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Billet de blog 29 août 2021

Chronologie des évènements qui ont précédé l'invasion américaine en Afghanistan

Les évènements en Afghanistan soulèvent de nombreuses polémiques sur les périodes qui ont précédé l'invasion américaine. Elles portent notamment sur les causes de l'invasion par les armées de l'Union Soviétique en décembre 1979 et sur les relations entre les dirigeants américains et les talibans (Ben Laden). Afin de poursuivre ces discussions, nous proposons cette chronologie.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

15 mai 1943 : Dissolution de la troisième internationale. Staline garde ainsi la main-mise sur tous les partis de cette internationale sans avoir à en assumer l'ancienne politique révolutionnaire. Désormais, la situation ne sera jamais mûre pour faire la révolution dans aucun pays. Ce n'est plus l'objectif. Ces partis s'engagent vers la constitution de Fronts Nationaux qui sont des alliances nationales pour maintenir le capitalisme (Un capitalisme plus démocratique, libéral... ). Il n'est donc plus nécessaire d'une internationale puisqu'il s'agit d'une addition de politiques nationales distinctes.

1953 : le prince Mohammad Daoud Khan, cousin du roi d'Afghanistan, est nommé premier ministre et le reste jusqu'en 1963 (période connue sous le nom de la "décennie Daoud"). Durant son mandat de Premier ministre, il maintient le statut politique de neutralité entre les États-Unis et l’Union soviétique.

1959 : Le prince Daoud, alors premier ministre, crée une mini-révolution en apparaissant en public avec de hauts gradés de l’armée et quelques autres membres de la famille royale, accompagnés de leurs femmes et filles non voilées. Certains mollahs protestent et sont jetés en prison pour trahison et hérésie (ils avaient demandé de renverser le gouvernement).

1963 :  Daoud soutient ouvertement les Pachtounes dans la confrontation contre le Pakistan pour le contrôle routier qui permettait à son pays d’avoir un accès à la mer. Le conflit crée une grave crise économique qui le contraint à la démission.

22 novembre 1963 : Assassinat de John Fitzgerald Kennedy.  Lyndon Johnson est investi président des États-Unis à bord d'Air Force One, à l'aéroport de « Love Field » de Dallas, deux heures et huit minutes après l'assassinat du président John F. Kennedy.

9 septembre 1964 : Une "Loya Jirga" (Grande assemblée qui ressemble à la fois à une convocation des Etats Généraux et à une assemblée constituante) réunie à Kaboul adopte une constitution inspirée de notre constitution (Vème république) mettant fin ainsi à la monarchie constitutionnelle de 1931. C'est le début de la "période constitutionnelle" engagée par le dernier roi d'Afghanistan : Mohammad Zaher Shah (Voir à son sujet cette vidéo de YouTube). Ce roi est arrivé au pouvoir en 1933 à l'âge de 19 ans succédant à son père.

1er janvier 1965 : Création du PDPA (Le Parti Démocratique Populaire d'Afghanistan). C'est d'emblée un parti stalinien qui sera placé sous la tutelle des gouvernements de Russie au même titre que le PCF (Parti communiste Français) ou le PCI (Parti Communiste Italien). Il sera rapidement constitué de deux factions rivales : la faction Khalk (« le peuple »), tendance radicale du parti et d'ethnie majoritairement pachtoune, et la faction Parcham (« le drapeau ») plus modérée, d'ethnie majoritairement persane. Les principaux leaders sont Taraki, Amin et Karma. Nour Mohammad Taraki (du Khalk) est le secrétaire général du PDPA. Hafizullah Amin est le représentant du Khalk. Babrak Karmal est à l'écoute de la politique de Brejnev et Kosigin et fait son possible pour obtenir leur confiance.

20 janvier 1969 : Richard Nixon est investi en tant que  président des Etats-Unis.

17 juillet 1973 : Profitant d'un voyage du roi en Europe, le prince Mohammad Daoud Khan, met un frein brutal à la liberté politique de la "période constitutionnelle" par un coup d'état avec le soutien du PDPA et le soutien armé de l’Union soviétique. Dans son premier cabinet, il nomme sept membres du Parti communiste (PDPA) de la faction Parcham. Babrak Karmal qui a la confiance des dirigeants de l'URSS devient son bras droit.  Ces évènements donnent naissance au mouvement islamiste et islamique, opposé à la progression de l'influence communiste et soviétique dans le pays.

24 août 1973 : Le roi, Mohammad Zaher Shah, abdique pour éviter le bain de sang et Daoud proclame la république.

9.août 1974 : Gérald Ford est investi en tant que 38ème président des Etats-Unis.

22 juillet 1975  :  Une première révolte islamiste est déclenchée dans le Pandichir.  Burhanuddin  Rabbani, Ahmad Shah Massoud (le commandant Massoud) et Gulbuddin Hekmatyar y participent. Des hommes prennent les armes dans tout le nord-est de l’Afghanistan contre le régime de Kaboul considéré comme athée. Ils sont écrasés par l’armée acquise aux communistes. Un schisme profond et durable se forme chez les islamistes entre modérés et radicaux. La « Société islamique » se scinde entre les partisans de la modération rassemblés autour de Massoud et Rabbani, au sein du Jamiat-e Islami, et les éléments islamistes radicaux entourant Gulbuddin Hekmatyar, qui fonde le Hezb-e Islami. Le conflit atteint une telle intensité que Hekmatyar tente d'assassiner le jeune commandant Massoud, alors âgé de 22 ans.

20 janvier 1977 : Investiture de Jimmy Carter en tant que président des Etats-Unis.

5 juillet 1977 : Au Pakistan, le Général Zia Ul-Haq renverse, avec le soutien des américains, le gouvernement élu d'Ali Bhutto le père de Benazir Bhutto. La régularité des élections avait été contestée.

17 avril 1978 : Assassinat de Mir Akbar Khyber par une ou plusieurs personnes non-identifiées. C'était un des chefs de la faction Parcham du PDPA. Quatre hypothèses sont avancées pour désigner les commanditaires : le gouvernement de l'Afghanistan lui-même,  le HIG (parti Hezbi Islami) de Gulbuddin Hekmatyar créé en 1977 et considéré comme un parti terroriste  ; l'Union Soviétique (Babrak Karmal) ; Hafizullah Amin, un chef de la fraction rivale du PDPA (khalq).

