A propos du confinement et de ses supposées vertus

Au moment où nos médias semblent ne pas pouvoir se lasser de prédire une "deuxième vague".... je propose la lecture d'une partie de l'épilogue de l'ouvrage de Jean-Dominique MICHEL, Covid-19. Anatomie d’une crise

Le 18 mars, j’écrivais que : « confiner l’ensemble de la population sans dépister et sans traiter » était « digne du traitement des épidémies des siècles passés ». Le 22 avril, alors que les premiers bilans commençaient à être tirés, le Pr Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’université de Paris, médecin à Hôtel-Dieu, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport et ancien président des États Généraux de la Prévention, sortit un article dans La recherche remettant en cause l’utilité du confinement. Il soulignait que les pays européens qui n’avaient pas adopté la voie du confinement généralisé montraient une évolution épidémique similaire, avec de surcroît des taux de mortalité moindres. À la même période, la première étude portant sur l’efficacité des mesures non pharmaceutiques sur la diffusion de l’épidémie était publiée, apportant un verdict embarrassant. De toutes les mesures tentées dans les différents pays, le confinement montrait un impact possible de 5 % au plus, avec un intervalle de confiance équivalent. Soit potentiellement nul ! À l’inverse, l’évaluation de ses conséquences délétères à long terme (pertes d’espérance de vie) confirmait qu’elles seraient plus lourdes que ses hypothétiques bénéfices. Début mai, un échange de courriels avec Peter Gotzsche attira mon attention sur des études déjà anciennes réalisées en Guinée-Bissau. Elles avaient montré que le confinement de personnes atteintes de rougeole (maladie très contagieuse) entraînait un taux de létalité chez leurs proches, infectés à leur contact, quatre fois supérieur au leur. En d’autres termes, une personne confinée à proximité d’un individu contagieux se surinfecte d’une manière ingérable pour son système immunitaire ! Une étude sur 60 000 personnes en Espagne révéla le même phénomène : les travailleurs exerçant une profession essentielle et qui ont continué à sortir ont été moins contaminés par le Covid-19 que ceux confinés. Ce qui devait prévenir l’engorgement des hôpitaux aura donc entraîné, en différé, un lourd flot de patients en état critique, surinfectés à domicile… Pourtant, le 11 mai, le ministre de la Santé français continuait à dire tout le mal qu’il pensait du déconfinement prévu le lendemain.

Michel, Jean-Dominique. Covid-19. Anatomie d’une crise (French Edition) . Humensis. Édition du Kindle.

https://www.larecherche.fr/covid-19-coronavirus-epid%C3%A9miologie/sortir-dun-confinement-aveugle

 

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