Le combat n'aura pas été vain

Quel que soit l'issue du scrutin, l'engagement pour sauver la planète du gâchis et de la destruction, pour la justice pour tous, moins d'inégalités entre les êtres, n'aura pas été vain. Cette campagne électorale révèle autant les scandales d'une oligarchie corrompue qu'un fabuleux travail pour transformer la société en imaginant une autre manière de vivre ensemble...

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Les radoteurs rendent Mélenchon l'unique responsable de l'union impossible, ou du moins très difficile, avec Hamon et Jadot. Comme si l'unité pouvait être le fait d'un seul ! Ces Fouquier-Tinville ne font aucune référence aux programmes des uns et des autres (à leur absence ou à la copie conforme !), différences fondamentales qui engagent l'avenir, ni au récent passif des candidats, ni aux Partis qui les freinent ou aux citoyens qui les encouragent. Ils font la sourde oreille à la méfiance des électeurs qu'on a fait voter pour Hollande en 2012 et à la catastrophe qui s'en suivit. On peut pourtant constater dans quel état la démocratie s'en trouve ridiculisée. La stratégie d'union de la gauche a sonné le glas du PCF depuis l'avènement du Programme Commun. Pourquoi voter pour un parti qui a perdu son autonomie et ses spécificités ? Quant au PS, c'est à croire que Hollande et Valls sont des infiltrés tant leurs talents ont ruiné l'image bon enfant de leur parti. Les socio-démocrates ne veulent jamais aucun bouleversement, seulement calmer les revendications de la population. Pendant ce temps les Trotskystes boudent dans leur coin et les anarchistes répètent avec un certain à-propos le slogan de 68 "élection, piège à cons". La société du spectacle a fini par imposer la mascarade. Au diable les textes, peaufinons notre image, semblent confirmer la plupart des politicards en lice.

Le peu de temps que les médias accordent au candidat de la France Insoumise sur les ondes, ils tirent sur lui à boulets rouges en le caricaturant en possible dictateur, proche de Poutine ! Des sondages bidons, concoctés arbitrairement pour enfumer l'opinion, le donnent perdant. Rappelons que, comme la quasi totalité de la presse, ces instituts appartiennent à des industriels cul et chemise avec le pouvoir, ce qui explique aussi évidemment pourquoi ils se plantent chaque fois, leur but n'étant pas d'évaluer justement. Or les Français aiment gagner. Nombreux sont sensibles à ces arguments et vous rétorquent qu'ils ne voteraient pas pour Mélenchon puisqu'il n'a aucune chance ! Il est certain qu'avec de tels raisonnements on ne risque pas d'écrire une nouvelle Constitution, pour une VIe République où les élus ne l'auraient jamais été, où ils pourraient être révoqués en cours de mandat, où la société civile aurait une place prépondérante, où la monarchie constitutionnelle serait enfin renversée ! Nombreux citoyens qui ont écouté les discours de Mélenchon sur Internet ont rectifié l'image désagréable qu'ils en avaient et découvert un programme en accord avec leurs idées généreuses qui tiennent du bon sens, que ce soit en matière d'écologie ou d'économie, à l'inverse du pouvoir actuel.

Il reste huit semaines avant les élections. Tout peut encore arriver. Fillon se cramponne à son siège éjectable. Des casseroles de Damoclès planent au dessus de Le Pen et Macron. L'aile la plus à droite du PS, qui n'a pas digéré son échec à ses Primaires, est encline à rejoindre Macron, contrairement à ses engagements internes. Dans la charrette des traitres, on retrouve Cohn-Bendit, Royal, Collomb, Ferrand et même Braouezec. Il y a un parfum de Hue dans cet équipage équestre où les places assises sont très convoitées ! Face à cette débâcle opportuniste, Hamon peut leur céder et révéler un visage conforme à la méfiance qu'il inspire aux Insoumis, sur le modèle du discours de Hollande au Bourget. Dans le cas contraire, il n'aura d'autre ressource que de rejoindre Mélenchon, à moins de se retrouver seul, isolé dindon de cette farce dont les socialistes sont les principaux auteurs.

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Même dans cette perspective rien n'est joué. Dans le combat électoral que la France livre à chaque élection, au second tour l'écart entre ce que l'on a coutume d'appeler droite et gauche tient souvent dans un mouchoir de poche. Imaginons que Mélenchon gagne, comment réagira le Capital dont les intérêts sont considérables ? Comment acceptera-t-il de revoir à la baisse l'exploitation des humains et des ressources de la planète ? Le combat ne fera que commencer. Si un candidat de la droite extrême est élu, le travail extraordinaire entamé par les militants de la France Insoumise permettra de lutter dans l'opposition avec des arguments peaufinés et ce sur tous les fronts. Le combat aura déjà commencé. Dans tous les cas l'engagement pour sauver la planète du gâchis et de la destruction, pour la justice pour tous, moins d'inégalités entre les êtres, n'aura pas été vain.

Illustrations : Rembrandt, La leçon d'anatomie / Réunion publique aux Lilas de la France Insoumise avec Charlotte Girard et Liêc Hoang-Ngoc

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