19 avril 1978 : Le PDPA organise une manifestation de protestation contre l'assassinat de Mir Akbar Khyber. Celle-ci rassemble près de quinze mille personnes et se termine par une rafle policière de nombreux militants du parti, dont les trois leaders Taraki, Amin et Karmal. A la suite de cette répression du 19 avril, un certain nombre d'officiers de l'aile militaire du PDPA ont réussi à rester en liberté et, dans la crainte d'une purge sanglante ordonnée par Daoud, décident d'attaquer.

27 avril 1978 : Le PDPA, aidé par de nombreux soldats mutins de l'ANA (Armée Nationale Afghane), renverse le régime républicain de Daoud Khan en prenant d'assaut le palais présidentiel de Kaboul. Abdul Qadir Dagarwal est Président du Conseil révolutionnaire des forces armées par intérim du 27 au 30 avril 1978.

28 avril 1978 : Dans la matinée Daoud Khan, sa femme et plusieurs membres de sa famille sont sommairement exécutés par les partisans "staliniens" (communistes). Le PDPA prend le pouvoir avec l'aide de l'ANA (Armée Nationale Afghane). C'est la Révolution de Saur. Il s'agit en fait davantage d'un putsch militaire ou d'un coup d'Etat que d'une révolution. L'opération a fait plus de 3000 morts. Le PDPA proclame la République démocratique d'Afghanistan qui durera jusqu'en 1992 quand les moudjahidines renverseront le gouvernement. C'est donc un parti stalinien (certains disent "parti communiste") qui se retrouve au pouvoir alors que les dirigeants de l'URSS sont fermement opposés à toute prise du pouvoir par les partis qui sont sous sa tutelle. Ils étaient même contre l'élection de Mitterrand en France. Pour eux la situation n'est jamais mûre... Léonid Brejnev est donc furieux. Néanmoins, l'Afghanistan se trouve ainsi intégrée au bloc de l'Union Soviétique.

1er mai 1978 : Taraki devient président, Premier ministre et Secrétaire général du PDPA. Il est appuyé par les Soviétiques contre Amin, jugé trop radical.

5 décembre 1978 : Taraki signe un traité d'amitié de vingt ans avec l'Union soviétique ce  qui a considérablement élargi l'aide soviétique à son régime.

1er janvier 1979 :  Taraki lance des réformes brutales et impopulaires notamment sa réforme agraire. Il adopte le modèle des "collectivisations forcées" qui avait produit des résultats catastrophiques en URSS sous Staline. Il a également fait brutalement enfermer des dissidents et superviser des massacres de villageois toujours sur le modèle stalinien.  Il a demandé une intervention militaire de la Russie pour faire face aux révoltes contre ses réformes. Brejnev lui a conseillé d'assouplir les réformes sociales drastiques et de rechercher un soutien plus large pour son régime. Kosygin était également défavorable considérant qu'il y aurait pour son pays des répercussions politiques négatives d'une telle action et il a rejeté toutes les nouvelles tentatives de Taraki de solliciter l'aide militaire soviétique en Afghanistan. Les dirigeants de l'URSS étaient en période de "déstalinisation" alors que Taraki voulait une politique stalinienne.

6 janvier 1979 : Massoud commence une insurrection dans le Panchir, Il pensait qu'une révolte armée contre les communistes recevrait le soutien du peuple. C'est d'abord un échec. Il décide d'éviter une confrontation conventionnelle contre les nombreuses forces gouvernementales et de poursuivre avec une offensive de guerilla. Par la suite, il prend l'entier contrôle du Panchir et chasse les troupes communistes afghanes.

16 janvier 1979 : Chez les voisins un évènement secoue la région et le monde entier. Le chah d'Iran est renversé par la révolution iranienne. Il est remplacé par un conseil royal. Il est contraint à l'exil. Il meurt l'année suivante (27 juillet 1980).

11 février 1979 : L'Ayatollah Khomeini arrive au pouvoir et Mehdi Bazargan est son Premier ministre. Cette date marque alors la fin de l'Empire d'Iran, et la chute du dernier gouvernement du chah d'Iran. Le premier ministre Shapour Bakhtiar est  contraint à la fuite. Au même moment, les forces révolutionnaires s'emparent des télévisions et des radios. 

28 mars 1979 : Retour en Afghanistan. Amin, devient premier ministre avec Taraki dans le rôle de second. C'est donc une inversion dans les responsabilités. Babrak Karmal entre en conflit avec Amin qu'il juge trop extrémiste. Il est écarté et nommé ambassadeur à Prague. Rappelé à Kaboul, il juge prudent de rester en URSS.

3 juillet 1979 :   Le président Carter signe la première directive sur l'assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. C'est Zbigniew Brzezinski qui donne cette information contredisant ainsi la version officielle qui prétend que l'aide aux moudjahidine aurait commencé seulement en 1980.

8 octobre 1979 : Assassinat de Taraki sur les ordres d'Amin. Sa mort a été un facteur qui a conduit à l'intervention soviétique. Selon la plupart des témoignages, il a été étouffé avec des oreillers par trois hommes sous les ordres d'Amin. La nouvelle a choqué Brejnev qui avait juré de protéger Taraki. (voir la biographie de Taraki)

4 novembre 1979 : Cinquante-deux diplomates et civils américains sont retenus en otage par des étudiants iraniens dans  l'ambassade des Etats-Unis de Téhéran.  C'est une période de vives tension entre les USA et l'Iran. Les otages seront libérés le 20 janvier 1981.

27 décembre 1979 : Hafizullah Amin meurt assassiné à Kaboul par des agents du KGB, lors de l’opération Chtorm-333. Il a été tué par le commando Zenit, dépendant du PGU, la principale direction du KGB. Des "Spetnaz" ont débarqué de deux Antonov à l'aéroport international de Kaboul revêtus d'uniformes afghans et, guidés par les agents du KGB, ont « nettoyé » le palais présidentiel et assassiné le président. Une douzaine de Soviétiques y perdirent la vie.

Décembre 1979 : Le KGB et les dirigeants de l'Union Soviétique ne sont pas satisfaits de la tournure des évènements depuis la prise du pouvoir par le PDPA et encore moins depuis l'assassinat de Taraki. Ils craignent une déstabilisation de la région. Ils décident donc d'envahir l’Afghanistan. La décision a-t-elle été prise avant ou après l'assassinat d'Amin ? Rien ne permet de le savoir. Karmal  devient secrétaire général du comité central du Parti démocratique populaire d'Afghanistan, président du Conseil révolutionnaire et président du Conseil des ministres de la république démocratique d'Afghanistan.

