Cet homme est dangereux

Entendons-nous bien. Je suis vacciné. J’entends recevoir une troisième dose si celle-ci s’avère prudente. J’encourage mes proches à se faire vacciner. J’ai très vite cessé de penser que la Covid-19 était une « petite grippe », bien avant certains de nos ministres. Mais les procédés dont use Emmanuel Macron sont dangereux pour les libertés publiques et pour l’ordre démocratique.

Entendons-nous bien. Je suis vacciné. J’entends recevoir une troisième dose si celle-ci s’avère prudente. J’encourage mes proches à se faire vacciner. J’ai très vite cessé de penser que la Covid-19 était une « petite grippe », bien avant certains de nos ministres. Je ne pense pas que je me sois laissé implanter à mon insu une puce dans le corps. Je n’ai pas perdu ma faculté de jugement. J’ai d’ailleurs refusé le vaccin Astra Zeneca sur une base rationnelle, parce qu’il était moins efficace, entraînait des effets secondaires plus importants et surtout recourait à la manipulation génétique au contraire du Pfizer ou du Moderna – tout comme je me suis abstenu de porter le masque dans des rues ou des forêts désertes parce que j’ai le sens des proportions et du ridicule.           

C’est dans cet esprit, et non par adhésion à des thèses complotistes, que je n’ai aucune intention de me munir de l’application TousAntiCovid, que je m’oppose au pass sanitaire et que je refuserai de m’y conformer par tous les moyens légaux qui seront à ma disposition, voire par la désobéissance civile. Car les procédés dont use Emmanuel Macron sont dangereux pour les libertés publiques et pour l’ordre démocratique.

            Que l’on m ‘épargne les amalgames, moyen commode, aujourd’hui comme hier, de disqualifier une opposition légitime. Ce n’est pas parce que Florian Philippot admet que la terre est ronde que celle-ci est plate. Ce n’est pas parce que certains excessifs, en proie à une sainte colère, assimilent le pass sanitaire à l’étoile jaune du régime nazi ou à la ségrégation raciale de l’apartheid sud-africain qu’il ne s’agit pas d’une mesure d’exclusion attentatoire à l’égalité des citoyens, à la liberté de conscience et au respect du secret médical, une mesure dont la mise en œuvre aggravera le problème qu’elle est censée résoudre.

            Là aussi entendons-nous bien. A titre personnel, je pense que la vaccination est seule à même de nous procurer une immunité collective dès lors que nous ne sommes pas prêts à accepter que la mort de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de personnes nous aide à y parvenir, comme dans l’ancien temps. N’oublions pas les ravages de la variole, de la tuberculose, de la polio que seule la vaccination a permis d’endiguer (pour ce qui est du choléra, l’hygiène y a pourvu). En théorie je ne serais même pas choqué que la vaccination contre la Covid-19 soit rendue obligatoire. Après tout nous sommes déjà soumis à des vaccinations obligatoires. Non, l’inacceptable est la méthode qu’a choisie Emmanuel Macron et qui confirme que cet homme est dangereux pour la liberté et la démocratie.      

            Il lui eût été loisible d’organiser un référendum sur le sujet. L’article 11 de la Constitution l’y autorisait : « Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux Assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions ». Il est même possible, sous réserve de l’avis des constitutionnalistes, que le calendrier électoral lui en fournissait l’opportunité à moindres frais, avec la tenue des régionales en juin. Les deux consultations n’auraient-elles pas pu être simultanées ?

            C’est ainsi que les Suisses ont adopté la loi Covid à une majorité de 61% des suffrages exprimés le 13 juin. Le mouvement des « Amis de la Constitution » ne s’en satisfait pas ? Il tentera d’obtenir une nouvelle votation pour contrer le projet de certificat vaccinal. Ainsi va une vraie démocratie qui n’a pas peur du peuple. Emmanuel Macron, lui, procède par ordonnances et proclamation de l’état d’urgence sanitaire reconduit de trimestre en trimestre, contourne les prérogatives du Parlement et décide de tout dans le cercle restreint des Conseils de Défense sur la base des avis d’un comité scientifique sans aucune légitimité démocratique ni existence institutionnelle et de ses lectures personnelles de la littérature scientifique dont il a une connaissance impressionnante, nous assure la Cour. Emmanuel Macron, nouveau Génie des Carpates ?

