Ni responsable ni coupable

Tout le monde se souvient parmi les plus anciens d'entre nous du "responsable"... "pas coupable" de Georgina Dufoix. C'est de déni de toute responsabilité qu'il est désormais question au "sommet" de l'état. D'aveu de responsabilité, il n'est et ne sera probablement pas question. Pendant que la France compte ses morts (évitables), le pouvoir regarde plus loin. Ni responsable, ni coupable.

« Je me sens profondément responsable; pour autant, je ne me sens pas coupable, parce que vraiment, à l’époque, on a pris des décisions dans un certain contexte, qui étaient pour nous des décisions qui nous paraissaient justes. ».

Voilà pour la phrase prononcée par la ministre en charge de la santé en 1985.

Autre temps, autres mœurs dans un contexte en passe de devenir franchement dramatique. Le pouvoir politique persiste à dénier toute responsabilité dans ce qui lui échappe et qu'il semble avoir la volonté de rattraper en installant les français dans une sorte de sidération anxieuse où le temps se trouve suspendu.

Le confinement vient suspendre le temps social, suspendre le temps politique. La sidération anesthésiant les corps et les esprits traversés par l'angoisse, l'échauffement et la colère. Après quelques semaines, les confinés, bien déprimés, pourront retrouver avec soulagement leur vie habituelle, préférant l'oubli à la révolte.  Renforçant sous couvert de  mesures préventives de "distanciation sociale", son contrôle technologique sur la société et les citoyens, le pouvoir en place pourra reprendre sa grande marche néo-libérale.

Là où "celui qui n'est rien" est présumé responsable de son sort, ceux qui disposent du pouvoir exécutif  ignorent le jugement en responsabilité lorsqu'ils ne l'estiment pas illégitime. Ils ne seront donc pas à l'issue de cette bien triste période, responsable du chaos sanitaire, responsable du choc économique et du trou noir financier qui s'annoncent.

Peut-être estiment t-ils possible de maintenir leur emprise violente sur le corps social en organisant une sortie de crise adaptée aux circonstances. Des mesures de privation de liberté collective et individuelles à manifester ou remettre en question le pouvoir en place lui permettraient d'exprimer sous une forme nouvelle son goût si particulier pour la violence adressée au peuple, violence symbolique et physique avant, peut-être de prendre une forme plus politique.

Si Emmanuel Macron a été en mesure de mener à bien l'essentiel de ses projets politiques, c'est en brutalisant et torturant le corps social, en opposant au besoin de financement du système de santé, son devoir de préserver les générations futures de la dette publique : "Il n'y a pas d'argent magique, Madame", sa mission de libération des forces vives de la "start up nation" en vidant de l'essentiel de leurs effets, les protections juridiques, sociales et économiques devenues obsolètes et contre-productives.

Terrible et dernier épisode en date de l'instant Macron, cette épidémie devenue pandémie qui transforme le temps saccadé de la politique, temps du spectacle par excellence en un temps sans histoire ni perspective. Le temps de l'irresponsable ignore le passé et est indifférent à l'avenir. Seul le préoccupe le présent dont il s'évertue à neutraliser la mémoire et pétrifier l'espoir jusqu'à lui imposer son propre récit. 

Gageons que notre exécutif saura imposer son "storytelling" lorsque viendra le temps de ce qu'il organisera comme un moment de libération nationale et de communion sous l'autorité d'un projet politique qu'il s'interdira, solennellement de modifier, fidèle à l'engagement qui aura été le sien, l'élu de 2017, de changer la France pour la rendre plus forte.

Il ne lui reste plus qu'à réécrire l'histoire...

 

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