Covid-19 : un avertissement "proportionné" que nous envoie notre bonne Terre-mère ?

On dirait que notre Terre-mère est en train de nous donner un sérieux avertissement : ce covid-19 qui déferle sur les homo oeconomicus est à la fois très contagieux mais pas trop mortel, comme si la Terre avait décidé que son avertissement soit "proportionné" : "Attention, cette fois-ci je ne suis pas trop méchante, mais la prochaine fois je serai bien plus sévère ! "

Non, je ne suis pas en train de faire de l'anthropocentrisme en faisant parler la Terre. Peut-être qu'elle s'en fiche, la Terre, et qu'elle ne nous dit rien. Mais c'est aussi notre (mauvaise) conscience qui pourrait nous parler avec ces mots...

Car, dans ce moment de panique collective, de quoi avons-nous vraiment peur ? Ne serait-ce pas d'avoir tant abusé de notre pathétique "maîtrise" de la nature ? Ne serait-ce pas de voir approcher l'heure d'un rendez-vous inéluctable ?

Si seulement c'était l'occasion de dire non à tous ceux qui ont intérêt à nous enfermer dans nos petites peurs. L'occasion de comprendre que la vertu dont nous avons le plus besoin (parce que c'est celle qui nous manque le plus), c'est le courage. Pas seulement le courage face au danger ou à la mort, mais aussi le courage de relever le nez de son smartphone, de regarder le désastre autour de nous, le courage de vivre autrement, le courage de se mettre à nouveau à habiter la Terre.

Entre l'option de la peur et celle du courage, de quoi le coronavirus nous parle-t-il ? D'un monde où s'imposent inexorablement l'autoritarisme, la surveillance, la ségrégation, les inégalités, l'injustice - avec pour issue le grand dérèglement de la nature ? Ou au contraire, de la possibilité d'un bouleversement démocratique mondial, qui changera la face du monde et remettra au centre des valeurs le respect de la vie, l'entraide, la frugalité ?

Le coronavirus, qui pour une fois s'en prend aux pays "dominants", nous donnera-il l'occasion de comprendre que les mots d'ordre de la croissance et de la finance ne sont que le petit catéchisme du capitalisme fossile, à l'heure où il cherche à se repeindre en vert : "Transition énergétique", "innovation", "développement durable"...

Ces faux prophètes, qui en ce moment sont à la peine sur les places boursières affolées, oublient un détail : tant que durera cette société du marché globalisé, on utilisera toujours plus d'énergie primaire; on générera toujours plus de destructions et de pollutions sur terre et dans les océans; on brûlera toujours plus de forêts et on détruira toujours plus d'animaux et d'humains (en commençant bien sûr par répandre toutes ces horreurs d'abord chez les pauvres, et en espérant que nous, on échappera aux catastrophes...).

Le coronavirus va-t-il réveiller nos consciences et surtout nous mettre en marche pour rendre le monde à nouveau habitable ? Il est plus que temps d'arrêter de se mentir : changer nos modes de vie, ce n'est pas passer de la voiture à essence à la voiture électrique : c'est nous déplacer beaucoup moins; c'est arrêter le tourisme de complaisance, en renonçant à prendre son billet d'avion Paris-Bangkok pour "faire la Thaïlande" en quinze jours; c'est arrêter 80% du commerce international et relocaliser tout ce qui est vital (à commencer par l'alimentation, les médicaments, le textile...); c'est proscrire et punir la finance globalisée ; et c'est taxer les riches à 90% de leurs revenus pour limiter leur empreinte carbone...

C'est aussi manger beaucoup moins de viande et de poisson; c'est arrêter d'acheter sur Amazon; c'est prendre moins de douches, c'est se chauffer à 15° l'hiver; c'est jeter ses smartphones à la poubelle et diminuer de 99% l'usage de la vidéo sur internet; c'est revenir à la télé hertzienne et au poste de radio à antenne.... Et c'est encore des tas de choses encore plus "inacceptables" pour le consommateur des pays riches, qui consomme 5 fois trop d'énergie primaire en Europe et 15 fois trop aux Etats-Unis - mais qui aujourd'hui reçoit en pleine figure un gros virus mal embouché...

Le virus "covid-19" va-t-il nous réveiller du rêve en tissu d'illusion dans lequel nous a plongé le métarécit du capitalisme fossile, depuis plus de deux siècles ? Va savoir...

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