Début des années 1980 : La construction d'un réseau de cavernes est lancée dans les montagnes de l'Est de l'Afghanistan à proximité de la frontière avec le Pakistan et à 35 miles de Jalalabad.  Cette forteresse souterraine de grottes d'une hauteur de 13 000 pieds est en partie financée par la CIA. Ben Laden y apporte des dizaines de bulldozers et autres équipements lourds de construction venant de l'empire de construction de son père, le groupe Saudi Binladin (Saudi Binladin Group). Ce camp comporte plusieurs milliers d'hommes. Trois douzaines de forces spéciales militaires des États-Unis sont stationnée à la base de ce camp. (voir Wikipédia).

1980 : Dans la vallée du Panchir, le commandant Massoud organise la résistance avec un millier de guerilleros mal équipés.

20 janvier 1981 : Ronald Reagan est investi président des Etats-Unis. Les otages américains en Iran sont libérés à Alger le 20 janvier 1981, douze minutes après l'adresse inaugurale du président Reagan, nouvellement élu. Ils sont restés en détention pendant 444 jours.

1984 : Les moudjahidines du commandant Massoud atteignent un effectif de 5000 hommes dans la vallée du Panchir.

1986 : Le conflit avec les moudjahidines s'envenime. L'URSS, reprochant la situation à Karmal, le retire du pouvoir en 1986 et l'accueille en Union soviétique. Il est remplacé par Mohammad Chamkani à la tête du gouvernement et Mohammad Najibullah, jusque-là chef des services secrets, le remplace à la tête du PDPA (Parti Démocratique Populaire d'Afghanistan) et devient d'emblée l'homme fort du régime.

1986 : Les USA apportent une aide militaire aux moudjahidines notamment en livrant des missiles Stinger. Ces moudjahidines sont présentés dans la presse occidentale comme de vaillants guerrier. Tel David ils osent défier le géant Goliath.

1986 : Ahmad Shah Massoud (commandant Massoud) fonde le Conseil de Supervision du Nord (Shura-i Nazar-i Shamali), qui à l’origine coordonnait les forces militaires associées au parti de Burhanudin Rabbani, le Jamiat-e Islami, dans les provinces de Kapisa, Parwan, Kaboul, Koundouz, Baghlan, Balkh, Takhar et Badakhshan. Ce conseil va vite devenir le véritable centre politique de tout le nord de l'Afghanistan en rassemblant toutes ces provinces. Cette organisation est alimentée essentiellement par l’aide humanitaire, le commerce d’émeraude et de lapis-lazuli et, vraisemblablement, par le trafic de drogue. Après le retrait soviétique, cette organisation considérée comme un quasi-Etat comprenait des départements pour l’éducation, les finances, les affaires intérieures. .

1987 : Mohammad Najibullah, devient officiellement chef de l'Etat.

1988 : Ismaël Khan organise une rencontre des commandants les plus importants d’Afghanistan (surtout des leaders de l’ouest afghan, à laquelle d’ailleurs Massoud ne participe pas) et multipliera ce genre de meeting pour consolider son influence dans la zone occidentale du pays, qui ne deviendra effective qu’à partir de 1992.

Mai 1988 : Les Soviétiques, enlisés dans un combat sans issue qui les discrédite, commence leur sortie.

1989 : Massoud et ses moudjahidines, Après avoir étendu leur influence autour de la vallée du Panchir, accroissent leurs forces de résistance à 13 000 combattants. (Ils étaient un millier en 1980 et 5 000 en 1984). L'armement des moujahidines est constitué essentiellement d'armement soviétique pris à l'ennemi. La plupart des armes et munitions sont récupérées sur les champs de bataille, seuls 20 % de l'armement est importé par les caravanes. Cependant, Massoud n'est pas en mesure de prendre la capitale immédiatement. Il doit faire face à la milice du pachtoune Gulbuddin Hekmatyar, financé par les services secrets américains (CIA) et pakistanais (ISI), et à l'armée nationale afghane. Le jeu américain consistait alors à soutenir les combattants les plus fondamentalistes, estimant qu'ils seraient les plus féroces au sein de la lutte contre l'occupant soviétique. Ainsi Hekmatyar reçut-il au cours du conflit près de 80 % de l'aide américaine

20 janvier 1989 : Investiture de George H. W. Bush en tant que 41e président des États-Unis.

15 février 1989 : Le dernier contingent de troupes soviétiques quitte l'Afghanistan.

9 novembre 1989 : Chute du mur de Berlin.

1990 : Les Soviétiques s'étant retirés d'Afghanistan, les dirigeants des USA et de l'Arabie Saoudite estiment avoir atteint leur objectif. Ils stoppent donc le financement et le soutien logistique massif aux troupes de Ben Laden. Les djihadistes décident néanmoins de poursuivre le combat jusqu'à la prise du pouvoir à  Kaboul. L’avènement des seigneurs de guerre a surtout eu lieu à ce moment, lorsque des commandants moudjahiddines commencent réellement à développer leur organisation militaire régionale, sur le modèle semblable aux régions de l’Hazarajat et du Nouristan qui avaient déjà acquis un degré d’autonomie lors de l’occupation soviétique. Ils étaient cependant déjà apparus lors de la lutte contre l'armée soviétique. Le gouvernement du PDPA , ne pouvant plus compter sur les troupes soviétiques pour assurer la sécurité, doit alors payer ces nouveaux acteurs dont les milices tribales, véritables unités moudjahiddines, exercent une très forte influence régionale en offrant à la population protection et services en nombre plus ou moins important.

  • Les principales forces en présence étaient celles de Massoud et Ismaël Khan dont nous avons déjà parle.
  • Il faut ajouter Abdul Rashid Dostom qui était commandant de l’une des plus puissantes milices du dernier régime communiste de Najibullah, recrutant en majeure partie des hommes de sa propre ethnie ouzbek dans le nord. Il contrôlait la principale route d’approvisionnement allant du poste frontière d’Hairatan (aujourd’hui sur la frontière afghano-ouzbek) jusqu’au tunnel de Salang. Ses changements d’alliance, au détriment de sa crédibilité, lui offriront une suprématie locale.
  • Ajoutons aussi les commandants de Kandahar qui n'ont pas réussi à  former un front militaire commun mais les oulémas établirent une Cour Islamique du Balouchistan et de l’Afghanistan du sud-ouest qui gérait les affaires afghanes à la fois au Pakistan et en Afghanistan. A beaucoup d’égards, cet organe est devenu l’entité la plus influente de la région, plus que les commandants. Nombre de ses juges deviendront des officiels taliban.
  • Ajoutons encore Abdoul Haq qui a essayé d’étendre son influence du Nangarhar à Kaboul en créant un front commun de l’Afghanistan de l’Est. Les zones tribales pashtounes des provinces du sud-estrestent très divisées, même si Jalaluddin Haqqani, futur commandant taliban, préside une importante shura (conseil local) dans le Paktia.
  • Ajoutons pour finir Gulbuddin Hekmatyar qui se sert de certaines vallées dans les provinces de Logar, Laghman et Kunar comme base arrière pour prendre le contrôle de Kaboul.

