Du confinement à la française à l'enfer confiné : Ajegunle, le bidonville de Lagos

Un confinement à perpétuité : Ajegunle, le bidonville de Lagos, Nigéria. Un petit détour pour nous dire que deux mois de confinement à la française, n'en déplaise au Medef, ça ne devrait pas suffire pour transformer Paris en bidonville. On devrait pouvoir l'éviter, par exemple, rétablir l'ISF et créer une contribution exceptionnelle des millionnaires pour aider les chômeurs à refaire surface.

Un exemple de "confinement" à perpétuité : Ajegunle, appelé aussi AJ City, le bidonville de Lagos au Nigéria. Un reportage à la fois terrifiant et une leçon de vie, d'une chaîne de télé nigériane (on est loin du JT sur TF1...).

Le bidonville de Ajegunle à Lagos, Nigéria

Les deux tiers des trente plus grandes villes du monde sont des monstruosités engendrées par le capitalisme néolibéral. Dans chacune de ces mégapoles, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont confrontés à la malnutrition, la corruption, la violence, la pollution, et toutes sortes de maladies infectieuses liées à des conditions d’hygiène catastrophiques.

Au-delà de ces mégapoles, la misère prolifère dans une myriade d’autres villes-champignons, anciennes bourgades du tiers-monde qui ont grossi démesurément sous l’afflux des paysans expulsés de leurs terres et des réfugiés de guerres. La moitié de la population mondiale peine à survivre dans ce tissu urbain tentaculaire qui traverse trois continents : l’Asie du sud, l’Afrique et l’Amérique latine.

Tout en bas de cette échelle de la misère, on dénombrait dès 2005 plus d’un milliard d’êtres humains parqués dans un véritable enfer confiné, où règne une insalubrité à peine imaginable : les mégabidonvilles. Tandis que, dans les pays riches les taudis représentent, selon l’ONU, environ 5 % de la population urbaine, leur proportion atteint 80 % dans les pays du Sud ! Le record est détenu par l’Ethiopie et le Tchad où plus de 99 % de la population urbaine s’entasse dans des bidonvilles.

Toutes ces monstruosités urbaines sont le fruit amer de décennies d’une politique néolibérale qui, sous les auspices du FMI et de la Banque mondiale, a imposé de la façon la plus brutale un modèle économique calqué sur celui des riches mégapoles américaines et européennes. La faillite est totale. Le résultat est un urbanisme dantesque, où cohabitent un noyau central, artificiellement riche, de quartiers d’affaires internationaux, et des zones périphériques où la pauvreté touche le fond de la misère humaine.

Pour ne citer qu’un exemple, grâce à la manne pétrolière, Luanda (capitale de l'Angola) passe pour être la ville la plus chère du monde – pour les cadres expatriés des multinationales (le loyer d’un trois pièces y est trois fois plus élevé qu’à Paris) – tandis que les habitants de ses favelas n’ont guère plus d’un dollar par jour pour survivre…

J'oserai une comparaison : pour mémoire, la France est 5,5 fois plus riche, en patrimoine, que la totalité du continent africain (54 pays) !!! Si on ne considère que le PIB, le revenu annuel des 50 millions de Français adultes est le même que celui des 1,3 milliards d'Africains... Le PIB de l'Ile-de-France, à lui seul, dépasse les 600 milliards d'euros...

Alors, deux mois de confinement "à la française"... n'en déplaise au Medef, ça ne devrait pas suffire pour transformer l'Ile-de-France en bidonville... Moyennant un tout petit peu de partage, n devrait pouvoir l'éviter, par exemple remettre l'ISF et créer une contribution exceptionnelle des millionnaires pour aider un peu les chômeurs à refaire surface...

Une petite leçon de méditation et d'humilité, pour finir : à Ajegunle, ils arrivent quand-même à avoir des écoles pour élever leurs enfants, comme on le voit dans ce reportage !

Pour approfondir le sujet : Mike Davis, "Le pire des mondes possibles – de l’explosion urbaine au bidonville global", éditions La Découverte, 2006.

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