Lettre ouverte au président Erdoğan

Nous sommes fondateurs et membres d’une société savante européenne qui comprend, depuis sa naissance, des collègues turcs, car nous sommes persuadés que votre pays fait partie, culturellement et politiquement, de notre continent. C’est au nom de cette certitude que nous vous faisons part de notre consternation et de notre incompréhension à la suite de l’arrestation d’Osman Kavala, et de la manière dont vous l’avez publiquement mis en cause.

Paris, le 28 octobre 2017

Monsieur le Président de la République,

 Nous sommes fondateurs et membres d’une société savante européenne qui comprend, depuis sa naissance, des collègues turcs, car nous sommes persuadés que votre pays fait partie, culturellement et politiquement, de notre continent. C’est au nom de cette certitude que nous vous faisons part de notre consternation et de notre incompréhension à la suite de l’arrestation d’Osman Kavala, et de la manière dont vous l’avez publiquement mis en cause.

Les accusations dont il fait l’objet n’ont aucune vraisemblance et ne convaincront aucune personne un tant soit peu informée de ses activités. De toute évidence, elles sont le fruit d’un montage, d’une manipulation, dont vous devenez vous-même la victime. Osman Kavala est un homme de culture et de paix. Son engagement civique n’a d’autre sens, et lui prêter des accointances avec des putschistes ou des terroristes ferait sourire s’il ne s’agissait de la liberté d’un individu et de l’idéal qu’il incarne, de par son action.

Vous êtes, Monsieur le Président, musulman. Certains des signataires de cette lettre le sont également, ou portent en eux une foi autre ou d’autres convictions. Mais, par-delà nos différences, nous adhérons tous à l’impératif de la justice. Or, c’est une grande injustice qui s’est enclenchée ce 18 octobre. Nous vous demandons de reconsidérer le cas d’Osman Kavala pour éviter qu’une erreur policière ne devienne une erreur judiciaire. Nous vous demandons que liberté soit rendue à Osman Kavala, dans les plus brefs délais, pour qu’il puisse continuer à servir son pays, le dialogue que celui-ci entretient avec ses voisins européens ou caucasiens, et la cause de la paix civile à laquelle nous sommes tous dévoués. 

Nous sommes quant à nous trop attachés à la place de la Turquie au sein de l’Europe pour ne pas nous inquiéter du tort irréparable que cette iniquité ferait porter à celle-ci, si elle devait perdurer.

En vous remerciant par avance de l’attention que vous accorderez à notre démarche, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

 

Jean-François Bayart

Président du Réseau européen d’analyse des sociétés politiques

www.fasopo.org

Signataires :


Fariba Adelkhah (Paris),

Richard Banégas (Paris),

Roberto Beneduce (Turin),
Filip de Boeck (Louvain),
Irene Bono (Turin),
Florence Brisset-Foucault (Paris),

Armando Cutolo (Sienne),
Andreas Eckert (Berlin),
Peter Geschiere (Amsterdam),
Miroc Goepfert (Constance),

Thornike Gordadze (Paris),

Gabriella Gribaudi (Naples),
Sten Hagberg (Upsalla),

Béatrice Hibou (Paris),

Alessandro Jedlowski (Liège),

Antoine Kernen (Lausanne),
Michal Kozlowski (Varsovie),
Denis Lacorne (Paris),
Giovanni Levi (Venise),
John Lonsdale (Cambridge),
Roland Marchal (Paris),

Alfio Mastropaolo (Turin),
Françoise Mengin (Paris),
Eric Morier-Genoud (Belfast),
Didier Péclard (Genève),
Isabel Raposo (Lisbonne),
Jean-Louis Rocca (Paris),
Boris Samuel (Rabat & Paris),
Ramon Sarro (Oxford),
Klaus Schlichte (Brême),

Ricardo Soares de Oliveira (Oxford),

Simona Taliani (Turin),
Bruno Théret (Paris),

Mohamed Tozy (Casablanca & Aix)

 

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