Jean-François Bayart
Professeur au Graduate Institute (Genève), titulaire de la chaire Yves Oltramare «Religion et politique dans le monde contemporain».
Abonné·e de Mediapart

101 Billets

1 Éditions

Billet de blog 30 oct. 2017

Lettre ouverte au président Erdoğan

Nous sommes fondateurs et membres d’une société savante européenne qui comprend, depuis sa naissance, des collègues turcs, car nous sommes persuadés que votre pays fait partie, culturellement et politiquement, de notre continent. C’est au nom de cette certitude que nous vous faisons part de notre consternation et de notre incompréhension à la suite de l’arrestation d’Osman Kavala, et de la manière dont vous l’avez publiquement mis en cause.

Jean-François Bayart
Professeur au Graduate Institute (Genève), titulaire de la chaire Yves Oltramare «Religion et politique dans le monde contemporain».
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Paris, le 28 octobre 2017

Monsieur le Président de la République,

 Nous sommes fondateurs et membres d’une société savante européenne qui comprend, depuis sa naissance, des collègues turcs, car nous sommes persuadés que votre pays fait partie, culturellement et politiquement, de notre continent. C’est au nom de cette certitude que nous vous faisons part de notre consternation et de notre incompréhension à la suite de l’arrestation d’Osman Kavala, et de la manière dont vous l’avez publiquement mis en cause.

Les accusations dont il fait l’objet n’ont aucune vraisemblance et ne convaincront aucune personne un tant soit peu informée de ses activités. De toute évidence, elles sont le fruit d’un montage, d’une manipulation, dont vous devenez vous-même la victime. Osman Kavala est un homme de culture et de paix. Son engagement civique n’a d’autre sens, et lui prêter des accointances avec des putschistes ou des terroristes ferait sourire s’il ne s’agissait de la liberté d’un individu et de l’idéal qu’il incarne, de par son action.

Vous êtes, Monsieur le Président, musulman. Certains des signataires de cette lettre le sont également, ou portent en eux une foi autre ou d’autres convictions. Mais, par-delà nos différences, nous adhérons tous à l’impératif de la justice. Or, c’est une grande injustice qui s’est enclenchée ce 18 octobre. Nous vous demandons de reconsidérer le cas d’Osman Kavala pour éviter qu’une erreur policière ne devienne une erreur judiciaire. Nous vous demandons que liberté soit rendue à Osman Kavala, dans les plus brefs délais, pour qu’il puisse continuer à servir son pays, le dialogue que celui-ci entretient avec ses voisins européens ou caucasiens, et la cause de la paix civile à laquelle nous sommes tous dévoués. 

Nous sommes quant à nous trop attachés à la place de la Turquie au sein de l’Europe pour ne pas nous inquiéter du tort irréparable que cette iniquité ferait porter à celle-ci, si elle devait perdurer.

En vous remerciant par avance de l’attention que vous accorderez à notre démarche, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Jean-François Bayart

Président du Réseau européen d’analyse des sociétés politiques

www.fasopo.org

Signataires :


Fariba Adelkhah (Paris),

Richard Banégas (Paris),

Roberto Beneduce (Turin),
Filip de Boeck (Louvain),
Irene Bono (Turin),
Florence Brisset-Foucault (Paris),

Armando Cutolo (Sienne),
Andreas Eckert (Berlin),
Peter Geschiere (Amsterdam),
Miroc Goepfert (Constance),

Thornike Gordadze (Paris),

Gabriella Gribaudi (Naples),
Sten Hagberg (Upsalla),

Béatrice Hibou (Paris),

Alessandro Jedlowski (Liège),

Antoine Kernen (Lausanne),
Michal Kozlowski (Varsovie),
Denis Lacorne (Paris),
Giovanni Levi (Venise),
John Lonsdale (Cambridge),
Roland Marchal (Paris),

Alfio Mastropaolo (Turin),
Françoise Mengin (Paris),
Eric Morier-Genoud (Belfast),
Didier Péclard (Genève),
Isabel Raposo (Lisbonne),
Jean-Louis Rocca (Paris),
Boris Samuel (Rabat & Paris),
Ramon Sarro (Oxford),
Klaus Schlichte (Brême),

Ricardo Soares de Oliveira (Oxford),

Simona Taliani (Turin),
Bruno Théret (Paris),

Mohamed Tozy (Casablanca & Aix)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Covid long : ces patientes en quête de solutions extrêmes à l’étranger
Le désespoir des oubliées du Covid-19, ces Françaises souffrant de symptômes prolongés, les pousse à franchir la frontière pour tester des thérapies très coûteuses et hasardeuses. Dans l’impasse, Frédérique, 46 ans, a même opté pour le suicide assisté en Suisse, selon les informations de Mediapart.
par Rozenn Le Saint
Journal — Extrême droite
L’extrême droite et ses complicités tacites
Au lendemain de l’agression de journalistes et de militants antiracistes au meeting d’Éric Zemmour, les rares condamnations politiques ont brillé par leur mollesse et leur relativisme. Au pouvoir comme dans l’opposition, certains ne luttent plus contre l’extrême droite : ils composent avec elle.
par Ellen Salvi
Journal
Sylia (SOS Racisme) : « On n’avait pas anticipé la violence de la réaction de la salle »
Ce soir, retour sur le meeting d’Éric Zemmour à Villepinte avec notre reportage et notre invitée, Sylia, militante de SOS Racisme. De la violence dehors, de la violence dedans, et de nouvelles preuves que le candidat de l’extrême droite est bien, aussi, le candidat de l’ultradroite. Retour également sur les enquêtes « Congo hold-up » avec nos journalistes, Justine Brabant et Yann Philippin.
par à l’air libre
Journal — Social
La souffrance à tous les rayons
Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre ouverte du peuple kanak au peuple de France
Signé par tous les partis indépendantistes, le comité stratégique indépendantiste de non-participation, l’USTKE et le sénat coutumier, le document publié hier soir fustige le gouvernement français pour son choix de maintenir la troisième consultation au 12 décembre.
par Jean-Marc B
Billet de blog
1er décembre 1984 -1er décembre 2021 : un retour en arrière
Il y a 37 ans, le drapeau Kanaky, symbole du peuple kanak et de sa lutte, était levé par Jean-Marie Tjibaou pour la première fois avec la constitution du gouvernement provisoire du FLNKS. Aujourd'hui, par l'entêtement du gouvernement français, un référendum sans le peuple premier et les indépendantistes va se tenir le 12 décembre…
par Aisdpk Kanaky
Billet de blog
Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky - Nouvelle Calédonie ?
Dans quelques jours aura lieu, malgré la non-participation du peuple kanak, de la plupart des membres des autres communautés océaniennes et même d'une partie des caldoches. le référendum de sortie des accords de Nouméa. Autant dire que ce référendum n'a aucun sens et qu'il sera nul et non avenu.
par alaincastan
Billet de blog
Lettre ouverte à Sébastien Lecornu, Ministre des Outre mer
La Nouvelle-Calédonie connaît depuis le 6 septembre une dissémination très rapide du virus qui a provoqué, à ce jour, plus de 270 décès dont une majorité océanienne et en particulier kanak. Dans ce contexte le FLNKS demande le report de la consultation référendaire sur l'accession à la pleine souveraineté, fixée par le gouvernement au 12 décembre 2021.
par ISABELLE MERLE