            Faut-il rappeler que le dispositif des Conseils de Défense a été imaginé par François Mitterrand et son entourage pour court-circuiter le ministère de la Défense, l’état-major général des armées et l’Assemblée nationale, et mener une politique discrétionnaire au Rwanda dont on connaît le brillant résultat ? La méthode choisie illustre une nouvelle fois la propension bonapartiste d’Emmanuel Macron à tenir pour quantité négligeable les institutions, les corps intermédiaires et même les partis politiques au mépris de l’esprit de l’article 4 de la Constitution et de la lettre de son article 3 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice ».

            Ce mode de gouvernement a des effets délétères. Il débilite la République. Il l’enferme dans l’impuissance au nom d’un argument d’autorité et de nécessité, maintes fois répété pour faire passer au forceps des « réformes » que rejetaient les premiers intéressés et qui ont détruit les services publics, à commencer par l’hôpital, et maintenant invoqué pour légitimer l’instauration d’une société de surveillance généralisée au nom de la crise sanitaire. « Il n’y a pas d’alternative », ressassent à l’envi le président de la République et son porte-parole, Gabriel Attal. La crise des gilets jaunes, l’abstentionnisme électoral ont été les conséquences directes de ce déni. A quoi bon voter, pourquoi raisonner et comment renoncer à la violence si Jupiter a raison sur tout, n’entend rien et s’émancipe de toute intermédiation politique ?

            Et même de tout principe politique en gardant pour ministre de l’Intérieur et Garde des Sceaux des hommes qui sont en délicatesse avec la Justice, et néanmoins continuent d’exercer leur autorité sur des policiers et des magistrats censés enquêter à leur sujet et instruire leur cas. L’idée même de séparation des pouvoirs semble étrangère à Emmanuel Macron. Il a déclaré sans ambages, en Conseil des ministres, que la Justice était une « autorité », et non un « pouvoir », en citant implicitement l’article 64 de la Constitution qui fait du président de la République le « garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire ». Ce disant il passe par pertes et profits Montesquieu dont la théorie de la séparation des pouvoirs préserve justement le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif de tout « gouvernement des juges », comme on le dit de nos jours, tout en protégeant les magistrats de l’ingérence du pouvoir politique. Au passage Emmanuel Macron avoue aussi que le limogeage de François Bayrou, en 2017, participait moins de l’idée vertueuse de la République « exemplaire » qu’il avait mise en exergue de sa campagne électorale que de l’utilité d’écarter un homme qui avait contribué à le faire roi et risquait de contrarier son exercice solitaire du pouvoir. Que dire, encore, du mélange des genres qui transforme l’allocution d’un chef d’Etat, théoriquement consacrée à un problème gravissime de santé publique, en lancement subliminal et néanmoins indécent de sa seconde candidature à l’élection présidentielle, cinq ans, jour pour jour, après l’annonce de la première, un certain 12 juillet 2017 ?

            L’argument de l’efficacité dont ne manquera pas de se féliciter le locataire de l’Elysée – les Français ne se sont-ils pas précipités dans les centres de vaccination dès le lendemain de son oukase ? – a lui-même ses limites. Faute de concertation avec les secteurs concernés par l’obligation de la présentation d’un pass sanitaire, la mise en œuvre des mesures jupitériennes s’est immédiatement heurtée à des difficultés ou des impossibilités qui ont amené le gouvernement, comme lors des confinements, à multiplier les mises au point, les ajustements, les exceptions et les rétropédalages, quitte à rendre le dispositif incompréhensible et inapplicable. Des professions entières sont à nouveau plongées dans l’incertitude économique, le chaos administratif, le désarroi moral[1]. La SNCF a découvert, abasourdie, avec l’ensemble des Français, les nouvelles conditions d’embarquement dans ses trains[2]. Des familles sont dans les affres d’une prescription dont l’observance ne sera matériellement pas possible dans les prochaines semaines. Les Français de l’étranger qui ont été vaccinés par des produits non homologués dans l’Union européenne et ne pourront de ce fait obtenir leur pass sont en déshérence.

