Soulèvements au Jeu de Paume, l'exposition nécessaire

Il y a là de quoi se souvenir et s'émouvoir, réfléchir et partager, de quoi se lever et s'envoler, se révolter et s'engager. Georges Didi-Huberman fait un tour du monde des mouvements qui, depuis la Commune de Paris, ont fait bouger les lignes. Il évoque le meilleur et le pire, l'insurrection et la répression, le courage et l'absurdité, la puissance du nombre et la responsabilité de chacun...

soulevements
En publiant hier mon article Envol, je ne pensais pas que j'irais le lendemain à l'exposition Soulèvements au Jeu de Paume. Dès la première salle il s'agit de s'envoyer en l'air en refusant l'état des choses, de léviter pour éviter la banalité, de se placer en état d'apesanteur pour supporter les lourdeurs que nos systèmes sociaux nous imposent. L'historien et philosophe Georges Didi-Huberman a imaginé un parcours thématique des plus salutaires en ces nouvelles années de plomb, parmi les plus violentes et sournoises que l'humanité a élaborées. Nous passons ainsi d'Éléments (déchaînés) à Par désirs (indestructibles) en traversant Par gestes (intenses), Par mots (exclamés) et Par conflits (embrasés), autant de stations incitant à la vigilance et la révolte, qu'elle soit artistique ou politique. Les textes de Didi-Huberman sont toujours aussi brillants, analytiques et poétiques, ses choix explicites et l'incitation claire, salvatrice, vitale.

Malgré l'accrochage intelligent et dynamique, je ne peux m'empêcher de penser que le catalogue me plairait plus que l'exposition. Quitte à lire les concepts où chaque mot est pesé, balancé, envoyé, n'est-il pas plus agréable de les lire allongé sur un divan qu'imprimés sur une cimaise ? Les très nombreuses photographies n'y perdraient pas grand chose. L'accrochage seul des œuvres plastiques est irremplaçable, et éventuellement certaines archives originales dont la présentation tient essentiellement d'une mystique de la représentation. Les vidéos, comme dans la plupart des expos, sont plutôt décevantes, leur mérite principal étant d'offrir à s'asseoir pour se reposer de tout ce que l'on a vu en piétinant dans les allées des musées. On me rétorquera que les visiteurs de Soulèvements n'auraient probablement pas lu ce qui est donné à voir et à entendre là et l'on aura raison. Mais cet indispensable rassemblement d'œuvres et d'objets rappelant l'urgence et la nécessité de se soulever tient surtout à la pensée qui l'anime.

annette-messager
Il y a là de quoi se souvenir et s'émouvoir. Il y a là de quoi réfléchir et partager. Il y a là de quoi se lever et s'envoler. Il y a là de quoi se révolter et s'engager. Didi-Huberman fait un tour du monde des mouvements qui, depuis la Commune de Paris en 1871, ont fait bouger les lignes. Il évoque le meilleur et le pire, l'insurrection et la répression, le courage et l'absurdité, la puissance du nombre et la responsabilité de chacun... Dressant un pont entre esthétique et politique, il touche à ce que nous avons de plus précieux, quand les mots nous manquent ou lorsque nous les retrouvons.

Le site Internet qui lui est consacré livre quantité de pistes et reproduit maints exemples de ce que l'on peut y voir : le parcours au travers de quelques œuvres et une recherche cartographique astucieuse, des ressources sociales en amont et en aval de l'expo, les résistances numériques relevées par Marie Lechner, etc.

Soulèvements, Jeu de Paume, jusqu'au 15 janvier 2017, entrée 7,50 et 10€

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