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Billet de blog 12 septembre 2022

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Merci à Elisabeth II, à Fabien Roussel

Si le clan des dominants est uni aux côtés de la dépouille de sa majesté, ce n'est pas le cas des chefs de la classe des dominés. L'un d'entre eux, Fabien Roussel pour bien le nommer, ose même emprunter la logorrhée des tout puissants pour s'assurer une notoriété peu glorieuse au risque de trahir tous les espoirs de son camp.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Merci à Elisabeth II, à Fabien Roussel.

« Nos larmes n'iront pas aux dominants ». Le titre de cet article de Marcuss, publié dans son blog, raisonne brutalement, instantanément dans mes convictions de modeste militant de « gauche » au moment où l'on célèbre en mondovision la disparition de la reine Elisabeth II, dernière icône d'une monarchie sacralisée. Comme l'exprime sans retenue l'auteur de ce même article, je suis toujours surpris de constater comment les classes dominantes, bourgeoises ou aristocratiques – bien aidées par le système médiatique -, réussissent à aliéner les populations pour leur faire aimer, voire idolâtrer, celles et ceux qui les dominent. Cette injonction à nous émouvoir face à la disparition de cette « altesse adulée » est à la fois révoltante et répugnante. Que l’État bourgeois soit en peine, qu’il le soit, mais qu’il ne demande pas aux travailleurs et aux travailleuses de l’être.

C'est pour mieux protéger les intérêts des dominants qu'il exhorte à tout bout de champ l'unité nationale, l'union sacrée, en ignorant les conflits de classe, les inégalités croissantes.

Emmanuel Macron désire associer les français au deuil des britanniques. Ainsi, le Gouvernement français a décidé que « les drapeaux devaient être mis en berne sur les bâtiments publics, d’une part, pendant une durée de 24 heures suivant l’annonce du décès de Sa Majesté […] et, d’autre part, le jour de ses obsèques solennelles ».

L’État bourgeois et néocolonial voudrait donc que l’on soit en peine, mais où sont les drapeaux en berne pour les centaines de milliers de morts esclaves et victimes des ravages du néolibéralisme : au Qatar où des milliers d'ouvriers immigrés ont sacrifié leur vie pour sanctifier les dieux du football et la puissance des pétrodollars, en Asie du sud où les populations sont décimées par les inondations à répétition, au Brésil où des peuples indigènes sont sacrifiés pour imposer l'agriculture intensive, en Afrique où les plus pauvres des pauvres, souvent les plus jeunes par ailleurs, dans des aventures suicidaires abandonnent leur existence au fond de l'enfer pour extraire le lithium et le cobalt essentiels dans la fabrication des batteries (téléphone, véhicules électriques)... Un deux poids deux mesures indécent qui nous déshonore, nous salit.

Cet événement « historique » qui nous renvoie à un passé colonial refoulé, à l'apogée du capitalisme mondialisé et des têtes couronnées de Wall Street et du CAC 40, à l'emprise d'une poignée de tout-puissants sur nos modes de pensée, nous oblige à tracer collectivement une voie pour vaincre ces dominations, ce modèle de l'abondance inépuisable. Face à tous les enjeux qui nous menacent nous ne pouvons plus attendre. Il faut nous affranchir de cette religiosité capitaliste qui assimile argent et mérite, opulence et vénération, faire sauter ce plafond de verre qui nous condamne à nous soumettre, à nous résigner, à accepter toutes les fatalités.

Mais pendant que les sujets du nouveau « King Charles III », se prosternent devant feu la reine mère, une autre « foule sentimentale » se réunit près de Paris pour honorer « le prolétariat » à la fête de l'huma. Vous allez me dire mais quel rapport entre ces deux événements ? Aucun à vrai dire, si ce n'est que le premier illustre l'ancien monde, celui qui nous a conduit où nous en sommes alors que le second est censé, modestement, en dessiner un nouveau, plus juste, plus respirable.

Si le clan des dominants est uni aux côtés de la dépouille de sa majesté, ce n'est pas le cas des chefs de la classe des dominés. L'un d'entre eux, Fabien Roussel pour bien le nommer, ose même emprunter la logorrhée des tout puissants pour s'assurer une notoriété peu glorieuse au risque de trahir tous les espoirs de son camp. Référence à l'opposition « France qui travaille » et « France des assistés ». Des propos que ne renieraient pas les princes du MEDEF.

Ce parallèle improbable, voire grotesque je l'avoue, deux faits qui se sont télescopés dans mon esprit vagabond pour y trouver une issue commune, me conduit simplement à réagir sur la notion « d'assistanat ». Que penser de la royauté britannique, et de toutes les autres, fastueusement entretenue par les deniers de ses loyaux sujets ? Que penser des grandes multinationales et de leurs dirigeants grassement subventionnés et engraissés par de l'argent public « pour sauver leur capital et surtout leurs fidèles actionnaires » ? Que penser des ministres qui pour « services rendus à la nation » se voient réservés des postes prestigieux dans les grandes universités, la Haute administration ? Que penser, en prenant toutes les précautions pour ne pas tomber dans l'antiparlementarisme », de tous les élu(es) condamné(e)s ou sous le coup d'une enquête judiciaire, pour avoir bénéficié, ou fait bénéficier à son entourage, d'un emploi fictif ?

Grand merci à Elisabeth II et à Fabien Roussel de nous avoir remis les pieds sur terre. En l'espace de quelques heures de décalage, à leur place, ils nous ont témoigné ce que l'on ne doit plus voir, plus entendre pour enfin nous consacrer à l'essentiel, à l'urgence : organiser collectivement une sobriété partagée, solidaire, à laquelle nous ne pourrons nous soustraire si l'on veut sauver l'espèce humaine.

Nous devons exproprier les dynasties de l'argent, casser les logiques du profit et du productivisme, n'en déplaise aux royalistes, aux disciples du néolibéralisme et au triste sire Fabien Roussel.

Jean-Guy Trintignac

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