La désastreuse nouvelle «collecte» des ordures ménagères en Ardèche

Lettre ouverte à M. Max Thibon, président de la Communauté de communes des Gorges de l’Ardèche, et à beaucoup d’autres édiles...

Monsieur le Président de la Communauté de communes,

Je vous écris en étant certain d’exprimer l’indignation de l’immense majorité de vos électeurs indirects et contribuables, tant les signes de mécontentement à l’encontre de votre gestion de la collecte des ordures ménagères se sont multipliés depuis l’entrée en fonction du nouveau système dont vous avez pris l’initiative. Mais je le fais aussi parce que le fiasco dont vous portez la responsabilité politique est emblématique de toutes les bêtises, de tous les gaspillages, de toutes les atteintes à l’environnement qui sont commis au nom de l’écologie par des édiles soucieux de surfer sur les légitimes inquiétudes de leurs électeurs pour se faire reconduire à bon compte – à bon compte pour eux, mais pas pour les contribuables ni pour Dame Nature. Sur ce plan, votre gestion est aussi calamiteuse que celle de Mme Anne Hidalgo, la mairesse de Paris, dont l’esbroufe verte n’a d’égale que la vôtre.

Pourquoi ce courroux de vos électeurs et contribuables ? Jusqu’à présent, le ramassage des poubelles s’effectuait au porte à porte, et était financé par la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) qui apparaissait sur les avis de taxe foncière, et dont s’acquittaient les seuls propriétaires (dont je suis). Etaient en outre à la disposition du public des conteneurs collectifs destinés au verre, aux cartons, aux journaux, etc.

Vous avez décidé de supprimer ce système de collecte au porte à porte, qui sans doute aurait pu être amélioré, notamment en matière d’efficacité du tri, et de le remplacer par des points de collecte, cyniquement qualifiés « d’apport volontaire », dispersés sur le territoire de chaque commune, auxquels doivent désormais se rendre les usagers, sous prétexte d’ « optimisation » de la collecte. L’accès aux bacs destinés aux ordures ménagères nécessite une carte magnétique nominative, les autres conteneurs restant en accès libre. Ce nouveau système s’est immédiatement révélé inopérant, complètement inadapté aux besoins réels de la population, disgracieux, en même temps qu’extraordinairement coûteux et attentatoire à l’environnement et à la santé publique. Ainsi, dès juillet, le bulletin d’informations municipales de Chauzon, le Tchaouvel, faisait état « de sérieux dysfonctionnements qui ont généré un fort mécontentement général », de « débuts chaotiques », d’une « situation désastreuse » nécessitant des « mesures d’urgence ». La colère n’est pas moindre dans les autres communes, et il se dit que des actes d’incivilité se sont multipliés, y compris à l’égard de certains élus dans la propriété desquels ont été jetés des sacs d’ordure. Pour condamnable qu’elle soit dans ses excès, cette exaspération se comprend aisément. 

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1. Les nouveaux équipements ne fonctionnent tout simplement pas de manière satisfaisante. A Chauzon, les bacs à carte magnétique ont été en panne à peu près tout l’été. Ils ne peuvent accueillir que des sacs de trente litres, ce qui contraint l’usager à de fréquentes rotations. Les conteneurs destinés aux emballages, carton et papier sont équipés de trappes trop petites, qui nécessitent que l’on jette les déchets pièce par pièce, et qui sont brûlantes à partir de 11h du matin quand elles sont métalliques et exposées au soleil, au point de rendre inutilisables lesdits bacs. Comme chacun le sait, il est indispensable de faciliter la tâche des gens si l’on espère d’eux un minimum de civisme environnemental. Vous avez tout fait pour leur compliquer la vie quotidienne en leur imposant de se déplacer à des « points d’apport volontaire », comme vous les nommez dans la novlangue technocratique que vous avez achetée, en même temps que ce matériel dysfonctionnel. C’est ce que l’on appelle l’écologie punitive.

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2. Outre que ce système est malcommode et trop fréquemment en panne, il empêche deux segments très importants de la population de l’utiliser. D’une part, les personnes âgées ou handicapées, qui sont malheureusement très nombreuses dans votre Communauté de communes, et ne peuvent se rendre aux « points d’apport volontaire ». D’autre part, les touristes n’ont pas accès aux bacs d’ordures ménagères qui nécessitent une carte magnétique, alors même que la Communauté de communes est une zone de tourisme de masse. Vous avez fait preuve, en l’occurrence, d’une incurie accablante, dont le coût environnemental est déjà patent : faute de pouvoir bénéficier d’un système de collecte des ordures, ces usagers jettent les leurs dans la nature et renouent avec la situation que nous connaissions il y a quelques décennies.

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3. La Communauté de communes se pique de la beauté de ses paysages et de ses villages. Vous l’avez transformée en zone périurbaine, chaque entrée de village étant désormais flanquée de ces horribles conteneurs aux couleurs criardes, ornés de slogans imbéciles et infantilisants – « Je réduis, donc je suis. Repensons nos déchets ! » –, et entourés de sacs poubelle que les usagers n’ont pu y mettre. L’effet est parfois franchement comique quand votre installation défigure des « villages de caractère » comme Labaume ou Balazuc, ou quand on relit les propos emphatiques de votre lettre du 29 janvier 2019 : « C’est pourquoi des points équipés de bacs de grand volume sont installés afin de répondre aux attentes de tous les usagers (particuliers, professionnels, touristes…) en termes de propreté urbaine (sic) pour notre territoire connu pour sa nature, ses sites remarquables, et sa grotte classée au patrimoine mondial de l’UNESCO ». 

