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Billet de blog 6 juin 2024

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Dans la guerre économique USA-Chine, c’est l’Europe qui perd !

Cela fait plusieurs années que la confrontation avec la Chine est une des priorités de tous les dirigeants américains. C’est vrai sur le plan économique et commercial, sur le plan diplomatique et géopolitique, et même sur le plan militaire. Si ce sont surtout les tensions au sujet de Taïwan qui ont fait l’actualité, la guerre économique, quant à elle, est engagée depuis le mandat Obama.

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Illustration 1

Cela fait plusieurs années que la confrontation avec la Chine est une des priorités de tous les dirigeants américains.

C’est vrai sur le plan économique et commercial, sur le plan diplomatique et géopolitique, et même sur le plan militaire.
Si ce sont surtout les tensions au sujet de Taïwan qui ont fait l’actualité récemment, la guerre économique, quant à elle, est engagée depuis le mandat Obama.

L’arme traditionnelle des administrations américaines dans la stratégie protectionniste qu’elles développent encore plus aujourd’hui contre la Chine, c’est l’utilisation des droits de douane, ciblés contre les produits chinois les plus concurrentiels vis-à-vis des produits US : véhicules électriques, batteries, panneaux solaires, aluminium, acier, …, en complément des barrières tarifaires déjà établies depuis 2018.

Si l’Europe est moins concernée par ces pratiques qui sont évidemment contraires aux principes du libre-échange, elle l’est malgré tout également.

Biden, quant à lui, a « enrichi » la panoplie de la stratégie protectionniste des USA, notamment par l’adoption en 2022 de l’IRA (Inflation Reduction Act).
Cette loi instaure le principe d’une contrepartie à l’octroi d’aides et de subventions, tant pour les entreprise que pour les ménages, : les biens dont l’acquisition est subventionnée ou aidée doivent obligatoirement avoir été produits localement aux USA et/ou avoir été produits à partir de biens d’origine locale US.
Ces obligations sont évidemment en contradiction avec les règles concurrentielles, y compris celles édictées dans les traités internationaux ou bilatéraux.

Mais qui oserait s’affranchir vraiment du diktat étatsunien ?
Certainement pas l’Europe en tout cas, qui est tout autant concernée que la Chine…

La Chine, quant à elle, ne s’en laisse pas conter et réagit.

Tout d’abord, pour contourner les tarifs douaniers qui la pénalisent plus que d’autres, elle a multiplié les installations de sites de production de biens destinés au marché américain dans des pays qui permettent de contourner les droits de douane, essentiellement le Vietnam et le Mexique, lequel bénéficie de sa participation à l’Alena, l’accord de libre-échange nord-américain USA-Canada-Mexique).
Il s’agit en réalité plutôt de la délocalisation des dernières étapes de la production, constituant des plateformes d’assemblage plutôt que de véritables sites de production.

Trois évolutions permettent d’illustrer cette stratégie chinoise.
- la croissance des investissements directs des entreprises chinoises dans ces deux  pays
- l’augmentation des exportations chinoises de marchandises vers le Mexique et le Vietnam
- la place de plus en plus importantes prise par les produits mexicains et vietnamiens dans les importations US

Illustration 2

Dans cette guerre de mouvement, les industriels chinois se déploient vers d’autres marchés pour écouler les produits devenus impossible à vendre aux USA compte tenu notamment de l’IRA.
Grace aux prix compétitifs qu’ils peuvent pratiquer, ils le font avec un certain succès avec la Russie et leurs partenaires du BRICS élargi, ainsi qu’en Afrique.
Mais également avec les pays européens, où les importations en provenance de la Chine dépassent aujourd’hui le niveau atteint avant la crise du Covid.

Cela crée évidemment des tensions sur certaines filières industrielles européennes, notamment celles qui sont concernées par la transition énergétique.

Mais les menaces les plus importantes sur l’industrie européenne viennent de la politique de réindustrialisation américaine suscité par l’IRA, puisque celle-ci vise à attirer aux UA des investissements directs étrangers, et donc européens.

A cela s’ajoute le coût de l’énergie qui pénalise gravement l’Europe par rapport aux USA.

Entre l’assèchement prévisible des investissements et le différentiel du cout de l’énergie, on constate que de nombreuses grandes entreprises industrielles envisagent déjà de délocaliser leur production notamment en Amérique.
Avec les conséquences possibles de voir disparaitre des capacités productives.

Plus que la Chine, c’est l’Europe qui risque d’être la victime de ce nouveau protectionnisme étatsunien.
Victime naïve ? ou consentante ?

En tout cas, ceux qui, dans les instances européennes et ailleurs, prétendent qu’il faut d’urgence et en priorité se mobiliser contre la menace chinoise feraient bien d’ouvrir un peu plus les yeux.

Illustration 3

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