La cornemuse et le robinet

Erwan Keravec a formé un étonnant quatuor à vent d'instruments traditionnels bretons (cornemuse, trélombarde, bombarde, biniou) pour interpréter des créations contemporaines de Wolfgang Mitterer, Susumu Yoshida, Bernard Cavanna, Samuel Sighicelli... Le CD "Sonneurs" ne résout pas mes problèmes de robinets, mais il coule de source !

robinet
J'aurais pu vous parler du nouveau CD qu'Erwan Keravec a intitulé Sonneurs, soit un quatuor d'instruments traditionnels bretons interprétant des partitions du XXIe siècle, mais ma nuit avait été perturbée par un problème de robinets. Si je ne m'étais pas inquiété de celui du jardin dont le pas de vis est enfoui dans une pâte informe, j'aurais développé une analyse des cinq pièces de l'album à commencer par la première, ma préférée, composée par Wolfgang Mitterer sur une commande du Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper. Où trouver demain un chalumeau si le métal venait à casser ? D'où proviennent les graves percussifs de ce Run qui coule insatiablement des tuyaux de la cornemuse de Keravec, de la trélombarde de son frère Guénolé, de la bombarde d'Erwan Hamon et du biniou koz de Mickaël Cozien ? Si je n'avais ressassé toute la nuit la fuite d'un second robinet, au second étage, à savoir si je me déciderais à démonter celui-là moi-même ou attendre la venue d'un plus bricoleur, j'aurais évoqué les quatre autre pièces, successivement dûes à Susumu Yoshida, Bernard Cavanna, Erwan Keravec et Samuel Sighicelli. Elles feront probablement grincer les dents des classiques plombiers, mais raviront les adorateurs du nouveau. J'ai donc pris la voiture pour en acheter un tout neuf puisque l'ancien m'avait craché à la figure lorsque je l'avais démonté, couché sur le dos. Il y avait deux arrêts et non un seul comme je l'avais supposé, d'où la douche, avec signe de reprise. Tandis que je maniais la clef anglaise et le seau suédois, les quatre Bretons glissandaient dans des flaques de dissonances, attaquaient les résistances continentales, remontaient les bretelles des modes en laissant filer les bourdons. J'en ai profité pour vider le syphon. Il y avait de l'eau. Mais plus d'air que d'eau. Dehors il pleuvait. Dedans ça sonnait le Finistère. Je n'en verrai le bout que demain, lorsque les points cardinaux se seront rejoints au calvaire, là où les langues se délient, où les problèmes de robinets n'ont plus cours, pour que je puisse enfin voir le bout du tunnel.

SONNEURS - RUN (Wolfgang Mitterer) © Offshore - EK
→ Erwan Keravec, Sonneurs, CD, Offshore/Buda Musique, dist. Socadisc / Au Centre Pompidou le 4 février 2017 !

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