Lettre ouverte à M. Devanciart, maire-adjoint de Saint-Alban-Auriolles, qui ne veut pas souscrire un abonnement à Mediapart

La disparition du pluralisme des médias et le régime de la presse unique qui s’ensuit dans la plupart des régions françaises n’ont pas habitué nos élus au débat et à la contestation.

Monsieur le Maire-adjoint,

Vous avez chargé l’un de vos amis ou de vos administrés de déposer sur mon blog une réponse à ma lettre ouverte à M. Thibon, votre maire et le président de la Communauté de communes des Gorges de l’Ardèche, en date du 27 septembre, plutôt que de souscrire un abonnement à Mediapart qui vous aurait permis de le faire vous-même. Je sais que le remplacement de la TEOM par une redevance a entraîné une augmentation sensible de la dépense d’enlèvement des ordures (+ 700% dans mon cas, pour un service qui n’est plus rendu), et je puis comprendre votre souci de faire des économies, fussent-elles modestes, pour pallier ce soudain alourdissement du coût de la vie. Néanmoins, je me permets de vous rappeler que, tout comme le ramassage des déchets, la démocratie dont vous vous réclamez dans votre missive a un prix, celui de la presse libre.

Je tiens en tout cas à vous rassurer. Je ne fais pas partie des gens qui entendent « lyncher » les élus ou tiennent en mauvaise considération l’action politique. C’est bel et bien parce que j’en ai le plus grand respect que j’entends exercer mon droit, je dirai même mon devoir de critique. Et il est bien peu démocratique de votre part d’affirmer que ce dernier, que vous assimilez à des « invectives », peut « faire l’objet de poursuites judiciaires ». Serait-ce une menace, M. le Maire-adjoint ?

Il est vrai que la disparition du pluralisme des médias et le régime de la presse unique qui se sont généralisés dans la plupart des régions françaises n’ont pas habitué nos élus au débat et à la contestation. Voit-on jamais Le Dauphiné libéré s’emparer d’un problème d’intérêt local autre que les faits divers, les fêtes votives, les compétitions sportives ou les événements de la vie familiale, heureux ou malheureux ?

Voici des lustres que les élus locaux administrent sans l’aide de la discussion publique qui permet de confronter les points de vue et de faire remonter l’information. L’intercommunalité a aggravé cet état de fait en délocalisant la délibération des communes au chef-lieu de leur communauté. Vous arguez de l’unanimité (à main levée !) dans laquelle ce funeste équipement a été adopté. J’y vois plutôt le symptôme d’un défaut de démocratie, annonciateur du désastre que ce vote a engendré.

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Mais venons-en à l’essentiel. Votre réponse confond deux problèmes : celui du tri et celui de la collecte. Ma lettre à M. Thibon ne remettait nullement en cause la nécessité du tri. Elle n’excluait pas même la nécessité de payer éventuellement plus cher le service de ramassage et de traitement des ordures ménagères. J’y suis personnellement prêt, même si ma maison est atypique – à 1,8 km du premier point de collecte, sur un terrain non viabilisé, ce qui explique sans doute le faible montant de ma TEOM dont j’aurais d’ailleurs pu demander l’exemption au vu de la jurisprudence.

Le problème qui nous oppose n’est pas celui du tri, mais de la collecte qui n’a pu être assurée dans le respect de la nouvelle procédure compte tenu du dysfonctionnement du matériel que l’Intercommunalité a acheté à grands frais, et manifestement sans étude indépendante. Car la lecture du courrier qu’a suscité la publication sur mon blog de ma lettre à M. Thibon démontre qu’une rapide enquête auprès des communes de France ayant acquis ces équipements aurait appris à l’Intercommunalité que celui-ci était inopérant et ne répondait pas aux besoins de la population concernée. En bref, si vous me pardonnez l’expression, M. Thibon s’est « fait avoir comme un bleu », à ceci près que c’est à nous de payer la facture.

 Pour le reste vous êtes dans le déni absolu. Vous savez pertinemment que le nouveau système n’a pas fonctionné, ce qui a engendré la légitime colère des administrés de l’Intercommunalité, créé des problèmes de salubrité publique dont les élus sont pourtant responsables, amené nombre d’usagers à refuser de payer la redevance, et malheureusement multiplié les actes d’incivisme, notamment dans les hameaux isolés qui se trouvent souvent à plusieurs kilomètres des points de collecte.

Vous ne répondez ni sur l’impossibilité pour les touristes d’utiliser cet équipement, ce qui est un comble dans notre région, ni sur son coût environnemental (remplacement des bacs, pose d’installations à la fois énormes et insuffisantes, numérisation énergivore).

Vous assumez que l’impossibilité pour les personnes âgées ou handicapées d’utiliser le nouvel équipement aggrave leur dépendance par rapport à leur voisinage et à leur famille, invités à se substituer au service public en même temps qu’à payer beaucoup plus cher celui-ci.

Vous n’avez pas un mot sur le massacre esthétique de sites admirables et classés, pas plus que sur les nuisances sonores dont souffrent les riverains des points de collecte. Vous ne cillez pas devant la dépense qu’entraîne ce système dont les frais fixes – y compris la « création de nouveaux emplois administratifs » que provoque l’usine à gaz ! – expliquent largement l’augmentation faramineuse du prélèvement obligatoire alors que le service jadis rendu ne l’est plus. Vous vous enfermez dans l’autisme et la condescendance qui malheureusement défigurent trop souvent la démocratie française du haut en bas de ses institutions et expliquent son discrédit croissant, et préoccupant.

L’Intercommunalité a été incompétente. Je le répète, c’est mon droit, mon devoir de citoyen de le clamer haut et fort en espérant que les électeurs, le 22 mars, en sanctionneront les élus, et qu’une nouvelle équipe en reprendra les rênes pour essayer de réparer ce qui peut l’être et répondre avec bon sens à un vrai problème dont nul ne nie l’importance, quoi que vous en pensiez pour votre confort et votre autojustification.

Bien à vous

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