            Par ailleurs la coercition crispera dans leurs certitudes les vaccino-sceptiques et les adeptes des théories du complot, tiendra à distance de la santé publique des segments de la population que nous aurions tout intérêt à y intégrer, multipliera les pratiques frauduleuses.

            Surtout le recours à la contrainte conforte une fois de plus l’image d’un Etat paternaliste, méprisant, autoritaire, infantilisant, punitif dont les prestations, depuis le début de la pandémie, ne justifient pas tant d’arrogance, à l’exception importante près du filet de sécurité économique qu’il a su déployer en temps utile lors du premier confinement.       

            Que dire enfin d’un gouvernement qui impose la vaccination, menaces de sanctions ou de licenciement à l’appui, à des personnels de santé ou aux pompiers dont le comportement professionnel et civique a été unanimement salué, mais exempte de cette obligation les policiers et les gendarmes qui seront chargés de contrôler la détention d’un pass ? En l’occurrence Emmanuel Macron marche sur la tête parce qu’il est devenu l’otage des syndicats de police, comme l’ont prouvé son incapacité à lutter concrètement contre les violences des forces de l’ordre et la présence surréaliste de son ministre de l’Intérieur à une manifestation de factieux chargée de faire pression sur le Parlement et le Garde des Sceaux.

            Cet homme est également dangereux pour avoir érigé le mensonge en technique de gouvernement. Mensonge sur la dangerosité du virus. Mensonge sur les masques. Mensonge sur la préparation de la France face à un tel danger. Mensonge télévisé, au cœur du premier confinement, sur son chemin de Damas quant à la soumission folle aux lois du marché de services publics essentiels comme celui de la santé, dont il avait été le chantre en tant que banquier d’affaire, puis conseiller et ministre de François Hollande, et pendant les trois premières années de son propre mandat présidentiel : les projets de réforme néolibérale de notre modèle social – au nom de son sauvetage ! – sont remis à l’ordre du jour comme si rien ne s’était passé ni n’avait été dit. Jusqu’à ce gros mensonge de fin avril, devant la presse régionale : « le passe sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français, il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours ». Derechef Emmanuel Macron met en péril la crédibilité de la parole de l’Etat au prix d’une suspicion généralisée quant à ses actes et ses intentions. Il sape les fondements même de l’exercice de la démocratie qui suppose un minimum de cohérence et de fidélité aux engagements pris.

            Cet homme, Emmanuel Macron, est définitivement dangereux car il impose à tout un chacun la charge de l’application et de la vérification de la mesure liberticide. « Le tyran asservit ses sujets les uns par les autres », écrivait La Boétie. Ainsi, le restaurateur, le vigile, le commerçant prendront connaissance du pass sanitaire et vérifieront l’identité de leurs usagers ou clients au mépris de la loi, de la jurisprudence, du secret médical. Pauvres naïfs de la Caisse primaire d’assurance-maladie qui recommandaient de présenter son certificat de vaccination plié en quatre pour ne laisser visible que le QR code et garder à l’abri des regards son nom et les autres données identificatoires !

            La République est « indivisible », dit encore l’article premier de la Constitution. Emmanuel Macron la divise entre vaccinés et non-vaccinés. En imposant à chacun d’entre nous l’obligation de garantir l’étanchéité de cette nouvelle frontière intérieure, il ouvre la porte à des conflits sans fin au cœur même de notre vie quotidienne. « Nous allons étendre au maximum le passe sanitaire pour pousser le maximum d’entre vous à aller vous faire vacciner (…) partout nous aurons la même démarche : reconnaître le civisme et faire porter les restrictions sur les non-vaccinés plutôt que sur tous », a-t-il menacé, jetant l’opprobre sur les récalcitrants. Gabriel Attal n’est pas en reste et stigmatise de sa voix précipitée le « cynisme » des non-vaccinés. Dans le Parisien il retrouve les accents condescendants auxquels son Président avait fait mine de renoncer et donne de sa République « apaisée » une image singulière en parlant de « frange capricieuse et défaitiste, très minoritaire, qui se satisferait bien de rester dans le chaos et l’inactivité » et en l’opposant à une France « laborieuse et volontariste qui veut mettre le virus derrière elle et travailler ». Et le ministre de la Santé, Olivier Véran, de théoriser sur BFM-TV, le 13 juillet : « L’immense majorité doit-elle s’incliner devant la minorité ? ». A ceci près, Monsieur le Ministre, que la démocratie n’est pas seulement l’expression de la volonté de la majorité, mais aussi le respect des droits de la minorité, et que le lecteur du rapport Duclert sur la politique de François Mitterrand au Rwanda éprouve un sentiment de malaise pour avoir déjà entendu cette antienne.

