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Billet de blog 23 juillet 2025

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FAUT-IL SAUVER LE SOLDAT EUROPE ?

Les gesticulations chaotiques (volontaires ou non) de Trump déstabilisent l’ensemble de la planète, mais elles ont des effets surtout dévastateurs sur l’Union européenne, pour sa cohésion interne comme pour ses relatons extérieures, notamment son voisinage plus ou moins proche. L’UE se trouve ainsi confrontée, dansses rapports avec les USA, au même choix : indépendance ou vassalisation ?

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Les gesticulations chaotiques (volontaires ou non) de Trump déstabilisent l’ensemble de la planète, mais elles ont des effets surtout dévastateurs sur l’Union européenne, pour sa cohésion interne comme pour ses relatons extérieures, notamment son voisinage plus ou moins proche.

L’UE se trouve ainsi confrontée, dans ses rapports avec les USA, à nouveau au même choix : indépendance ou vassalisation ?

Illustration 1

On sait que pendant la guerre froide, les dirigeants occidentaux ont présenté l’idée de la construction européenne comme ayant vocation  par sa puissance économique et culturelle, à équilibrer l’affrontement des deux blocs antagonistes en se présentant comme œuvrant pour la paix, en Europe et au-delà.
Après la chute du Mur de Berlin et le démantèlement de l’URSS, l’élargissement rapide aux anciens pays membres du pacte de Varsovie, a été présenté comme l’affirmation d’une véritable indépendance continentale.

Elle aurait été dès lors susceptible de renouer avec la grandeur passée, lorsque les pays européens, notamment la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne, qui constituaient des empires, dominaient le monde.
Sans oublier que la plupart des nouveaux membres, exprimaient plus ou moins ouvertement leur volonté de revanche sur l’ancien empire russe qui les avaient assujettis pendant plusieurs décennies, d’où leur adhésion très rapide à l’OTAN.

La création de l’Euro était par ailleurs censée garantir l’indépendance économique et financière de l’Europe par rapport au dollar.
On sait qu’il n’en est rien concrètement puisque l’hégémonie du dollar est restée intacte (elle n’est contestée actuellement que par les BRICS et par les pays du Sud Global.

Ainsi, l’existence de l’euro n’a pas empêché l’administration américaine de menacer, et même de condamner lourdement, des entreprises européennes qui avait l’audace de ne pas respecter les sanctions imposées unilatéralement par les USA à l’Iran, la Chine, la Russie ou Cuba.

Illustration 2

Sur tous les plans, les résultats réels sont jusqu’ici très éloignés de ces promesses, notamment en raison des fortes divergences d’orientation existant entre les 27 membres sur des sujets essentiels, ce qui conduit le plus souvent à des « décisions » issues de laborieux marchandages et de compromis boiteux.

Mais ce résultat est surtout le fait de ce qu’on pourrait appeler le « péché originel » de la construction européenne, dans la conception qui était portée par le principal de ses fondateurs en 1960 : le banquier français Jean MONNET.

On oublie trop souvent que celui que François Mitterrand fit entrer au Panthéon en 1988 a été, dès avant la 2ème guerre mondiale, un partisan et un activiste déterminé de l’union transatlantique, et en particulier du projet, en 1940, d’une fusion entre la France et l’Angleterre, dotée d’un parlement et d’un gouvernement commun, censée contrebalancer la puissance de l’Allemagne nazie.

Ce projet ayant avorté malgré le soutien de Churchill, il se mit au service de Roosevelt et n’eut de cesse d’œuvrer à favoriser la place des USA dans la conduite de la guerre en Europe, et surtout de préparer leur leadership dans la préparation de l’après-guerre.

Illustration 3

C’est ainsi notamment que, lors de la constitution du gouvernement provisoire de la France après le débarquement allié en Algérie, pour le général Giraud que Roosevelt voulait faire nommer à la tête de la nouvelle armée de la France Libre pour évincer de Gaulle et amorcer un accord avec une partie du gouvernement de Vichy, notamment l’amiral Darlan, avant que celui-ci soit assassiné par la Résistance intérieure.

