Nous sommes gouvernés par des imposteurs

Ils avaient déjà voté unanimement l'état d'urgence et cautionné le recul des libertés ; comment s'étonner qu'ils se couchent, au moment où il faudrait dire non à ce projet de loi ? Emblème de ces trahisons : Aubry préfère laisser passer un projet de loi qu'elle qualifiait d'"extrêmement dangereux", plutôt que de prendre le "risque" de faire tomber un gouvernement d'imposteurs.

Ils avaient déjà, comme un seul homme, voté à la quasi unanimité pour l'état d'urgence, puis de mois en mois, ils ont cautionné le recul de la liberté dans ce pays; comment s'étonner qu'ils se couchent aujourd'hui, au moment fatidique où il faudrait dire non à ce projet de loi sur le « travail » ? Cela nous montre une chose : le parlement ne vaut pas mieux que le gouvernement. Que dire, par exemple, de Martine Aubry qui ; pour un effet de manche d'un soir, s'était élevée contre le projet de loi travail, en s'écriant (le 8 mars dans Libération): « J'ai expliqué à Myriam El Khomri que sa réforme est extrêmement dangereuse » ? La voilà qui se couche aujourd’hui, préfèrant laisser passer un projet qui va dégrader encore davantage les conditions de travail des salariés, plutôt que de prendre le "risque" de faire tomber un gouvernement d’imposteurs. 
Il ne faut pas s'étonner de cette nouvelle trahison, qui n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de traîtrise de nos "dirigeants"... Quant à la droite, Juppé ne clame-t-il pas que, lui président, il se hâtera de "sécuriser" les libres licenciements pour garantir le retour au plein emploi ? Sécurisons le droit des riches à faire tout ce qui leur permet de gagner toujours plus d'argent ! (au passage, à qui la droite veut-elle faire croire que les lois néolibérales sont faites pour les artisans et les petites entreprises ? Elles n'ont d'autres buts que de satisfaire la voracité sans bornes des transnationales). Et Copé qui ajoutait l'autre jour que toutes ces "réformes" sont promues dans "l'intérêt de tous"... De gauche comme de droite, ces gens n'hésitent plus à inverser purement et simplement le sens des mots, relayés en cela par les médias de masse (on disait jadis les mass medias)... 
A quoi bon attendre encore de ces gens qu'ils ouvrent les yeux et les oreilles ? Ces "élus" sont sourds et aveugles, à force de servir docilement les intérêts des grands argentiers de la planète. Hélas, on a vu en d'autres temps, comment la trahison politique conduit à ce qu’un peuple, en désespoir de cause, se jette dans les bras du premier clown venu. Hitler en a été le grandiose exemple (lire par exemple « Histoire d’un allemand », de Sebastian Haffner). Ils rigolaient tous à se fendre les oreilles, les bourgeois de Berlin ou de Vienne, au début des années 30, lorsque le pantin défilait dans les rues en gesticulant, à grands bruits de bottes et de trompettes ! Ce schéma est tout prêt de se reproduire en Europe... La scène a déjà commencé à se dérouler sous nos yeux, dans une partie des pays de l'Union Européenne. De la Grèce à l'Irlande, de l'Espagne à la Pologne, les cerbères de la Commission Européenne et du FMI vont continuer à museler les peuples jusqu'à ce qu'un sinistre clown se lève et entraîne avec lui le monde dans un bain de sang... 
Mais ces bourgeois persistent à ne rien voir. Pusillanimes, comme Martine Aubry, comme si faire tomber le gouvernement Valls était un risque nucléaire. Pusillanimes quand ils ne sont pas voraces, serviles quand ils ne sont pas teigneux, ils ne représentent plus rien. Ils ne représentent plus le peuple. 
Avant d'en arriver à la grande catastrophe, on pourrait pourtant encore expérimenter bien des façons de gouverner et de vivre ensemble. Un exemple: changeons de constitution, supprimons le poste de président de la république, et instaurons le tirage au sort pour la moitié du Parlement. Qu'au moins, la moitié des députés soient vraiment issus du peuple ! Mais si faire tomber Valls est un risque qui fait s'évanouir de peur quelques députés dits "frondeurs", il y a peu de chances de voir ces gens décider par eux-mêmes de changer les choses. Dans ces conditions, comment ne pas en appeler à la "Rue" ? Tant pis si les Français ont cette mauvaise réputation de descendre dans la rue et de couper les têtes... A force d'abuser de leurs privilèges, les élites ne méritent pas autre chose.

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