Lady M de Marc Ducret

Jusqu'ici mes références musicales à Macbeth étaient la partition du groupe Third Ear Band pour le film de Polansky et l'opéra de Verdi. Je peux y ajouter aujourd'hui ce que le drame de Shakespeare a inspiré à Marc Ducret. Avec son petit ensemble le guitariste participe au rajeunissement de la forme lyrique. Nuit de sang, rouge, électrique...

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Jusqu'ici mes références musicales à Macbeth étaient la partition du groupe Third Ear Band pour le film de Roman Polansky et l'opéra de Giuseppe Verdi. Je peux y ajouter aujourd'hui ce que le drame de Shakespeare a inspiré au guitariste Marc Ducret. Lady M préserve la forme opératique puisque le monologue de Lady Macbeth de l'acte V de la pièce est successivement porté par le contre-ténor Rodrigo Ferreira, la soprano Léa Trommenschlager et enfin par les deux ensemble. Chaque interprétation éclaire la scène différemment. D'abord Lady M erre comme une somnambule sans pouvoir trouver le sommeil que Macbeth a tué. Le même texte est répété, plus tragique, puis intervient l'inexorabilité du remords. L'écriture pour orchestre de Ducret est très rock, presque zappienne, contrairement à son jeu de guitare plus jazz. Si l'ensemble se passe la nuit, c'est une nuit de sang, rouge, électrique. Dans la tête de Lady M se heurtent les sentiments comme dans un flipper où les obstacles sont variés, la cognant, la propulsant, l'éclatant pour finalement rouler dans un couloir où les couleurs disparaîtront avec la fin du disque. Pour faire avancer la forêt vengeresse et réaliser la prophétie des trois sorcières, Ducret a choisi Sylvain Bardiau à la trompette et au bugle, Régis Huby au violon et violon ténor, Liudas Mockunas aux saxophones et à la clarinette contrebasse, Catherine Delaunay à la clarinette et au cor de basset, Samuel Blaser au trombone, son fils Bruno Ducret au violoncelle, Joachim Florent à la contrebasse et Sylvain Darrifourcq à la batterie. Les instruments rares ou anciens accentuent la gravité de cette œuvre pour voix et orchestre où le contre-ténor et la soprano font glisser le cauchemar vers la réalité. Ducret prouve une fois de plus qu'un petit ensemble d'aujourd'hui peut remplacer un lourd dispositif instrumental tel que le suggérait Edgard Varèse et participe ainsi au rajeunissement de la forme lyrique comme ont su le faire d'autres musiciens issus du rock ou du jazz tels Frank Zappa, Carla Bley, Michael Mantler, Steve Nieve et quelques autres dont le nom ne me revient pas à l'instant, mais que mes lecteurs et lectrices sauront me rappeler !

→ Marc Ducret, Lady M, Seven Songs & (Illusions), dist. L'autre distribution, sortie le 26 avril 2019
→ concert de sortie le 4 mai au Pan Piper, 2-4 impasse Lamier, Paris 11e

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