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Billet de blog 19 avr. 2022

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Dans un monde en crise, élire l'extrême-droite c'est franchir un point de non retour

Au moment d'un choix (ou d'un non choix) cornélien, c'est au-delà du 2nd tour qu'il faut se projeter. C'est même au-delà des Législatives. C'est vers les décennies à venir... Attention ! le Droit et les instituions n'ont jamais empêché les dirigeants d'extrême-droite de s'accrocher au pouvoir une fois qu'ils y sont parvenus. Et d'y rester. Les élire une fois c'est franchir un point de non retour.

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Le Pen au pouvoir, ce serait, pour commencer, une série de coups de force constitutionnels, pour intégrer la "priorité nationale" dans la Constitution et sortir de l'union européenne de la plus mauvaise façon. Les référendums annoncés ne seraient en rien des débats publics, ce serait juste des choix forcés entre oui et non, sans aucune souveraineté populaire, sans aucune possibilité de bien poser les questions et d'en débattre... De plus, comme nous l'expliquent les juristes, de telles révisions de la Constitution ne sont pas possibles, sauf à faire un coup de force, presqu'un coup d'Etat puisque le Droit serait à chaque fois piétiné (ne pas oublier comment les Nazis ont piétiné le Droit et mis au pas toutes les instances juridiques de l'Allemagne des années 30)...

Le Pen au pouvoir, ce sera moins d'impôts sur le revenu, moins d'impôts sur l'héritage, pour les riches. Ce sera bien sûr un chemin de croix pour les millions de gens d'origine étrangère, sans parler des immigrants et réfugiés économiques, politiques, climatiques. Ce sera le déni du réchauffement climatique. Ce sera aussi la privatisation de l'audio-visuel public (adieu à France culture/Musique et Arte...) et encore plus de mise sous clé de la liberté de la presse et de la liberté d'opinion...

Certains s'accrochent à l'idée que, quel que soit le résultat du 2nd tour, que ce soit Macron ou LePen (beaucoup ne faisant pas de différence entre les deux maux), "on se battra pour les Législatives". En clair : on fera tout pour que le ou la président élu(e) n'ait pas une majorité suffisante pour pouvoir mettre en oeuvre son programme... Hélas, on voit bien que les partis "de gauche" ne vont pas unir leurs forces pour espérer atteindre ce résultat... De plus, les électeurs sont toujours tentés de donner une majorité parlementaire au nouvel élu. Il y a toujours un effet de dynamique. Pour ce qui est de Le Pen, certes, elle aura quand-même beaucoup de difficulté à avoir un nombre suffisant de parlementaires pour pouvoir mettre en oeuvre son programme, mais attention...

Mais attention ! car le Droit et les instituions n'ont jamais empêché les dirigeants d'extrême-droite de s'accrocher au pouvoir une fois qu'ils y sont parvenus. Et d'y rester. LES ELIRE UNE FOIS C'EST FRANCHIR UN POINT DE NON RETOUR. Regardons Trump aux USA, Orban en Hongrie, Erdogan en Turquie, sans oublier bien sûr Poutine et Xi Jin Ping et maints autres dirigeants autoritaires partout dans le monde. Bon, on rétorquera que ces pays n'ont jamais été démocrates, mais le résultat est là: les dictateurs ne renoncent jamais.

Le moindre mal serait (pour beaucoup de gens de gauche), que Macron soit réélu avec une marge nettement moins importante qu'en 2017, et qu'il ait le moins de députés que possible à l'issue des Législatives (CQFD...). Mais d'un autre côté, le pire serait l'arrivée au pouvoir de l'extrême-droite, portée par une possible "vague d'espoir" (délirante) d'une partie des classes populaires, dont on sait à quel point elles ont été malmenées, méprisées, ignorées, exclues depuis les mandats de Sarkozy, Hollande, Macron...

Au moment crucial d'un choix (ou d'un non choix) cornélien, c'est au-delà du 2nd tour qu'il faut se projeter. C'est même au-delà des Législatives. C'est vers les futures élections, celle de 2027, etc... Il faut se projeter vers cet avenir qui s'annonce sous de tristes auspices : guerre économique mondiale, guerres militaires, dictatures, inégalités sociales, injustice, chute de l'éducation et des systèmes de santé... Et parallèlement : extinction des espèces, réchauffement du climat (+2°C, +3°C, +4°C ?...), ravages de l'environnement (tempêtes, incendies géants) qui toucheront majoritairement les grandes aires urbaines pauvres sur les littoraux des quatre continents...

Face à ces scénarios-catastrophes, la question politique n'est pas de choisir entre "baisser les bras" ou "se battre jusqu'au bout" (ça c'est une affaire de tempérament, pas de politique). La question politique pourrait se résumer peut-être ainsi : quoi qu'il en soit des difficultés à venir, ne perdons jamais de vue que dans un monde en proie à tous les problèmes climatiques, à tous les problèmes d'accès aux ressources, LA DICTATURE S'INSTALLERA PARTOUT OÙ ON LUI AURA LAISSÉ LA PLACE, ET CE SERA LA DOUBLE PEINE POUR LES PEUPLES.

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