Le silence gratte où ça vous démange

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Minuit l'heure du crime. Je profite du calme du soir pour poser Sounds of Silence sur le tourne-disques. L'objet est conceptuel. Un sticker jaune barre la pochette de Simon & Garfunkel comme une voie sans issue sur l'autoroute musicale. Vingt-neuf plages de silence se succèdent sur les deux faces du 33 tours 30 cm réalisé par Patrice Caillet (auteur du livre Discographisme récréatif), Adam David et Matthieu Saladin. C'est plutôt le Périphérique une nuit où les services d'entretien ont fermé toutes les issues. Ça tourne en rond, mais ça avance tout de même et ça travaille. Non, vous n'entendrez pas 4'33" de John Cage conçu pour la scène. L'anthologie rassemble exclusivement des enregistrements dont les auteurs sont Andy Warhol, John Lennon, Maurice Lemaître, Sly & the Family Stone, Robert Wyatt, John Denver, Whitehouse, Orbital, Crass, Ciccone Youth, Afrika Bambaataa, Yves Klein, etc. Aux imperfections des supports originaux le vinyle ajoute les siennes. Il révèle une variété inouïe, c'est le cas de le dire, de manières de concevoir le silence : performative, mémorielle, politique, critique, abstraite, poétique, cynique, farceuse, technique, promotionnelle, absurde, indéterminée. À la première écoute je me laisse aller sans savoir qui se tait. C'est reposant. À la seconde je suis les notes de pochette. Les circonstances dessinent une histoire de la production discographique à travers ses silences. C'est dense et prenant. Ça piquotte. Ça craquotte (coprod. alga marghen - Sound-Houses/FRAC Franche Comté - Incertain sens).

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