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De la pluie ou des températures on ne peut plus se fier à la météo depuis que les humains ont été remplacés en grande partie par des machines, mais pour l'instant les saisons résistent au changement climatique. Le ginkgo biloba passe doucement du vert au jaune, des bords de la feuille vers la tige. Les piridions rouge orangé du cotonéaster tâchent les dalles, écrasés sous nos pas. Le laurier reste vert, mais il faut l'empêcher de se propager partout dans le jardin. Sur la photo prise du premier étage je ne vois rien d'autre si ce n'est les bambous qui sont aussi persistants que le palmier. Des verts et des noirs ! Que faire de toutes les immenses tiges mortes que j'ai coupées au fil des années et qui ont séché au garage ? Quant au palmier de Chine, mon échelle est trop petite pour que je continue à en couper les palmes fânées ; un voisin en a certainement une, mais ce n'est pas simple de l'adosser au tronc rond. Tout cela grandit évidemment année après année. Certains arbres meurent, asphyxiés par les plus tenaces. La glycine étouffe progressivement, mais sûrement, le lavatère et l'églantier.
Je ne vais pas faire tout le tour du jardin, mais je suis surpris qu'il reste des fleurs à cette saison. Sans être pourtant un contemplatif, je peux absorber la nature comme une source infinie d'énergie. Je ne pense pas avoir la main verte, mais les plantes me parlent. Elles communiquent déjà entre elles. Je répète à mon petit-fils de ne pas arracher les feuilles pour rien. Elles sont vivantes. Les végétariens ont une imagination limitée. C'est parce qu'elles nous ressemblent moins que les animaux que nous faisons la sourde oreille. Je leur parle à mon tour, je les caresse, je les nourris parfois. Mais je fais cela avec tous les objets. C'est mon côté animiste. Tous ces électrons excités comme des puces ! Rien ne se perd, rien ne se crée. Les atomes vont et viennent. Je ne suis pas sûr scientifiquement de ce que je raconte, mais c'est une idée généreuse d'étendre la vie à tout ce qui bouge et ne bouge pas. La majorité des humains croient bien dans un truc encore plus absurde qu'ils appellent dieu ! Là, pas de jaloux, pas de guerre, même pas de polythéisme, on vit avec.