Pour une politique écologique en matière de transport et de production d'énergie

Propos d'un riverain inquiet de l'impuissance organisée des politiques à agir résolument sur l'organisation des transports de marchandise et de production d'énergie.

J’assiste comme citoyen ordinaire à la lutte entre climato-sceptiques (alt-lib), collapsologues et réalistes, celles et ceux protégeant un modèle de développement en lui apportant quelques corrections à la marge. L’émission de France culture, « Entendez-vous l’éco » a permis à Jacques Mistral de défendre l'idée absurde et dérisoire selon laquelle seule une politique du prix carbone serait susceptible de réduire les émissions de CO2.

Riverain de l’A7, je compte régulièrement le nombre de camions qui passent sur le pont de la Drôme : 20 à 25 à la minute soit sur une journée (en prenant le seul créneau de 7h à 21h), 1200 à 1500 à l’heure et 16800 à 21000 la journée (Illustration par une enquête de 2001, données de 2016)

Dans le même temps, je n’ose pas décrire l’état du fret ferroviaire ni celui du transport fluvial : deux lignes de fret existent dans le secteur et le Rhône n’a de voie navigable que le nom.

Je n’ignore pas le poids économique du transport routier. La Drôme compte plusieurs acteurs logistiques importants sur son territoire. Des entrepôts continuent à sortir de terre.

Le courage en politique semble aujourd’hui se résumer à la disposition à fragiliser les citoyens, actifs, chômeurs, retraités, dépendants.

Le courage politique ne semble pas être en mesure de détourner ses passions tristes, économes et déprimantes sur le secteur du transport routier.

Il ne semble pas non plus être en capacité d'inquiéter le secteur de la production d'énergie d'origine nucléaire, principal employeur de la région et la capacité de ses centrales à résister à toutes les menaces, sismiques par exemple ; la principale d’entre elle procédant du recours à la sous-traitance pour l’entretien d’équipements promis à un demi-siècle rénové.

La fin du nucléaire n’est pas pour demain sauf accident : à éviter malgré les fameuses pastilles d’iode.

La fin du transport routier sur l’A7, le développement du fret et du transport fluvial non plus, qu’elles que soient les conséquences environnementales d’une noria de poids lourds que l’on retrouve sur tous les grands axes de circulation y compris les routes parallèles et/ou sans péage.

Le destin funeste de la taxe poids lourd et ses portiques (coût pour la collectivité de près de 1 Md d’€) illustre bien l’impuissance du politique lorsqu’il s’agit de contrarier des intérêts économiques puissants capables de mobiliser des groupes sociaux dépendants (salariés, sous-traitants).

La fin de la logistique et celle du nucléaire dans la Drôme et dans l’Ardèche serait synonyme de désastre économique si elle devait intervenir dans un contexte d’urgence. Celle du transport routier longue distance, à l’échelle nationale et européenne produirait les effets d’un choc économique majeur faute d’anticipation et de transition.

Le rôle de l’Etat, celui de l’Europe doit consister à intensifier cette fameuse transition écologique dont je ne verrai pas la fin au rythme que les pouvoirs économiques incités par les pouvoirs politiques impriment à la démarche.

La loi est capable de détricoter le filet de sécurité social et économique des citoyens de ce pays, de précariser, d’apporter de l’eau au moulin de forces politiques dangereuses pour la démocratie.

Que nos législateurs et légistes emploient leur énergie à produire des lois contraignantes, obligeant au changement de pratiques en matière de transport de marchandise comme dans celui de la production énergétique.

Pourquoi un plan sur dix ans ne serait pas possible ? Un plan prévoyant la reconversion des salariés du secteur du transport et de ceux du nucléaire, le développement des filières de production énergétique économes en CO2, moins dangereuses pour les salariés et la population que le nucléaire.

Dans deux ans nous aurons l’occasion de voter à nouveau pour une présidentielle dont il me semble être de la responsabilité des citoyens de définir le programme.

Il ne convient pas de laisser les appareils politiques de l’ancien comme du nouveau monde, leur « think-tank » et lobbies déterminer les conditions dans lesquelles nous serions alors amenés à subir individuellement et collectivement, ce qui s’annonce comme un véritable changement de monde et pas simplement de mode de vie.

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