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Billet de blog 12 novembre 2010

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A movie by Bruce Conner

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Avant de lire ce billet, regardez Un film, c'est son titre et il ne dure que 12 petites minutes ! Regardez-le jusqu'au bout... Je n'ai pas trouvé le moyen de le faire apparaître ici en ligne, car il a été effacé de DailyMotion, mais j'en ai retrouvé une copie sur un site japonais qui justifie le voyage...
Fut un temps où je clamais que s'il fallait sauver un seul film, celui pour l'île déserte, c'était lui, A Movie, le film de Bruce Conner. En 2007 j'avais eu l'idée de le rechercher en revoyant Au début de Pelechian sur mon propre blog. Si le propos est différent, les intentions et les méthodes sont proches. Montage d'archives, rythme donné par la musique, ici Les Pins de Rome (1924) d'Ottorino Respighi, un néo-classique préfigurant la musique de film et l'école minimaliste... Le compositeur annonce l'esthétique mussolinienne, mais le réalisateur la dénonce. Il réussit à produire des émotions suscitant de profondes questions, intimes. L'inconscient remonte à la surface. Qui sommes-nous vraiment ?
A movie a pour moi une histoire. Une sale histoire, qui finira bien. Je dois sa découverte à Jean-André Fieschi qui en avait acquis une copie 16mm d'une drôle de façon. Je la lui emprunte pour la projeter, à la clinique "anti-psychiatrique" Laborde devant une assemblée de psys ébahis, à Félix Guattari, chez lui : le rire se fige pour nous faire sombrer dans l'horreur, la nôtre. C'est très fort. Cela n'a rien d'un vidéo-gag ni des jolies images de Godfrey Reggio. Conner nous retourne comme une chaussette.
Je multiplie les projections, mais un après-midi en fermant les verrous de chez moi à la Butte-aux-cailles, je laisse la boîte en métal sur le pas de ma porte. J'avais pignon sur rue. Le film est exposé au premier passant. Il est perdu. Moi aussi. Acte manqué terrible, à la hauteur de la perte du disque de chants vaudous de Tamia à peu près à la même époque. 1977, cela ne s'est heureusement pas reproduit depuis. J'avais laissé le vieux vinyle sur le toit de ma voiture en cherchant mes clefs. Coïncidence improbable. Je sortais la première fois, je rentrais la seconde. J'espère retrouver une copie de Ptits oiseaux un de ces jours si Internet lui prête vie...
Bernard Eisenschitz me sort de cette situation honteuse en trouvant le moyen de racheter une copie à Los Angeles, je crois directement à Bruce Conner. C'est beaucoup d'argent pour moi à ce moment-là. Je me suis fait tirer l'oreille par Jaf pour lui rendre "son" film. Toute ma vie, j'ai cherché à le voir à défaut de l'avoir. J'ai eu parfois de la chance. Un ami américain m'en fit d'abord une copie lisible sur mon ordi, puis je le commandai à un collectionneur généreux avec d'autres films de Conner. Il faut parfois ruser avec les incunables. Aujourd'hui, c'est un site japonais qui nous sauve.
A movie date de 1958, c'est le premier de Conner. Je l'ai vu la première fois à l'occasion de l'exposition Une histoire du cinéma (Une ou plusieurs comme celle(s) de JLG) conçue par Peter Kubelka au Musée d'Art Moderne (CNAC). Ce festival de films expérimentaux changera ma vie. Du 7 février au 11 mars 1976 je vois tout. Le programme commence par Lumière et glisse vers les années 20, les Russes, les surréalistes, les animateurs, les lettristes, les Américains, Brakhage, Snow, Jacobs, Sharits, Anger, Cornell, Breer, Mekas, Frampton, Broughton, Genet, Fluxus, Garrel, Clémenti, Ackerman, Monory, etc. J'essaie de me repérer dans le programme en prenant des notes dans la marge du catalogue.
Bruce Conner, à côté d'autres activités artistiques (il fit des light-shows avec la Family Dog à l'Avalon Ballroom, ce qui me touche évidemment !) signa plus d'une vingtaine de court métrages. À suivre.

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