20 janvier 1990 : Entrée de l'armée soviétique à Bakou pour reprendre le contrôle de la capitale de l'Azerbaïdjan, qui vient de se soulever. Massoud lance un appel aux musulmans vivant en URSS à se soulever : « Qu'ils déclenchent la lutte contre la domination soviétique et conquièrent leur liberté le plus vite possible ».

Juin 1990 : La société Chevron s’implante au Kazakhstan, alors encore soviétique. Les "majors"  recrutent toutes sortes de consultants, parmi lesquels Richard Cheney, ancien secrétaire à la défense de M. George Bush senior, futur vice-président de M. Bush junior. Ils recrutent aussi Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller à la sécurité nationale du président James Carter et consultant chez Amoco, qui sera longtemps le mentor de Madeleine Albright, la secrétaire d’Etat nommée par le président William Clinton en 1997.

17 janvier 1991 : à 3 h du et matin, l'opération « Tempête du désert » est déclenchée en Irak. En quarante jours, à la tête d'une coalition de vingt-huit nations, les États-Unis "libèrent le Koweit" et anéantissent les ambitions territoriales de Saddam Hussein. C'est la première guerre du Golfe.

Mai 1991 : Oussama Ben Laden quitte l'Arabie Saoudite. Il y était retourné en y étant considéré comme un héros pour avoir contribué à chasser les soviétiques d'Afghanistan. Il choisit maintenant de s'allier à des opposants au régime wahabite installés en Iran et en Syrie. Il est en effet désormais en conflit avec la famille royale saoudienne et il est interdit de séjour en Arabie Saoudite. Il reproche à la famille royale d'avoir autorisé les infidèles à « souiller le sol sacré » de l'Arabie saoudite lors de la première guerre du Golfe.

De 1992 à 1996 : Ben Laden vit alors à Kartoun au Soudan. Pendant cette période, il finance et arme les moudjahidins bosniaques, notamment via l'organisation prétendument humanitaire autrichienne TWRA (Third World Relief Agency). Il s'est d'ailleurs probablement rendu dans les Balkans mais nous n'en avons aucune preuve (voir ce document de l'U1996E). La conclusion rapportée au Journal officiel n° 172 E du 18/07/2002 p. 0036 - 0037 indique : "Bien que l'on ne puisse exclure qu'Oussama Ben Laden ou l'un de ses collaborateurs aient séjourné en Bosnie-Herzégovine pendant la guerre, jusqu'à présent ces allégations n'ont été étayées par aucune preuve crédible. Le nombre de Moudjahidin qui se trouvaient en Bosnie-Herzégovine avant le 11 septembre 2001 est estimé à quelques centaines."

19 mars 1992 :  Un « conseil militaire » composé de miliciens ouzbeks et tadjiks et des troupes du commandant Massoud s'empare de Mazâr-e Charîf, ainsi que de onze provinces du Nord. Vers cette époque, Massoud passe un marché avec le sulfureux Abdul Rachid Dostom, le chef d'une milice ouzbèke ayant combattu pour l'armée soviétique, afin de rentrer sans combattre dans Kaboul.

17 avril 1992 : Les moudjahiddines prennent le contrôle de la capitale afghane avec pour objectif affiché d’y ramener la paix. Pourtant, jusqu’en 1996 et l’arrivée des Taliban, les factions rivales se disputent la ville (qui gardera longtemps les stigmates de ces affrontements urbains) et sont à l’origine d‘un nombre important d’exactions (meurtres, viols, pillages) qui restent encore à l’esprit des Afghans. Les combats opposent surtout le Jamiat-e Islami de Massoud/Rabbani au Hezb-e Islami de Hekmatyar et sont arbitrés par le Junbesh-e Melli de Dostom, qui changera incessamment d’alliance pour finalement soutenir Massoud jusqu’à l'arrivée des Talibans. Najibullah essaye de fuir Kaboul pour Moscou, mais il en est empêché par Abdul Rachid Dostom. Il trouve refuge dans le bâtiment des Nations Unies où il reste en détention virtuelle jusqu'en 1996 (le bâtiment de l'ONU ayant le même statut qu'une ambassade étrangère). Ainsi tombe le régime du PDPA qui s'est maintenu en place après le départ de l'armée russe. Après l'éclatement de l'URSS, le gouvernement russe de Boris Eltsine avait coupé le financement des Afghans. C'est seulement à ce moment (Trois ans après le départ de l'armée russe) que l'Afghanistan quitte le bloc de l'Union Soviétique. La guerre civile commence. Abdul Rahim Hatef est président par intérim jusqu'au 28 avril 1992.

28 avril 1992 : L’Afghanistan devient officiellement une République islamique.  Sibghatullah Mojaddedi devient chef d'État intérimaire de l’Afghanistan. 

29 avril 1992 : Les forces du commandant Massoud entrent dans Kaboul.

8 mai 1992 : Massoud devient ministre de la défense sous la présidence intérimaire de Modjadeddi.

28 juin 1992 :  Un premier gouvernement provisoire est mis en place, présidé par Burhanuddin Rabbani, leader modéré du Jamiat-e Islami.et fondateur en 1962 du premier parti islamiste d’Afghanistan, le Jamiat-e-Islami. La rivalité entre les différentes factions politiques, et notamment entre Massoud et Gulbuddin Hekmatyar, provoque la seconde bataille de Kaboul.

1993 : Washington décide de mettre sur pied et de financer, avec le concours de l'Arabie Saoudite et du Pakistan, un mouvement dénommé les talibans. Ils veulent que ceux-ci instaurent un régime politique rigoriste et stable, à l'image de celui de l'Arabie Saoudite. Une dictature islamique ne dérange nullement les USA pourvu que les capitalistes puissent y mener leurs affaires. Cela leur permettrait notamment de réaliser des projets d'oléoducs et de gazoducs.

