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[En 2013] la Normandie se [voyait] alors dotée de trois expositions autour de l'impressionnisme : Éblouissants reflets, 100 chefs d'œuvre de l'impressionnisme au Musée des Beaux-Arts de Rouen, Un été au bord de l'eau, loisirs et impressionnisme au Musée des Beaux-Arts de Caen, Pissarro dans les ports, Rouen, Dieppe, Le Havre au MUMA, le Musée d'Art Moderne André Malraux au Havre. Belle occasion pour ajouter quelques épisodes au feuilleton publié sur Mediapart (miroir de ce Blog) dans l'édition de la galerie des Médiap'artistes, à commencer par Coucher de soleil à Lavacourt, effet d'hiver de Claude Monet, réalisé par Pierre Oscar Lévy comme 22 autres films de la série Révélations, une odyssée numérique dans la peinture.
C'est certainement le traitement le plus classique d'un de nos films sur l'art que de l'illustrer par une pièce pour piano dans un style attendu, ici résolument impressionniste. C'est évidemment celui qui remporta le plus de succès, même si je préfère les libertés prises sur d'autres tableaux de la série. Pierre Oscar Lévy a collé la musique que nous avions écrite en 1996 avec mon camarade Bernard Vitet et le miracle du synchronisme accidentel fit son petit effet (POL corrige cette version des faits plus bas). Je me souviens qu'il m'avait demandé de rendre une certaine hésitation, comme si le tableau n'était pas totalement terminé. Kite Ribbons de Debussy fait partie de 15 Grands Inédits que nous avions réalisés alors dans l'esprit d'Orson Welles et de son F for Fake. Dans le livret de cet album inédit, mais accessible gratuitement sur drame.org et sur Bandcamp, j'avais écrit : "Cette œuvre n’aurait-elle pu faire partie en son temps des Children’s Corner ? Le compositeur s’en serait ouvert à son ami André Caplet. Le continuo sur un si aigü évoquant le regard d’un enfant levé vers le ciel rythme avec légèreté l’ensemble de la pièce." Son interprète est la pianiste Brigitte Vée, complice de nos facéties de faussaires.
Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Musique - Jean-Jacques Birgé et Bernard Vitet
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © Petit Palais / Roger Viollet
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.
Illustration en haut de page : Claude Monet, Coucher de soleil à Lavacourt, effet d'hiver, 1875, huile sur toile, Londres, National Gallery © The National Gallery, Londres, Dist. Rmn / National Gallery Photographic Department
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Sur l'édition de la galerie des Médiap'artistes, le lendemain, 25 avril 2013, POL commentait :
Jean-Jacques, la mémoire, n'est pas toujours fiable, quelquefois notre cerveau recompose le paysage et les souvenirs... Je te remercie de montrer la collection de nos films... Et j'aime lire tes commentaires sur ton travail de composition de la bande sonore. Mais deux remarques amicales. Il faudrait toujours montrer les films en boucle, puisque la conception même de cette série est de passer dans un écran (comme si l'écran n'était pas une télévision mais un cadre) et que l'animation soit comme un tableau... La deuxième remarque pour dire qu'il n'y a jamais eu de tournage proprement dit: En régle général, comme pour un dessin animé numérique, ll s'agit pour chaque film d'un mouvement virtuel de caméra virtuelle sur un fichier virtuel d'un montage de photos numériques.
Mais j'ai voulu faire un commentaire, pour te contredire sur un mode amical et fraternel... Non Jean-Jacques je n'ai pas collé votre musique sur mes images... J'ai délicatement travaillé et écouté votre composition, pour décider des cadres et placer les plans sur la musique... Nous sommes allés deux fois photographier la toile au Petit Palais, pour avoir exactement le détail qui était nécessaire. Aucune photo aux archives à la Réunion des Musées Nationaux ne permettait d'avoir la taille du plan qu'il fallait au montage (pas assez de définition de l'image).
L'hésitation des doigts sur les touches de piano, m'a paru correspondre aux sentiments que j'avais de l'urgence du peintre à saisir cette impression au soleil couchant et son désespoir (dont j'avais trouvé quelques indices dans mes lectures) de ne jamais vraiment réussir à saisir l'instant.
Il paraît que le grand Giacometti a prononcé cette phrase quelques jours avant sa mort: " Et dire que j'ai fait tout cela pour rien du tout". Un artiste rêve d'un absolu dans son œuvre qu'il n'atteint jamais. On échoue toujours.
À quoi je répondais :
" Merci Pierre Oscar pour ces précieuses précisions. Cette correction est bien méritée. Oui la mémoire est trompeuse, comme je le racontais dans mon billet d'hier sur la réédition des albums de Catherine Ribeiro. On enjolive ou on dramatise parfois. On réécrit toujours !
Et précision pour précision, aucun de mes doigts n'a jamais hésité, car aucun ne s'est jamais posé sur les touches d'un piano. Il y eut bien un clavier, mais il avait la forme d'une pomme. Nous avons enregistré le piano en inscrivant les notes une à une, sur une grille comme on le fait sur le rouleau d'un orgue de Barbarie. Le piano était un instrument virtuel. On appelle cela MAO pour Musique Assistée par Ordinateur ! Mais alors qui est cette Brigitte Vée qui nous seconde depuis lors ? Je te laisse deviner... Cette musique hésitante qui cherche à retrouver l'instant s'est écrite dans l'étalement du temps."