Le désastre du commerce extérieur de la France et l'aveuglement des gouvernements

Le déficit commercial de la France a augmenté de plus de 8 milliards d'euros au premier semestre 2017 par rapport aux six mois précédents1. Le déficit atteint 34,4 milliards d'euros, un record depuis 2012. La politique de l'offre menée au cours du quinquennat précédent, via la mise en place du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (Cice) et le généreux Crédit impôt recherche dont le coût est évalué à 5,5 milliards d'euros pour 2017 n’ont pas d’effet.

Les importations en provenance des pays de l'Union européenne ont augmenté, alors que les exportations françaises vers ceux-ci ont ralenti. Le solde vis-à-vis du reste de l'UE s'est dégradé de 7 milliards d'euros.

La baisse du coût du travail que les différents  gouvernements ont mis en avant pour expliquer le déficit de notre commerce extérieur n’a rien amélioré bien au contraire.  Le gouvernement actuel semble malheureusement sur la même ligne de pensée.

Le domaine manufacturier est en chute libre. Pourtant les « experts » économique continuent  dans cette erreur de diagnostic en restant focalisés sur la problématique du cout du travail.

Brevets délivrés en 2016 par nationalité Brevets délivrés en 2016 par nationalité

Dans un contexte d’une mondialisation accrue et d’une impressionnante mise à disposition mondiale des connaissances scientifiques et techniques, l’industrie française souffre surtout de ce que l’on nomme classiquement la compétitivité hors coût [qui désigne les facteurs autres que les prix et les coûts qui contribuent à la compétitivité, par exemple la qualité, l’innovation, l’image de marque, la logistique, les délais de livraison, le processus de vente, l’ergonomie, le design, etc.]. La compétitivité hors coût correspond à des produits peu sensibles aux fluctuations monétaires, avec une faible élasticité de prix et permettant d’exporter malgré une monnaie forte comme l’euro. L’Allemagne et la majorité des pays du Nord de l’Europe l’ont parfaitement compris. L’association des inventeurs salariés (AIS) ne cesse de le répéter sans vraiment d’écoute des autorités2.

Pour inverser la situation actuelle, il faut donc favoriser l’innovation. Les inventeurs notamment, source de l’innovation technologique protégée de la concurrence par des brevets d’invention, reçoivent une rémunération supplémentaire en relation avec le succès commercial de leur invention. Cette reconnaissance a pour effet de stimuler fortement la créativité, donc le succès commercial des entreprises. Ceci est d’autant plus critique pour les PME.

Il faut aussi stopper le CIR dans sa structure actuelle car si le taux de financement des dépenses de Recherche et Développement (R&D) privée par l’argent public en France est l’un des plus élevés du monde occidental, le taux de R&D privé localisé en France s'est effondré, chutant de -21% avec une délocalisation principalement vers les  États-Unis.  Pour le moment le CIR dans les grands groupes ne sert qu’à diminuer le coût des programmes de R&D en France qui auraient été de toutes les manières lancés, sans distinction d’intérêt ou de priorité3.

Un pays ne peut rester indépendant avec une telle dépendance économique.

 

  1. http://lekiosque.finances.gouv.fr/fichiers/etudes/thematiques/1S2017.pdf
  2. http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/05/31/pour-favoriser-l-innovation-il-faut-recompenser-les-inventeurs-salaries_4929817_3232.html
  3. https://blogs.mediapart.fr/jean-florent-campion/blog/230616/le-credit-impot-recherche-un-cuisant-echec-en-france

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