Son opposition frontale à De  Gaulle, conformément à la mission qu’il avait reçue de la part de Roosevelt, le conduisit jusqu’à écrire à celui-ci, dans sa note du 5 mai 1943 :
« Il faut se résoudre à conclure que l'entente est impossible avec [le général de Gaulle] ; qu'il est un ennemi du peuple français et de ses libertés ; qu'il est un ennemi de la construction européenne, et qu'en conséquence, il doit être détruit dans l'intérêt des Français, des Alliés et de la paix ; (…) pour cela, il faut que, de son intransigeance actuelle, le monde soit convaincu qu’il ne veut pas l’union ».

La perspective sous-jacente de la « construction européenne » qu’il appelait de ses vœux était clairement d’organiser une sorte de protectorat anglo-américain sur la France libérée, domination qui s’étendrait aux autres pays de l’Europe de l’Ouest ainsi qu’à l’Italie et à une partie de l’Allemagne (périmètre qui fait inévitablement songer à celui du futur traité de Rome !).

Illustration 4

De Gaulle, ayant réussi à faire avorter le complot américain à Alger et ayant compris quelles en étaient les finalités, resta constamment vigilant par la suite, même qu’il accepté le ralliement opportuniste de Monnet à son gouvernement.
Mais cela n’empêcha pas celui-ci de favoriser en sous-main le projet de l’AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories), ce projet américain de gouvernement militaire d’occupation pour une France jugée par Roosevelt incapable de se gouverner seule en raison notamment de l’importance de la résistance intérieure communiste.

On sait notamment que, dans les fourgons de l’armée américaine « libératrice » se trouvaient en masse les billets d’une monnaie destinée à remplacer le franc.

Illustration 5

C’est pourquoi il n’est pas illogique de voir une filiation (non pas dans la forme, mais dans l’esprit) ente ce projet et la construction européenne amorcée après-guerre .

Certes, l’expérience politique de De Gaulle, après son retour au pouvoir en 1958, a permis d’aboutir à une Communauté européenne sans le Royaume Uni (il s’opposa farouchement à son adhésion, en y voyant un cheval de Troie des USA) et associant les 4 pays ayant souffert de l’occupation allemande : la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Italie, à la seule Allemagne de l’Ouest (elle-même étant alors occupée par les armées alliées).

Cette structure permettait à la France de  conserver sa souveraineté, et même sa prééminence, notamment sur le plan militaire et diplomatique (concrétisée par son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, sa force de dissuasion nucléaire et sa sortie du commandement intégré de l’OTAN).
Tout en pouvant bénéficier de la modernisation économique et industrielle qui était la pierre angulaire originelle de la construction européenne.

Illustration 6

Force est de constater que les successeurs du président de Gaulle se sont progressivement éloignés de cette conception, et en premier lieu Georges Pompidou qui œuvra pour l’adhésion du Royaume-Uni, ce qui orienta la Communauté européenne vers une relation privilégiée « de fait » avec les USA  et surtout Nicolas Sarkozy qui décida de réintégrer pleinement le commandement de l’OTAN.

François Mitterrand, quant à lui, prolongea d’une certaine manière la conception gaulliste en matière de défense et de relations internationales.
Comme l’écrivain François Mauriac, admirateur de De Gaulle et prix Nobel de littérature, il aimait tellement l’Allemagne qu’il préférait lui aussi qu’il y en ait deux.

Illustration 7

Il ne put cependant que se résoudre, après la réunification allemande à laquelle il n'était guère favorable, à un élargissement de l’Union européenne vers l’Est qui risquait de réduire le poids de la France tout en permettant à l’Allemagne réunifiée d’utiliser les pays entrants d’Europe centrale et orientale pour son propre développement économique.
Cela a conduit l'Allemagne à viser progressivement de de s'assurer un certain leadership continental, parfois de manière brutale comme lors de la crise grecque, mais le plus souvent sans éclat dans le cadre des négociations feutrées au sein de la Commission ou au Parlement.