20 janvier 1993 : Investiture de Bill Clinton en tant que 42e président des États-Unis,

26 février 1993 : Un attentat touche le World Trade Center et fait 6 morts. Un groupe lié à Oussama ben Laden est soupçonné. Pour autant, en tant que leader anti-soviétique le personnage de Ben Laden continue de jouir d'une image plutôt positive véhiculée par les médias des pays de l'OTAN.

7 mars 1993 :  Les pourparlers entamés le 2, à Islamabad, à l'invitation du Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif aboutissent à la signature d'un accord de paix entre les 9 principales factions moudjahidines. Destiné à mettre fin à la guerre civile cet accord prévoit un cessez- le-feu immédiat, ainsi que la prorogation du mandat du président Burhanuddin Rabbani jusqu'en 1995, en échange de la nomination au poste de Premier ministre de son principal adversaire, Gulbuddin Hekmatyar, chef de la faction intégriste du Hezb-i-Islami. Une commission indépendante doit être créée pour veiller à l'élection d'une Assemblée constituante dans les huit mois, et des élections présidentielles et législatives doivent se tenir avant l'été de 1995. Seule une faction dissidente du Hezb-i-Islami rejette l'accord. Mais ni le ministre de la Défense, le général Ahmed Shah Massoud, « homme fort » du pays, ni le chef de la puissante milice ouzbèke qui le soutient, le général Rashid Dostom, ne sont présents à Islamabad lors des négociations.

12 mars 1993 :  Le roi Fahd d'Arabie Saoudite et Nawaz Sharif contresignent à La Mecque l'accord de paix du 7 mars, tandis que les bombardements sur Kaboul se poursuivent.

mai 1993 : Massoud démissionne de son poste ministériel pour se conformer à l'accord de paix.

6 décembre 1993 :  Le quotidien britannique "The Independent" sort un article élogieux sur Ben Laden avec un interview sous le titre : "Anti-Soviet warrior puts his army on the road to peace: The Saudi businessman who recruited mujahedin now uses them for large-scale building projects in Sudan. Robert Fisk met him in Almatig"  soit, en français : "Un guerrier antisoviétique (Ben Laden) met son armée sur la voie de la paix : l'homme d'affaires saoudien qui a recruté des moudjahidines les utilise désormais pour des projets de construction à grande échelle au Soudan. Robert Fisk l'a rencontré à Almatig". À la même époque, les grands journaux français atlantistes (Le Figaro, Le Point, L'Obs, Le Monde...) publient de nombreux articles héroïsant les moudjahidines et leur lutte contre l'URSS et applaudissant aux exploits des « combattants de la foi » contre l’Armée rouge.

Janvier 1994 : L’ONU, qui a nommé M. Mahmoud Mestiri envoyé spécial pour l’Afghanistan, se fixe trois objectifs : exister sur place ; convaincre les pays qui œuvrent en sous-main de cesser leurs ingérences ; obtenir la libération de l’ancien président Mohammad (Mohamed) Najibullah, toujours réfugié dans un bâtiment des Nations unies.

À l'automne 1994  Une nouvelle force politique, les talibans, s'empare du sud du pays, majoritairement pachtoune, et expulse Gulbuddin Hekmatyar des environs de Kaboul. Ce dernier se rallie finalement au commandant Massoud et obtient le poste de Premier ministre au sein du gouvernement de Burhanuddin Rabbani. Massoud était parvenu à étendre son emprise sur la capitale depuis 1992. Il avait notamment chassé le Djoumbesh et le Hezb-e Wahdat de Kaboul.  Massoud, qui combat les talibans tout au long des années 1990 perd au cours de ces années beaucoup de sa légitimité. Forcé de s'allier à des commandants peu recommandables, comme Abdul Rasul Sayyaf, au service d'un gouvernement incompétent, celui du Tadjik Burhanuddin Rabbani, et forcé de se battre contre Gulbuddin Hekmatyar, il est de plus en plus considéré comme un seigneur de guerre parmi d'autres. De plus, dans un pays au sentiment communautaire fort, Massoud est systématiquement présenté comme « tadjik », réduisant ainsi son audience sur la scène politique.

De 1994 à 1996 : Les talibans, soutenus par le gouvernement pakistanais de Benazir Bhutto et l'ISI, s'emparent des deux tiers du pays (dont la capitale Kaboul) et proclament un Émirat islamique dirigé par le charismatique mollah Omar. Dans le même temps, Massoud, indépendant et opposé aux extrémistes religieux ou politiques, entretient des relations tumultueuses avec les Pakistanais, les Américains, les Saoudiens, et les tendances pro-iraniennes ou pro-saoudiennes de son propre parti, le Jamiat-e Islami. Les Américains ne lui font pas confiance, et leur politique internationale vise à soutenir les autorités du Pakistan, qui eux-mêmes soutiennent les talibans. Les puissances étrangères lui retirent petit à petit leur soutien logistique ou matériel, mais Massoud parvient néanmoins à repousser les offensives talibanes sur son fief du Panchir. 

Janvier 1995 : Alors que la guerre civile fait encore rage, les premiers combattants talibans apparaissent en nombre, « fabriqués » de toutes pièces par l’ISI pakistanais (l’Inter-Services Intelligence) et assurément financés par la CIA et l’Arabie saoudite. Ils sont présentés sous un dehors sympathique par toute la presse occidentale qui les appelle encore les moudjahidines.

Le 15 mars 1995 :  Bill Clinton déclare que « les valeurs traditionnelles de l'islam sont en harmonie avec les idéaux les meilleurs de l'Occident ». A cette époque, l'administration Clinton soutenue par le lobby pétrolier est  résolument engagée contre l'Iran chiite. Les dirigeants américains font donc l'éloge de l'islam sunnite notamment présent au Pakistan et en Arabie Saoudite. C'est aussi la religion de Ben Laden.

Le 16 mars 1995 :  Saparmourad Niazov, président du Turkménistan, et Benazir Bhutto, premier ministre du Pakistan, donne leur accord pour la construction d'un gazoduc qui devra traverser l’Afghanistan, via le Turkménistan et le Pakistan. « La seule route possible », a affirmé, devant une commission de la Chambre des représentants américains, M. John J. Maresca, vice-président international d’Unocal, la douzième compagnie américaine, en concurrence avec la société argentine Bridas.

Septembre 1995 : Les talibans s'emparent de la province de Herat, frontalière de l'Iran.

Le 21 octobre 1995 :  Le président turkmène signe un accord avec Unocal associée avec la saoudienne Delta Oil, pour construire le gazoduc afghan qui devient désormais une question centrale. Il faut pour cela assurer la stabilité en Afghanistan.

