comment et pourquoi l’UE s’est mise en place, il n’est nullement question ni de l’Allemagne ni du nazisme dans notre analyse. Nous l’avons déjà dit c’est la volonté des dirigeants des USA de dominer l’Europe de l’Ouest, à partir de la Libération, qui a engendré cette construction européenne. Ce n’est qu’anecdotiquement qu’est apparu le nom de Walter Hallstein. Bien qu’il ne fût pas le seul ancien nazi à avoir œuvré pour la construction européenne après la guerre, il était normal de s’intéresser à son passé vu qu’il fut le premier président de la CEE et le resta pendant 9 ans. L’anecdote a alors pris une importance considérable quand nous nous sommes aperçus qu’il avait été largement compromis par son passé de nazi pendant la guerre. Il est apparu insupportable pour bien des européistes d’admettre qu’il pouvait s’agir d’un ancien nazi. Tous les journalistes aux ordres des puissants refusent de voir cette réalité. Cette négation doit devenir la vérité pour ne pas fragiliser l’UE.

Il s’est même trouvé un collectif de 67 prétendus « historiens » européens pour protester contre le livre de Philippe de Villiers en publiant une tribune dans le monde du 28 mars 2019 intitulée « Philippe de Villiers n’a pas le droit de falsifier l’histoire de l’UE au nom d’une idéologie ». Voici ce qu’ils écrivent à propos de Walter Hallstein :

« Philippe de Villiers s’en prend à Walter Hallstein, le premier président de la Commission européenne après le traité de Rome de 1957 qui institue le Marché commun. Oui, à l’époque de Hitler, il avait adhéré à la Fédération national-socialiste des juristes, sans laquelle il était impossible d’avoir un poste et avait été membre d’une autre association professionnelle, la Ligue national-socialiste des professeurs. Mais, contrairement aux affirmations de Philippe de Villiers, il ne fut jamais membre du parti national-socialiste, comme le prouvent les recherches de l’historien allemand Thomas Freiberger : le parti s'opposa même à sa nomination à la chaire de Droit comparé à Francfort en 1941. »

Je ne défends pas l’idéologie de Philippe de Villiers mais je défends la vérité. J’ai suffisamment exposé les faits au sujet de Walter Hallstein pour qu’il soit inutile d’y revenir. Je me suis aussi intéressé au milieu universitaire pendant la période du nazisme. J’ai écrit : « Le zèle partisan des enseignants nazis a eu dès lors plus d’importance que leurs qualités scientifiques et pédagogiques pour ceux qui voulaient obtenir des promotions. » Pour parler de la situation actuelle, il faut sans doute déjà remplacer « nazis » par « européistes ». Je suis bien placé pour en parler car je n’ai obtenu ni poste de maître de conférences ni poste d’ingénieur de recherche alors que mes travaux de recherche dirigés par Bernard Victorri, le très réactionnaire, européiste et ex-maoïste directeur adjoint du CNRS, étaient reconnus par toute la communauté comme étant d’un grand intérêt.

Décidément, les lèches-bottes arrivistes qui n’hésitent pas à se rouler dans la fange pour être appréciés des puissants ne manquent pas. Les apprentis s’y mettent ! Pauvre jeunesse ! Ils emboîtent le pas de Walter Hallstein lui-même qui avait besoin d’être un nazi-zélé pour profiter de l’ascenseur social. A force de le défendre, ils finissent par lui ressembler. Sont-ils conscients qu’en déployant tant de zèle pour inverser sans cesse mensonges et vérités au service d’une propagande d’état, ils sont sur les traces de Goebbels ?

 

plaindreblamer

 

A leur égard, j’hésite entre haine et pitié. Faut-il les plaindre ou les blâmer ?

J'aurais voulu en rester-là mais la vidéo de Aude Favre (Aude WTFake) sur le sujet revient sans arrêt dans les discussions sur les réseaux sociaux. J'écris donc un article intitulé "Aude Favre, Matthias Schönwald et Walter Hallstein" où je démonte les mécanismes utilisés par Aude Favre pour tromper tout le monde avec ce monument de malhonnêteté intellectuelle. J'apporte dès maintenant la preuve qu'Aude Favre et Matthias Schönwald savaient de longue date que Walter Hallstein était un nazi. Vous trouverez en effet sur l’image ci-dessous deux extraits d’un livre que Mathias Schönwald a publié en 2018. Ce livre s'intitule : "Ein Wegbereiter Europas" soit, en français : "Un pionnier en Europe". Sur la partie droite de l’image vous voyez une photographie d’une carte de la ligue de l’enseignement (NSLB) de Walter Hallstein. La légende indique que c’est une carte du NSDAP. C’est une des erreurs parmi la quantité de contre-vérités diverses produites par celui que Aude Favre présente comme le grand, l’unique spécialiste, ayant travaillé pendant dix ans sur le sujet. Il reste que ce prétendu « historien professionnel » a bien écrit en toutes lettres que Walter Hallstein était un nazi encarté au NSDAP. C'était d’ailleurs un livre élogieux à l'égard de Walter Hallstein dans lequel l'auteur n'avait aucune raison de cacher que celui-ci, comme 11 millions d'autres allemands, était un nazi. C'est par conséquent très sciemment, que les deux comparses développent une quantité de faux arguments et de techniques de manipulation pour convaincre leur public de ce qu'ils savent être une contre-vérité. Je n'ai que rarement vu autant de mépris affiché à l'égard de ceux qui avalent toutes leurs fourberies. J’expliquerai tout cela dans une prochaine publication.

Je ne suis pas certain que tout ce que j’ai apporté au débat contribuera à apaiser les passions mais j’espère avoir contribué à faire émerger la vérité.

 

 

Bibliographie

 

Pages de la Wikipédia :

  • Walter Hallstein (onglets article et discussion)
  • Walter Hallstein (allemand)
  • Karl Maria Hettlage
  • Carl Friedrich Ophüls
  • Hans Frank
  • Friedrich Hermann Klausing (allemand)
  • Friedrich Karl Klausing
  • Nationalsozialistischer Lehrerbund
  • Nationalsozialistischer Deutscher Dozentenbund (allemand)
  • Nationalsozialistischer Rechtswahrerbund
  • Reichsluftschutzbund (allemand)
  • Le secours populaire national-socialiste
  • Académie du droit allemand
  • Parti national-socialiste des travailleurs allemands
  • Struktur du NSDAP (allemand)
  • Nationalsozialistischer Führungsoffizier
  • Nationalsozialistischer Führungsoffizier (allemand)
  • Wehrmacht
  • Waffen SS
  • Ordre nouveau (nazisme)
  • Négationnisme
  • La condition des femmes sous le IIIe Reich
  • Crimes de guerre de la Wehrmacht
  • Mythe d’une Wehrmacht aux mains propres

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