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4. Du point de vue environnemental, votre aménagement est un non sens, pire, une faute que l’on est tenté de qualifier de criminelle à l’issue de l’été caniculaire que nous avons subi et qui révèle à tout un chacun la gravité du réchauffement climatique. Vous avez envoyé au rebut des centaines de containers qui faisaient fort bien l’affaire. Le nouveau système a supposé le goudronnage des surfaces destinées aux « points d’apport volontaire » pour que les camions y aient accès. La société de ramassage Plancher a dû changer son parc de véhicules. Le système est informatisé, et donc énergivore. Chacun des nouveaux conteneurs, énorme, vaut son pesant de carbone. Et l’usager doit prendre sa voiture individuelle pour aller déposer ses sacs de trente litres. 

5. Sur le plan de la santé publique, votre système est tout aussi catastrophique. Les « points d’apport volontaire » ont été pendant tout l’été des décharges à ciel ouvert, dangereuses pour le voisinage, pour le personnel de ramassage et pour le personnel municipal qui s’est vu contraint de pallier les graves déficiences de votre système, ainsi que pour les usagers eux-mêmes. En outre, les nouveaux camions de ramassage sont très bruyants, soumettent les maisons avoisinantes au « bip-bip » de leur marche arrière et au bruit de l’enlèvement des conteneurs, sont disproportionnés par rapport à la largeur des routes – ce qui multiplie d’autant plus les risques d’accident que leurs chauffeurs, sans doute astreints à des obligations de rendement ou aux conséquences du désordre ambiant, prennent de grandes libertés avec les règles de la sécurité routière.

6. Enfin, le nouvel aménagement se traduit par un racket financier. Le coût de l’équipement est tel – 3 400 € par bac à cartes magnétiques, 1 700 € pour les autres, un investissement de plus de trois millions d’euros, dit-on, en l’absence de toute information claire sur le site de « l’Interco » – que la redevance forfaitaire, fixée cette année dans une fourchette allant de 156 € à 199 €, suivant le statut de l’habitation et le nombre de ses habitants, fait exploser le montant des impôts locaux de fait – et ce même si vous assurez que la « redevance incitative n’est pas un impôt, c’est une facture ». Dans mon cas personnel, ma taxe foncière pour l’année 2018, comprenant donc la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, s’élevait à 197 €, dont 28 € de taxe ordure ménagère. En 2019, ma seule redevance non plus d’enlèvement, mais de dépôt, à mes frais de carburant, de mes ordures ménagères dans un « point d’apport volontaire » ( !), s’élève à 199 €, auxquels s’ajoutera naturellement la taxe foncière, dont je ne connais pas encore le montant, mais qui devrait être d’environ 150 € si je déduis les 28 € de TEOM. Je me permets de répéter, car la progression dépasse l’imagination : mes frais d’enlèvement d’ordures ménagères sont passés de 28 € à 199 € par an, auxquels s’ajoutent mes frais de carburant – ma maison est située à 2 km du premier point de collecte – alors même que le nouveau système ne m’a pas permis d’y déposer mes déchets de manière décente et normale. Je pourrais fort bien accepter une augmentation de mes impôts locaux si celle-ci se traduisait par une réelle amélioration du système de collecte et de tri des ordures, mais nullement pour le financement d’une gabegie pareille.

La triste réalité, Monsieur le Président, est que vous avez acheté, avec l’argent du contribuable, un système coûteux, inadapté et inopérant, sur la foi de moult rapports de bureaux d’étude dont l’arrogance à l’encontre du personnel municipal, lors de leurs visites de terrain, était prémonitoire du désastre. Et vous avez transformé la population de la Communauté de communes en une population de contrevenants malgré eux (article 7 de votre guide pratique, « sanctions ») en leur imposant des règles dont l‘observance est impossible du fait même de l’inadéquation de l’équipement que vous avez choisi.

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Devant un tel fiasco, qui effare toute la Communauté de communes, la dignité politique voudrait que vous démissionniez. Vous n’en ferez sans doute rien car les règles de la décence démocratique se sont beaucoup dégradées. Mais j’en appelle à l’électorat pour qu’il vous congédie en mars et pour qu’une nouvelle équipe intercommunale essaie de réparer ce qui peut encore l’être.

En attendant, ma dignité de contribuable et de citoyen m’ordonne de ne pas payer une redevance indue, dès lors qu’elle ne correspond pas au service au nom duquel elle est réclamée. Vous dites vous-même, dans votre guide pratique, que « la redevance n’est pas un impôt, c’est une facture ». Eh bien, je n’ai pas l’habitude de m’acquitter de factures de services promis, mais non rendus. J’imagine que nombre d’usagers mécontents feront de même, à juste titre.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression des salutations qui vous sont dues – et à tous les autres présidents de Communautés de commune que tenteraient les sirènes des lobbies de l’industrie de l’ordure ménagère, à bon entendeur salut !

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