Cette année sent le soufre

En France, à l'étranger, sur toute la planète, avons-nous d'autre ressource que d'agir chacun, chacune, à son niveau, dans un travail de proximité ? On commencera par ses proches, on élargira le cercle à ses voisins, puis aux cousins des voisins, peut-être bien s'intéressera-t-on alors à ce qui se passe ailleurs ? Vivre est à la portée de tous, à condition de modifier nos mauvaises manières...

soufre
Avec des camarades nous préparons un drôle de petit film pour illustrer nos vœux que nous enverrons la semaine prochaine. C'est heureux, et même très heureux, parce que, sinon, j'aurais probablement évoqué l'odeur bizarre qu'exhale 2017. Pour la bonne année, rendez-vous donc la semaine prochaine, passez votre chemin, la suite n'est pas marrante. En tout cas cela commence mal, au milieu des fumeroles, même si cela pourrait s'arranger dans une conclusion en forme d'ouverture...

En France les présidentielles occupent tout l'espace politique et camouflent la misère du pays. La morosité ambiante est une chose, mais la pauvreté, les SDF, les reconductions à la frontière, les parquages d'immigrés sont un signe plus alarmant. Face aux lois régressives qu'impose le gouvernement socialiste et les projets assassins de la droite officielle il n'y a que le programme des Insoumis qui me fasse un peu rêver. La personnalité de Mélenchon en irrite plus d'un, mais les médias aux mains du pouvoir, et plus précisément des milliardaires, banquiers et marchands de canon qui les possèdent tous, dessinent un portrait à charge en focalisant tout sur lui plutôt qu'analyser les propositions élaborées avec les Insoumis. J'exprime alors que cela sent le soufre, parce que si la probabilité d'une victoire se profilait, je crains les pires coups fourrés, directement sur la personne ou indirectement sur l'opinion publique.

À l'étranger c'est autrement pire. On suffoque. Entre l'ultralibéralisme d'un impérialisme absolu et la répression cul béni qui prendrait bien modèle sur le précédent, ne me demandez pas de choisir pour Trump ou Poutine. L'Iran d'un côté, le Qatar et l'Arabie Saoudite de l'autre, ils se partageraient bien la nappe de gaz, mais ils sont tous prêts à sacrifier leurs populations pour le tuyau qui acheminera le produit à travers la Syrie. Les divergences entre la quantité de milices chiites et sunnites aboutiront à un carnage avec une épée de Damoclès à la mode lybienne où il n'y a même plus de gouvernement, éclatement tribal qui rappelle le Liban et ses 18 confessions religieuses sans que cela empêche les riches Saoudiens de s'en servir hypocritement comme lupanar... Pas besoin de faire le tour de la planète pour savoir que l'époque n'est pas sur le chemin d'une paix salvatrice.

La planète ! Alors là, on frise le délire. Les glaces polaires fondent. On chauffe là. On refroidit ailleurs. Les courants sont déviés. On submerge comme annoncé. Et l'on zigouille les autres espèces à tours de bras. Sympa l'époque ! Alors on fait quoi ? On déboise, on assèche les terres, on s'intoxique. Il va falloir une bonne dose de volontarisme cynique pour faire semblant que les années qui viennent seront bonnes.

Manière de voir. Pouvons-nous considérer qu'elle sera joyeuse si la résistance est euphorisante ? Nous n'avons pas d'autre ressource que d'agir chacun, chacune, à son niveau, dans un travail de proximité. On commencera par ses proches, on élargira le cercle à ses voisins, puis aux cousins des voisins, peut-être bien que l'on s'intéressera à ce qui se passe ailleurs, en Grèce ou en Nouvelle Guinée Papouasie ? Nous avons quantité de frères et de sœurs partout sur les continents et dans les îles, des combattants pour la vie qui ne peuvent concevoir de s'entretuer au profit de quelques salopards qui jouent la concurrence et la zizanie pour s'empiffrer toujours plus et accumuler au delà de leurs besoins, fussent-ils même délirants. Pour s'en débarrasser je ne vois qu'un excès de solidarité entre les uns et les autres, entre les hommes et les femmes, entre les peuples, et repensons notre approche de la nature dont nous nous sommes arbitrairement exclus pour la conquérir. Mais à quel prix ? Vivre est à la portée de tous et toutes. Encore faudra-t-il changer nos mauvaises manières... Aussi vous souhaiterai-je dores et déjà une année de bonnes manières, que vous en soyez les auteurs ou les bénéficiaires !

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