Depuis que le risque de voir les partis d’extrême droite devenir majoritaires à l’Assemblée nationale est devenu possible, il n’est questionque de leur « faire barrage ».
Cela est certes indispensable, mais est-ce suffisant à long terme ?
Poser la question, c’est y répondre ! Mais que faire ? et comment ? pour que cette situation périlleuse pour la démocratie ne se représente plus à l’avenir.
La peste brune est le surnom donné au nazisme par analogie à la couleur des chemises des membres de la milice du Parti national-socialiste (NSDAP = NAZI), les sections d’assaut (SA).
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Cette expression compare à juste titre le nazisme à une maladie contagieuse et infectieuse.
Elle a été notamment employée par l’écrivain révolutionnaire Daniel Guérin, théoricien du communisme libertaire, par le titre du livre témoignage qu’il écrivit après son voyage à bicyclette au cœur de l’Allemagne hitlérienne en 1933 (document édité en 1936 après avoir été publié par fascicules dès 1933 dans le journal Le Populaire, quotidien de la SFIO).
L'importance, et les conséquences possibles de la nomination d'Hitler comme chancelier du Reich le 30 janvier 1933, alors même que le parti nazi n’était pas majoritaire au Bundestag, furent mal évaluées, y compris dans les rangs de la gauche française.
Léon Blum lui-même, quelques mois auparavant, prédisait qu’Hitler ne parviendrait jamais au pouvoir en Allemagne.
Les indications transmises par Guérin ne réussirent pas non plus à le convaincre, comme président du conseil du Front populaire, de porter assistance à la jeune République espagnole face à la rébellion armée de Franco alors que celle-ci bénéficiait ouvertement du soutien d’Hitler et de Mussolini.
La victoire électorale du Front Populaire en 1936 fut acquise grâce à une réaction unitaire de la gauche et des syndicats face aux entreprises factieuses de l’extrême droite.
Mais elle ne constitua qu’un rempart précaire, emporté dès 1938 par la conjonction de tous ceux qui préféraient Hitler au Front populaire, prémices de la collaboration vichyste et de l’installation de partis fascistes en France et de la milice associée à la Gestapo.
Personne ne peut penser sérieusement qu’un barrage ne puisse pas se rompre un jour sous l’effet de la poussée des eaux qu’il est censé retenir, ou de ses propres faiblesses de construction.
ET s’il vient par malheur à se rompre, les effets sont désastreux, voire irréversibles, pour le barrage lui-même, et surtout sur les régions qu’il protège ou qu’il alimente en énergie.
C’est pourquoi il est indispensable de prendre d’autres mesures que la seule édification d’un barrage pour écarter durablement les menaces que la peste fait peser sur la démocratie et le République.
Nous pouvons d’ores et déjà en citer trois qui paraissent essentielles.
Tout d’abord, éviter la création de fissures dans le barrage en combattant les tentatives de division qu’elles viennent de l’intérieur ou de l’extérieur, et consolider constamment l’union de toutes les forces qui l’ont constitué, politiques, syndicales ou associatives, et en y associant les citoyen.nes qui souhaitent y contribuer.
Ensuite, faire baisser la pression de la lame d’eau sur le barrage en proposant à la société une politique qui réponde aux besoins communs au plus grand nombre, et en cherchant à convaincre celles et ceux qui sont tentés de soutenir électoralement l’extrême-droite d’y renoncer, par la mise en évidence des conséquences funestes de l’arrivée éventuelle au pouvoir de ces partis, que ce soit au plan social, économique ou démocratique.
Enfin, promouvoir une conception humaniste de la société en combattant résolument toute forme de racisme et de discrimination, en développant l’entraide et la coopération, notamment au plan local, pour favoriser la cohésion et l’unité entre les groupes sociaux en conjurant ainsi le risque de fractures au sein du peuple que l’extrême droite cherche à enraciner, pour le plus grand profit de l’oligarchie capitaliste.
Pour l’heure, seule le mouvement de la France insoumise s’est engagé de manière conséquente dans une telle stratégie de long terme.
Je m’honore de l’avoir rejoint dès 2016 et, contrairement à d’autres, d’être resté fidèle à cet engagement, malgré les difficultés de toutes sortes rencontrées depuis.
Il y en aura certainement d’autres, mais qui propose un autre chemin qui soit crédible pour changer vraiment la société ?
Et, pour paraphraser Bertolt Brecht, enrayer la résistible ascension de la peste brune ?
Jean-François PIN
6 juillet 2024