C’est pourquoi la notion d’une sorte d’un « couple franco-allemand » qui serait depuis des décennies le « moteur » de l’Europe semble bien être devenue un mythe.
A tel point que certains commentateurs parlent à présent d’Europe allemande, et d’autres de reconstitution du Saint Empire Romain Germanique, voire même d’un 4ème Reich.

Illustration 8

Comment expliquer, dans ces conditions, que la majorité des « élites » politiques françaises en soient encore à rechercher des arrangements avec « nos amis allemands », oubliant que, dans l’histoire, ils n’ont été conciliants que lorsqu’ils n’étaient pas en position de force vis-à-vis de notre pays ?

Oubliant surtout qu’au cours des 250 dernières années, ces « amis » ont occupé le territoire national, au moins partiellement, à 5 reprises :
- l’invasion de l’armée prussienne contre la France révolutionnaire, stoppée à Valmy en 1792
- l’occupation de la moitié de la France, entre 1814 et 1818, après la chute de l’empire napoléonien, par la coalition comprenant notamment, le Royaume-Uni, la Prusse, l’Autriche, la Russie et quelques autres états allemands
- l’occupation de tous les départements de l’est de la France de 1971 à 1873 par le nouvel empire allemand, (sans compter l’annexion de l’Alsace et de la Moselle qui ne prit fin qu’en 1918)
- l’invasion allemande pendant la 1ère guerre mondiale, aboutissant, dès la fin 1914, à l’occupation en tout ou partie de 10 départements du Nord et de l’Est du pays
- enfin l’occupation par le Reich nazi de la zone Nord, en 1940, suivie de l’invasion de la zone dite « libre », la libération compète du territoire n’intervenant qu’en 1945

Ce rappel historique appellerait un peu de circonspection et de prudence, et surtout moins de naïveté et d’aveuglement.

Illustration 9

A l’heure où certains présentent la Russie comme constituant une menace existentielle pour la France, il n’est peut être pas inutile de prendre en compte que les troupes russes n’ont occupé une partie de notre territoire (Champagne et Lorraine) qu’entre 1815 et 1818, à la suite de la défaite des armées napoléoniennes devant la « Grande coalition » à Waterloo.
Par ailleurs, au cours des deux guerres mondiales, la Russie a été notre alliée, contrairement à l’Allemagne, comme on le sait !

Toutes ces considérations rendent d’autant plus inquiétant les récents renouveaux du militarisme et de bellicisme allemand, qui atteignent même des sphères politiques connues naguère pour leur pacifisme.

L’annonce, par le nouveau chancelier de droite allemand, de vouloir disposer de l’armée conventionnelle la plus importante de l’Union européenne, puis de revendiquer que son pays se dote de l’arme atomique, sans que l’on ait entendu de voix dissidentes a sein des 27, ne peut qu’interroger sur le sens de cette nouvelle orientation stratégique.

Elle est en tout cas le signe que l’Allemagne refuse dorénavant à demeurer, comme on le disait autrefois, « un nain politique ».
Elle affiche clairement au travers de la force militaire, présentée comme étant au service de l’Union, son ambition de leadership sur l’Europe, voire sa domination.

Illustration 10

Mais cette posture sera-t-elle au service d'une Europe vraiment indépendante, ou de son allégeance renouvelée à l'Empire américain, prenant sa relève en Europe pour participer toujours plus aux conflits actuels et futurs avec la Russie, la Chine et l'Iran ?
Compte tenu de l'expérience actuelle et passée, poser la question, c'est malheureusement y répondre : l'Union européenne n'est pas faite pour être indépendante et elle ne le sera donc pas.

Si l'Europe devait devenir un soldat, elle s'enfoncerait dans les guerres voulues par les dirigeants états-uniens. 
Il est donc du plus haut intérêt que le "soldat Europe" n'existe pas 

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