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Billet de blog 1 nov. 2021

Summer of Soul (ou quand la révolution ne pouvait pas passer à la télé)

C'est à la fois émouvant et épatant de s'apercevoir que le passé est toujours le produit de l'avenir. Il aura donc fallu quarante ans pour que le film sur le Harlem Cultural Festival auquel 300 000 spectateurs ont assisté à Harlem en 1969, le même été que Woodstock, sorte d'une cave où les rushes avaient été oubliés. Réalisé par le rappeur Questlove...

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C'est à la fois émouvant et épatant de s'apercevoir que le passé est toujours le produit de l'avenir.

La mémoire faire revivre les morts qu'on n'a jamais connus. Je l'avais senti lors de la construction de mon arbre généalogique, mais il en va de même pour toute l'humanité.

On peut aussi s'interroger sur la véracité de ce qui nous est transmis comme le fait Shlomo Sand dans Crépuscule de l'Histoire lorsqu'on comprend qu'elle est contée par ceux qui tiennent les rênes du pouvoir qui, de plus, ne relate que ses hauts faits.

Comme le montre également Raoul Peck dans son dernier film, Exterminate All The Brutes, l'histoire des Noirs aux États Unis est encore très occultée.

SUMMER OF SOUL | Official Trailer | In Theaters and on Hulu July 2 © SearchlightPictures


Il aura donc fallu quarante ans pour que le film sur le Harlem Cultural Festival auquel 300 000 spectateurs ont assisté à Harlem en 1969, le même été que Woodstock, sorte d'une cave où les rushes avaient été oubliés.

Grâce au producteur Ahmir "Questlove" Thompson (batteur du formidable groupe de rap The Roots et producteur de Common, Erykah Badu, Bilal, D'Angelo ou Al Green) a réalisé un documentaire de deux heures, Summer of Soul (...Or, When the Revolution Could Not Be Televised), sur l'évènement à partir des cinquante heures tournées à l'époque par Hal Tulchin et d'interviews récentes.

Devant une foule immense, du 13 juin au 24 août, pendant six dimanches, se produisent des artistes "black" (c'est l'année où le terme supplante celui de "negro" dans la presse américaine) de gospel, blues et jazz.

Le film ne suit pas la programmation chronologique, mais il me semble présenter la musique en trois parties : d'abord le gospel, puis le blues pour se radicaliser politiquement avec le jazz. Mais partout s'exprime la fierté d'être noir dans une Amérique raciste où le pasteur Martin Luther King a été assassiné l'année précédente.

Le New York City Police Department étant quasi absent, ce sont d'ailleurs les membres du Black Panther Party, en uniforme comme en civil, qui assurèrent avec succès le service d'ordre dans le Mount Morris Park (aujourd’hui Marcus Garvey Park). La pauvreté de la communauté est largement évoquée (le festival était totalement gratuit, sponsorisé par le café Maxwell !) et l'on sent que tous se fichent pas mal de l'atterrissage sur la Lune de Neil Armstrong le 20 juillet, voire qu'ils sont scandalisés de son coût en regard des urgences sociales gravissimes.

Si Jesse Jackson, Marcus Garvey Jr ou le maire de New York de l'époque, John Lindsay, prennent la parole, il est évidemment passionnant de voir et entendre Stevie Wonder s'accompagner à la batterie ou au piano électrique (il a 18 ans), Nina Simone en grande prêtresse révolutionnaire, Sly and The Family Stone, Mahalia Jackson, B.B. King, les Chamber Brothers, The Staple Singers, The 5th Dimension, David Ruffin, Gladys Knight and the Pips, Ray Barretto, Hugh Masekela, Sonny Sharrock, Abbey Lincoln et Max Roach...

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