Le 26 septembre 1996 : Les talibans prennent Kaboul, pénètrent dans les bâtiments de l'ONU et exécutent Mohammad Najibullah qui s'y était réfugié pendant quatre ans. Les talibans prennent alors le pouvoir en renversant le régime du président Burhanuddin Rabbani, l'un des pères fondateurs des moudjahidines afghans qui ont résisté à l'occupation soviétique. La culture du pavot leur permet de se passer de la tutelle américaine. Le soutien d’Unocal aux talibans n’est guère dissimulé par le vice-président de la firme, M. Chris Taggart, qui a qualifié leur avance de « développement positif ». Affirmant que la prise de pouvoir par les talibans est « susceptible de favoriser le projet » de gazoduc. Pour l'heure, les talibans font l'affaire des capitalistes.

1996 :  Sous couvert de préparation à des interventions « humanitaires », les Etats-Unis signent les accords "Central Asia Batallion (Centrasbat)", avec l’Ouzbékistan, puis le Kazakhstan et le Kirghizstan. Ces trois pays ont organisé, en 1997 et 1998, des exercices militaires conjoints, et des soldats, notamment ouzbeks, sont allés s’entraîner dans le centre de formation des forces spéciales américaines, à Fort Bragg.

1997 : Une instance nommée Groupe 6 + 2 réunit les six pays voisins de l’Afghanistan (Iran, Pakistan, Chine, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan), ainsi que la Russie et les Etats-unis sous la supervision de l’ONU. Ce n'est donc pas une instance de négociation mais une instance désignée pour préparer les futures négociations entre les belligérants. Il s'agit de faire émerger des propositions par les chefs d'Etats qui sont concernés par l'avenir de l'Afghanistan.

21 juillet 1997 : Strobe Talbott, sous-secrétaire d’Etat, avertit : « La région pourrait devenir une pépinière de terroristes, un berceau de l’extrémisme politique et religieux, et le théâtre d’une véritable guerre ». En effet, la situation politique et militaire ne s’améliore pas.

Novembre 1997 : Unocal invite une délégation de talibans aux Etats-Unis.

Décembre 1997 : Unocal ouvre un centre de formation à l’université d’Omaha (Nebraska) pour faire connaître à 137 Afghans les techniques de construction des oléoducs.

1998 : Inquiets des développements de la coopération militaire entre les USA et les trois pays signataires des accords "Central Asia Batallion", les Russes y envoient des observateurs.

22 février 1998 :  Oussama Ben Laden, arrivé du Soudan à la recherche d’un refuge en Afghanistan,  lance le Front international islamique, avec le soutien des talibans. Il émet une fatwa qui autorise des attentats contre les intérêts et les ressortissants américains. Les talibans contrôlent alors près de 90% de l'Afghanistan.

Avril 1998 : Ben Laden fait l'objet d'un premier mandat d'arrêt international. Celui-ci émane d'Interpol à la demande du gouvernement de la Jamahiriya arabe libyenne, en conséquence de l'assassinat en 1994 sur le sol libyen d'un couple de citoyens allemands, les Becker, des agents secrets de l'Office fédéral de protection de la constitution (Bundesamt für Verfassungsschutz/BfV). Depuis lors, l'Espagne et les États-Unis ont également demandé des notices rouges sur lui à Interpol.

16 avril 1998 : Lors d’une visite à Kaboul, William Richardson, représentant américain auprès des Nations unies, évoque le cas Ben Laden avec les talibans. Selon Tom Simons, ambassadeur au Pakistan, les talibans lui affirment : « Ben Laden n’a pas l’autorité religieuse pour lancer une fatwa et donc ça ne devrait pas être un problème pour vous. »

Juillet 1998 : Lakhdar Brahimi, diplomate algérien, devient l'envoyé spécial de l'ONU pour superviser le  Groupe 6 + 2.  (Iran, Pakistan, Chine, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan +  Russie et  Etats-unis).  Après l’échec, tant sur le plan militaire que politique, des missions précédentes, l’organisation internationale est redevenue un acteur fondamental dans la région.

8 août 1998 : Des engins explosifs détruisent les ambassades américaines de Dar-es-Salaam (Tanzanie) et Nairobi (Kenya), faisant 224 morts, dont 12 Américains. Les Etats-Unis ripostent en envoyant 70 missiles de croisière sur l’Afghanistan et, marginalement, le Soudan. Ben Laden, le chef d’Al-Qaida devient alors leur ennemi public numéro un. Suite à ces attentats, Unocal renonce publiquement au projet de gazoduc afghan.

Octobre 1998 : À la suite des attentats de Dar-es-Salaam et Nairobi, le gouvernement américain met à prix la tête de Ben Laden pour 5 millions de dollars. À chaque agression, ben Laden se réjouit des attentats, mais ne les revendique pas. Curieusement, les dirigeants américains vont tout de même attendre plus de six mois pour lancer un mandat d’arrêt international contre lui. Ils espèrent négocier avec les talibans une expulsion de Ben Laden sous d’autres cieux ce qui leur éviterait d'avoir à le capturer.

12 mars 1999 : Après l’Iran, les Etats-Unis se rapprochent de la Russie sur la question afghane. Karl Inderfurth, sous-secrétaire d’Etat pour l’Asie, se rend à Moscou. A l’évidence, Russes et Américains ont des positions fort peu éloignées, y compris quant au rôle qu’ils attribuent à Téhéran : « L’Iran est un voisin (de l’Afghanistan) et peut aider à mener ce conflit à sa fin. Nous pouvons voir l’Iran jouer un rôle positif et le Groupe 6 + 2 fournir une structure. » Karl Inderfurth ajoute : « Ironie du sort, l’Afghanistan est une partie du monde où Russes et Américains peuvent travailler ensemble afin de trouver une solution » aux combats. Les Russes participent d'ailleurs plus activement qu'il n'y parait au combat en soutenant ouvertement l’Alliance du Nord (Massoud) !

juin 1999 :  Oussama Ben Laden est placé par le FBI sur sa liste des criminels les plus recherchés à la suite des attentats des ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie. Il offrait 25 millions de dollars américains pour tout renseignement permettant sa capture, somme portée par le Sénat américain à 50 millions en 2007.