            Sans doute est-ce trop demander au gouvernement que de lui suggérer de (re)lire les pages de Walter Benjamin sur la violence du consensus, en ce qu’il rend celle-ci légitime pour resserrer le spectre de la différence et du conflit[3]. Le « consensus », l’ « adhésion » des Français dont se réjouit Emmanuel Macron n’ont rien de démocratiquement rassurant parce qu’ils ne sont pas le fruit d’une vraie concertation, d’une authentique délibération. La promesse d’un retour à la normale comme récompense de l’acceptation de l’état d’exception ne l’est pas plus quand on sait que les régimes autoritaires reposent sur cette garantie du viver habitualmente, du « vivre à l’accoutumée » dont se flattait le salazarisme au Portugal[4].

            Approuvée démocratiquement par voie référendaire – et non pas seulement par un Parlement que le présidentialisme bouscule, anesthésie et étouffe depuis un demi siècle – l’obligation vaccinale contre la Covid-19, de droit ordinaire, comportant les mêmes sanctions que les autres obligations vaccinales, selon les mêmes modalités de contrôle, aurait eu un effet autrement plus puissant à terme que l’oukase du 12 juillet, et ce d’autant plus si elle avait prévu une clause d’objection de conscience. En effet la liberté de choix dans le domaine de la santé doit être préservée autant que faire se peut, et le refus, pour des raisons philosophiques ou religieuses, d’un acte médical ne peut être dénié au citoyen d’une République mature. Il suffit de lire les communiqués et déclarations indignés des responsables syndicaux des pompiers ou du personnel soignant pour comprendre que le sens civique de la discipline, du dévouement et du courage n’est en rien contradictoire avec l’impératif catégorique du libre-arbitre.

            En définitive cet homme est dangereux bien au-delà du seul périmètre de la pandémie. Les mesures liberticides qu’il prend actuellement au nom de la lutte contre la maladie ne peuvent en effet être dissociées d’un contexte plus général, et désormais vieux de plusieurs décennies, qui assure la fongibilité de toute une série de dispositions relatives à la répression de phénomènes aussi différents que le « terrorisme » – notion floue s’il en est – le grand banditisme, le militantisme environnementaliste, politique ou syndical, la solidarité avec les migrants, l’évasion ou la fraude fiscale. Elles émanent d’un pouvoir exécutif qui a lancé une sourde campagne idéologique contre la recherche et l’Université, cherche à museler l’accès aux archives historiques, affiche connivence et complaisance avec les pages les plus équivoques du roman national, a fait adopter par le Parlement une conception extensive du secret des affaires qui facilite les procédures judiciaires « bâillons » à l’initiative des grandes entreprises, préside à une concentration sans précédent de la presse dans les mains de quelques magnats qui lui sont proches, poursuit une politique anti-migrants inhumaine encore plus dure que celle de Nicolas Sarkozy, a perdu le contrôle de la police, a réprimé un mouvement social avec une brutalité jamais vue depuis mai 68, a banalisé l’usage de techniques de maintien de l’ordre, d’interpellation et de neutralisation physique qui ont provoqué la mutilation et parfois la mort de dizaines de citoyens depuis le début du quinquennat au grand dam des Nations-unies, du Conseil de l’Europe et du Parlement européen.

