Europe : en route vers l'enfer ?

L'Europe se déchire entre deux abîmes : d’un côté, un néolibéralisme qui a transformé le continent en un grand marché, d’un autre côté, des néofascistes qui fascinent les peuples avec une main de fer dans un gant de velours. Quand le mot "justice climatique" pourrait être un élan irrésistible, réunissant des centaines de millions de suffrages, il est totalement absent des radars médiatiques !

Le spectacle de ces "élections" européennes est affligeant, sans surprise hélas. A l’heure où on nous demande d’élire un parlement, potiche au service du Conseil et de la Commission, le paysage politique est désespérément simpliste : cette parodie de démocratie se réduit à un choix entre deux blocs, deux écueils mortifères : d’un côté, une politique néolibérale qui s’acharne à transformer le continent en un grand marché où tout est à vendre, tout à acheter ; d’un autre côté, une politique néofasciste qui fascine les populations avec la vieille technique de la main de fer dans un gant de velours.

En réalité, comme on l'a vu, jour après jour cette année, avec le gouvernement Macron, ces deux camps que l'Histoire oppose régulièrement (années 30...) ne sont opposés qu'en surface. C'est la même logique sécuritaire et coercitive qui unit néolibéralisme et fascisme. Et le jour venu, quand l'Europe bascule en enfer, ils savent très bien s'allier - pour le plus grand malheur des populations...

Pour la "gauche", quelle débâcle partisane et schizophrène ! On désespère de voir tous ces partis "de gauche" éparpillés en une mosaïques de nains politiques, qui assistent au naufrage en continuant à se chamailler sur les "solutions" et les "stratégies". Même chose pour les grands appareils syndicaux officiels, dont les leaders sont des bureaucrates soumis au soi-disant "dialogue social". Avec cette petite phrase qui résume à elle seule la forme de soumission de ces "réformistes" : "le compte n'y est pas"... comme s'ils passaient leur temps à compter des sous, dans leurs défilés à l'Elysée...

La Gauche, ou plutôt les Gauches, éternellement trahies par leurs chefs et leurs factions, depuis Thermidor en France, depuis l'assassinat des Spartakistes et l'écrasement des ouvriers en Allemagne, depuis la bureaucratie bolchévique en Russie... Des Gauches si souvent étroitement doctrinaires, et toujours éparpillées face à l'empire de l'argent et du capital... Et, quand ce n'était pas le cas, quand elles semblaient réussir, sur tel ou tel territoire, elles étaient la plupart du temps trahies par leurs propres cousins, comme les Anarchistes espagnols lardés de coups de poignards dans le dos par les milices bolcho-hispaniques...

On en est toujours là, hélas. Avec un autre problème, désormais, qui devrait être la priorité absolue de toutes les gauches de tous pays : l'imminence de l'effondrement écologique, couplée avec la prédation économique des oligarchies. Le mot "justice climatique" pourrait être un élan irrésistible, un mot d'ordre fédérateur, capable de réunir des centaines de millions de suffrages en Europe, et pourtant, c'est un mot qui n'apparaît même pas dans le paysage médiatique ces dernières semaines !

Quand on pense que l’Europe est 35 fois plus riche que l’Afrique (et que la France à elle seule est 5,5 fois plus riche que l'ensemble du continent africain !!)*, le principal sujet de débat, omniprésent sur nos écrans ces dernières semaines, manifeste une seule chose : la peur panique des Européens d’être envahis par les "barbares" ! Ce continent européen est décidément un géant mou aux pieds d’argile, un géant pathétique, au masque de zombi, qui s’achemine vers un nouveau gouffre. Il est évident et inexorable, hélas, que les décennies à venir vont confirmer, tragiquement, cette perspective...

Mon constat ne porte sans doute pas à l'action, mais je pense malgré tout que le débat, la réflexion sur l'histoire, ce n'est pas du bla-bla... Je suis pour ma part avant tout occupé à l'écriture, et en ce moment en train de finir un scénario de court-métrage sur le thème de la "théorie du ruissellement". Un court-métrage, ce n'est pas grand-chose, un fétu de paille au milieu du torrent... que chacun fasse tout ce qu'il peut, avec ses moyens et son tempérament, pour tenter, malgré tout, de provoquer le destin - et d'en détourner le cours...

(*) je renvoie à une "bible" qu'on ne peut pas soupçonner d'être de parti pris: le "wealth data book" du Crédit Suisse de novembre 2018. Quelques chiffres hallucinants sur la répartition internationale des "richesses" : Europe : 85 000 milliards $, France : 14 000 milliards $, Afrique : 2500 milliards $, Lybie : 250 milliards $, Côte d’Ivoire : 34 milliards $, Soudan : 11 milliards $, Mali : 9 milliards $, Ethiopie : 9 milliards $, Eritrée : 8milliards $...

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