19 juillet 1999 : L'ouverture d'une réunion plénière du Groupe 6 + 2 à Tachkent (Ouzbékistan), marque le début d'un nouveau jeu diplomatique autour de l’Afghanistan. Pour la première fois, des représentants talibans et des membres de l’Alliance du Nord se retrouvent à la même table. Il s'agit bien alors d'ouvrir des négociations. Contrôlant 90 % du territoire afghan, les talibans dénient toute représentativité à l'Alliance du Nord. La réunion échoue essentiellement parce que les talibans rejettent l'Alliance du Nord. Cependant, désormais, une grande partie des initiatives diplomatiques passeront par le biais du Groupe 6 + 2.

15 septembre 1999 : le Conseil de sécurité des Nations unies vote une résolution exigeant des talibans l’extradition de Ben Laden ainsi que des sanctions limitées.

18 janvier 2000  Francesc Vendrell, diplomate espagnol, remplace Brahimi comme envoyé spécial des Nations Unies au groupe 6+2. Ce dernier, lassé de ne rien voir venir, a démissionné. 

20 janvier 2000 : Inderfurth se rend à Islamabad afin de rencontrer le général Pervez Moucharraf (nouveau maître du Pakistan). Il s’entretient également avec deux dignitaires talibans et leur adresse toujours la même demande : « Donnez-nous Ben Laden ». A la clé de cette demande : une régularisation des rapports entre Kaboul et la communauté internationale. Bien que Washington prétende publiquement le contraire, les talibans, dénoncés dans le monde entier pour leur politique envers les femmes, leur attitude à l’égard des droits humains et leur protection continue de M. Ben Laden, restent encore des interlocuteurs pour les Etats-Unis.

27 septembre 2000 : Abdur Rahmin Zahid, adjoint du ministre taliban des affaires étrangères, donne une conférence à Washington dans les locaux du Middle East Institute. Il y réclame, une fois de plus, la reconnaissance politique de son régime et laisse entendre que le cas Ben Laden pourrait alors être réglé.

30 septembre 2000 : Chypre accueille une nouvelle négociation à l'initiative des iraniens. On y note la présence des partisans de l’ancien « boucher de Kaboul », l’extrémiste islamiste Gulbuddin Hekmatyar, autrefois soutenu par les Américains et les Saoudiens contre les Soviétiques, et désormais réfugié en Iran. L’Alliance du Nord y noue notamment des contacts avec les délégués de Rome, qui avancent sous la bannière de l’ex-roi Zaher Chah. Cette initiative s'appellera "processus de Chypre".

Octobre 2000 : Attentat contre le navire de guerre américain USS-Cole, à Aden (Yémen).

3 novembre 2000 : Francesc Vendrell annonce publiquement que les deux factions, les talibans et l’Alliance du Nord, ont étudié ensemble un projet de paix sous l’égide du Groupe 6 + 2.

Novembre 2000 et mars 2001 : A Berlin se déroulent les deux premières réunions d'un sous-groupe émanant du Groupe 6 + 2. Ce sous-groupe « de niveau 2 » a été créé discrètement. Il est supposé plus efficace, constitué de diplomates ou de spécialistes ayant été en poste le plus récemment possible dans la région. Ce sous-groupe est dirigé en sous-main par les chancelleries respectives des délégués. Aux réunions, qui se tiennent à Berlin, ne participent que les Etats-Unis, la Russie, l’Iran et le Pakistan. Parmi les délégués, on trouve : Robert Oackley, ancien ambassadeur américain et lobbyiste d’Unocal ; Naiz Naik, ex-ministre des affaires étrangères du Pakistan ; Tom Simons, ancien ambassadeur américain et dernier négociateur officiel avec les talibans ; Nikolaï Kozyrev, ex-envoyé spécial russe en Afghanistan ; Saeed Rajai Khorassani qui fut représentant iranien à l’ONU. Ces deux premières réunions préparent une négociation directe entre talibans et Alliance du Nord. Il ne s'agit donc pas encore, à cette étape, d'une négociation. Les participants discutent d’un engagement politique visant à permettre aux talibans de sortir de l’impasse. M. Naik indique : « En parlant d’engagement, nous voulions répondre à ce qu’ils pourraient nous dire à propos de leur comportement, du fond de leur pensée au plan international, d’un gouvernement élargi, des droits de la personne, etc. Puis nous devrions discuter avec eux et essayer de leur dire que, au cas où ils feraient ces choses, peu à peu, ils pourraient recevoir le « jackpot », c’est-à-dire quelque chose en retour de la part de la communauté internationale. »

20 janvier 2001 : Georges W. Bush devient président des USA après avoir été officiellement élu par le collège électoral des Etats-Unis le 18 décembre 2000.

12 février 2001 : L’ambassadeur américain auprès des Nations unies assure que, à la demande de Francesc Vendrell, les Etats-Unis essaieront de développer un dialogue « continu » sur des bases « humanitaires » avec les talibans. Les Américains sont à ce point convaincus de l’avenir des négociations que le département d’Etat bloque l’enquête du Federal Bureau of Investigation (FBI) sur d’éventuelles implications de M. Ben Laden (et de ses complices talibans) dans l’attentat contre le navire de guerre américain USS-Cole, à Aden (Yémen). Il ne présente plus la demande qu'on leur livre Ben Laden comme un impératif. Il est donc ridicule d'affirmer que l'invasion américaine de l'Afghanistan était programmée dès cette époque.

11 mars 2001 : Les talibans font exploser les deux bouddhas géants de l'ancien site bouddhique de Bâmiyân, datant du IIIe siècle de notre ère, situé dans une vallée reculée du nord-ouest du pays, au pied des montagnes de l'Hindou Kouch.

6 avril 2001 : Première réunion commune entre le « processus de Rome », favorable à une Loya Jirgah (Assemblée constituante) sous les auspices de l’ancien roi, et le « processus de Chypre », dirigé par les Iraniens. Bien qu’en désaccord avec les pro-Iraniens les autres factions conviennent de se rencontrer à nouveau. Elles ne cesseront plus de discuter.

Avril 2001 : Le commandant Massoud lance des appels à Paris, à Strasbourg et à Bruxelles. Ce sont des cris d’alarme ultimes lancés à la communauté internationale en vue de sauver non seulement son pays, mais aussi le reste du monde du danger terroriste.