            Quelques-uns des soutiens les plus proches d’Emmanuel Macron, qui ont participé à l’élaboration de son programme et à sa première campagne électorale, s’émeuvent de sa dérive, à l’instar des avocats François Sureau et Jean-Pierre Mignard. L’historien qui lui avait conféré des lettres de noblesse ricoeurienne, François Dosse, s’est ravisé. Le rêve macronien a tourné au cauchemar bonapartiste, au sens précis que ce terme revêt dans la sociologie historique du politique[5]. Il n’est plus que le dernier avatar en date du « centre absolu », de l’ « extrême-centre », ce « poison français » qu’a instillé le Directoire, dans la foulée de la Révolution de 1789[6]. Non sans y ajouter le relent inquiétant, vaguement religieux, de l’ « homme nouveau »[7] propre aux révolutions conservatrices du 20e siècle et que décline à sa manière l’utopie néolibérale de la start-up nation.

            L’ « illibéralisme » d’Emmanuel Macron participe d’une stratégie similaire à celle de Viktor Orban : appliquer le programme de l’extrême-droite pour éviter l’arrivée au pouvoir de cette dernière… et assurer sa propre réélection. En outre il s’inscrit dans un processus quasi universel de dégradation des libertés publiques dont le « modèle » chinois nous montre où il peut nous mener, technologie numérique et biométrique à l’appui. La concomitance de l’obligation du pass sanitaire avec le scandale de l’infection de téléphones portables par le logiciel Pegasus à des fins de surveillance extra judiciaire et avec la publication du dernier rapport de la défenseuse des droits mettant en garde contre les dangers de la biométrie devrait servir d’avertissement solennel. Je posais déjà la question aux députés socialistes prompts à empiler les lois « anti-terroristes ». Est-il judicieux d’adopter une telle législation alors que l’extrême-droite est aux portes de l’Elysée et que nous avons perdu la maîtrise de notre sécurité informatique ainsi que le démontre le piratage désormais récurrent de nos systèmes par des opérateurs étrangers, privés ou étatiques ?

            Le refus du pass sanitaire est une résistance nécessaire à cette destruction de nos libertés publiques et personnelles. Le lecteur aura maintenant compris pourquoi je l’écris en italiques, comme en Afrique du Sud. Ce n’est pas assimiler la future loi scélérate à l’apartheid. De même il ne s’agit pas de soupçonner Emmanuel Macron de visées génocidaires à l’encontre des non-vaccinés comme voudront immédiatement me le faire dire des lecteurs étourdis ou de mauvaise foi quand j’évoque la mécanique funeste de certains dispositifs de prise de décision ou d’argumentation ayant canalisé la politique de la France au Rwanda de 1990 à 1994. Il convient simplement de rappeler que de mêmes procédés d’exclusion peuvent mener à des ségrégations fussent-elles d’inspirations différentes, et ce quelles que soient les intentions de leurs instigateurs.

            Or, nous dit l’article premier de notre Constitution, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée ». Cherchez l’erreur – les erreurs.

           Cet homme est dangereux car, tel le célèbre joueur de flûte de la légende, il nous emmène sans retour vers les eaux troubles du fleuve.

 

           

 

 

 

 

[1] Eric Béziat et al., « L’obligation du passe sanitaire, un défi majeur pour les entreprises », Le Monde, 14-15 juillet 2021, p. 10.

[2] Voir l’article ô combien édifiant d’Eric Béziat, « Passe sanitaire : la SNCF prise de court », Le Monde, 18-19 juillet 2021, p. 15.

[3] Walter Benjamin, « Critique de la violence » in Œuvres, Paris, Gallimard, 2000, collection « Folio/Essais » », tome I, pp. 225-226.

[4] Juan Linz, Régimes totalitaires et autoritaires, Paris, Armand Colin, 2006 ; Béatrice Hibou, La Force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie, Paris, La Découverte, 2006 et Anatomie politique de la domination, Paris, La Découverte, 2011.

[5] https://blogs.mediapart.fr/jean-francois-bayart/blog/060319/la-tentation-bonapartiste-d-emmanuel-macron

[6] Pierre Serna, L’Extrême-Centre, ou le poison français. 1789-2019, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2019.

[7] Marie-Anne Matard-Bonucci, Pierre Milza, dir., L’Homme nouveau dans l’Europe fasciste (1922-1945). Entre dictature et totalitarisme, Paris, Fayard, 2004.

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