Début juillet 2001 : Une discrète réunion des 21 pays « ayant une influence en Afghanistan » se tient à Weston Park, près de Londres. La solution de compromis autour de l’ex-roi Zaher Chah a été approuvée (processus de Rome), notamment par les représentants de l’Alliance du Nord. Selon M. Naiz Naik, « nous devions dire aux talibans que, au cas où ils ne voudraient pas coopérer, alors nous aurions l’option du roi Zaher Chah ». Ce dernier devient désormais, pour toute la diplomatie mondiale, une option de remplacement. Les 21 pays étaient : L’Allemagne, l’Arabie saoudite, la Chine, l’Egypte, les Etats-Unis, la Russie, la France, l’Inde, l’Italie, le Japon, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Pakistan, les Pays-Bas, l’Iran, la Grande-Bretagne, la Suède, le Tadjikistan, le Turkménistan et la Turquie

Du 17 au 21 juillet 2001 : La troisième réunion du sous-groupe émanant du groupe 6 +2, se tient une nouvelle fois à Berlin, en présence du Mollah Mutawakil, ministre des Affaires étrangères, représentant les talibans et Abdullah Abdullah, ministre des affaires étrangères, représentant de l’Alliance du Nord. Les négociations échouent. Les talibans refusent en effet la présence de M. Vendrell : il représente les Nations unies, responsables des sanctions internationales dont ils font l’objet. Ils ne sont guère enclins à discuter avec l'Alliance du Nord. Selon M. Naik, c’est alors que M. Tom Simons évoque une « option militaire ouverte » contre l’Afghanistan à partir de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan. Les lieux apparaissent plausibles puisqu’on sait ces pays liés par des accords de coopération militaire aux Etats-Unis. Mais, sur le fond, y a-t-il eu menace aussi précise ?

29 juillet 2001 : Mme Rocca discute sans succès avec l’ambassadeur taliban au Pakistan. Les négociations sont définitivement interrompue. Le FBI se met à rechercher activement des preuves contre M. Ben Laden. Il est possible que l'invasion américaine soit envisagée dès cette époque (fin juillet). Cependant, nombreux sont ceux qui misent encore sur la solution proposée par le "processus de Rome" : Convocation d'une assemblée constituante (Loya Jirgah) sous les auspices de l’ancien roi.

9 septembre 2001 : Le commandant Massoud qui dirigeait l'Alliance du Nord est assassiné.

11 septembre 2001 : Attentats aux USA (Twin towers).

12 septembre 2001 : A partir de cette date, une série d’actions couvertes par les Nations Unies sont menées dans le domaine de "la lutte contre le terrorisme et pour instaurer la paix et la sécurité en Afghanistan". 

13 septembre 2001 : Le Conseil de sécurité ouvre la voie d’une solution politique inter-Afghans dans le cadre d’une conférence sous l’égide de l’ONU, en présence du nouveau représentant spécial du Secrétaire général : L. Brahimi.

14 septembre 2001 : Unocal annonce dans un communiqué que son projet de gazoduc restera gelé et qu’elle refuse de négocier avec les talibans, anticipant ainsi une chute du régime de Kaboul et un changement politique.

18 septembre 2001 : La rencontre (Shoura) qui devait avoir lieu à Kaboul entre différents dignitaires religieux est annulée (Voir l'article de Libération). Cette Shoura, le conseil des oulémas (docteurs de la loi), devait se prononcer sur l'extradition ou non de Oussama ben Laden demandée par les USA. «Sur les 700 oulémas attendus, seuls 300 ont pu atteindre Kaboul. Ils viennent des trente-deux régions du pays et les déplacements sont difficiles en Afghanistan», a déclaré le Mollah Hamdullah Nomani, le maire de la capitale afghane. Ce même jour, des négociations se sont poursuivies dans la ville de Kandahar (sud de l'Afghanistan) avec une délégation pakistanaise emmenée par le chef des très puissants services de renseignement, le général Ahmad Mahmood. Selon Afghan Islamic Press, l'agence de presse officieuse des talibans, le chef suprême de l'Afghanistan, Mollah Mohammed Omar, aurait posé plusieurs conditions à la reddition d'Oussama ben Laden : la levée des sanctions adoptées en 1999 et juillet 2001 par les Nations unies contre Kaboul, la tenue du procès du milliardaire saoudien dans un pays neutre et devant un tribunal islamique, la fin de tout soutien à l'Alliance du Nord qui se bat toujours contre les talibans pour le contrôle du pays, et la reprise de l'aide économique internationale à l'Afghanistan. Il est permis de douter que ce chef suprême de l'Afghanistan est sincèrement envisagé de livrer Ben Laden. La menace d'une attaque des américains se faisant plus précise, il a sans doute voulu gagner du temps.

7 octobre 2001 : Les Etats-Unis entament leurs bombardements, les Tadjiks et les Ouzbeks « acceptent » de fournir des facilités militaires aux forces armées américaines. La Russie,  promet "spontanément" toute l’aide nécessaire aux Etats-Unis pour lutter contre le terrorisme. Les factions anti-talibans finissent par se mettre d’accord. L'armée américaine envahit l'Afghanistan et met ainsi fin au régime des talibans.

13 novembre 2001 : Les forces du "gouvernement légal" afghan entrent à Kaboul. 

fin 2001 : Bombardement et attaque de Tora Bora afin de tuer Oussama Ben Laden mais celui-ci s'enfuit vers le Pakistan.

14 novembre 2001 : Le Conseil de sécurité ouvre la voie d’une solution politique inter-Afghans dans le cadre d’une conférence sous l’égide de l’ONU, en présence du nouveau représentant spécial du Secrétaire général L. Brahimi.

27 novembre 2001 : Spencer Abraham, secrétaire américain à l’énergie, et une équipe du département à l’énergie se sont rendus à Novossibirsk, en Russie, pour faciliter l’achèvement et l’ouverture de l’oléoduc du Caspian Pipeline Consortium (CPC). Une liaison coûtant 2,5 milliards de dollars pour le compte de huit compagnies, parmi lesquelles Chevron, Texaco et ExxonMobil. Le même jour, Hamid Karzai, devient le nouveau chef du gouvernement intérimaire afghan issu des réunions de Bonn. On apprend à cette occasion que, lors des négociations sur le gazoduc afghan, il avait été consultant pour le compte d’Unocal. Monsieur Brzezinski, consultant chez Amoco, est satisfait.

6 décembre 2001 : le Conseil de Sécurité entérine l’accord de Bonn signé la veille.

20 décembre 2001 : Le Conseil de Sécurité  approuve la mise en place de l’Isaf (Force d’assistance à la sécurité en Afghanistan)

28 mars 2002 : Le Conseil de Sécurité adopte la résolution portant création de la Manua (Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan).

20 mars 2003 : L'armée américaine envahit l'Irak.

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