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Billet de blog 14 sept. 2010

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Oui, mais dès l'aurore tous leurs chagrins s'évaporent

Au cinéma je préfère la musique in situ plutôt que lorsqu'elle tombe du ciel !

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Au cinéma je préfère la musique in situ plutôt que lorsqu'elle tombe du ciel ! Jean Renoir s'en est beaucoup servi, comme Les fleurs du jardin, la chanson fredonnée par Anne-Marie juste avant que Boudu ne soit sauvé des eaux et reprise de lèvres en lèvres comme une obsession tout au long du film, l'orphéon municipal pendant la remise de décoration à Lestingois, le clavecin du théâtre d'ombres de La Marseillaise, la Danse Macabre martelée au piano suivie du limonaire de La règle du jeu, le phonographe du premier plan de La grande illusion sur lequel Jean Gabin écoute Frou Frou (photo ci-dessus) qu'il susurrera ensuite plusieurs fois, le cancan et l'hymne national interdit interprétés par les prisonniers déguisés en femmes, les chansons à boire du Crime de Monsieur Lange, l'orchestre de bal de La bête humaine, La complainte de la Butte pour French Cancan et dans La chienne Michel Simon écoute la Sérénade de Toselli sur un autre phonographe... Les chansons populaires, comme dans Toni, hantent, toujours avec à propos, les films de Renoir, probablement influencé par la collaboration Brecht-Weill, jouant d'effets dialectiques afin de produire du sens là où l'image est acculée platement aux bords du cadre.


Ainsi Françoise Romand, qui remonte une dernière fois Thème je avant sa publication en DVD, vient d'ajouter des chansons que nous avions composées avec Bernard Vitet pour l'album Carton. Nous nous sommes débrouillés pour qu'elles jouent du contre-champ, que j'aurais pu aussi bien écrire contrechant, apportant une lumière nouvelle aux scènes qu'elles éclairent. Au début du film, pendant le plan d'épilation dans la cuisine, la valse lente éponyme commence par un autre flash-back, celui de Lola Montès, "La comtesse se souvient-elle du passé ? S'en souvient-elle ? S'en souvient-elle ?..." avec fondu enchaîné sur "Il lui demanda son nom, Elle répondit Désir, Il en coupa le son, Ça s'appelait L'aurore..." pour terminer par la voix envoûtante de Delphine Seyrig dans Muriel, ou le temps d'un retour, "Ce serait bien que ça finisse comme ça !". Mais ce n'est qu'un début. Françoise y évoque son arrière grand-père, le gamin qui pliait le tuyau dans L'arroseur arrosé des Frères Lumière, un des deux premiers acteurs de l'histoire du cinéma ! Plus loin, nous avons remplacé la chanson de Brigitte Fontaine qui posait des problèmes de droits avec Sony par "Radio Silence, Émission sans fréquence, Qui diffuse à toute heure, Tous les mots qui sont tus, Et tous les cris qui tuent...", que combat Françoise en larmes. Brigitte est tout de même présente dans une séquence ajoutée avec Amore 529 que nous avions enregistré avec elle en 1992 sur Opération Blow Up. Enfin Moi z'à moi répond bien au miroir cruel dont Françoise joue sans cesse dans son auto-fiction commencée en 1999. Donc, pas de musique instrumentale, mais des chansons dont les paroles offrent un renversant point de vue complémentaire. Le film, devenu ainsi plus tendre et lyrique que les précédentes versions projetées au festivals de Toronto, New York, Rotterdam, Jeonju ou Créteil, en tire une profondeur moins abyssale et une fantaisie renforcée.


Comme cet article m'avait été initialement soufflé par un bouquet de fleurs me susurrant à son tour la mélodie d'Anne-Marie dans Boudu et que j'ignore comment placer un fichier son sur Mediapart, j'en retranscris les paroles dont j'imagine Jean Renoir être l'auteur. Il y a quelques vingt cinq ans, la Vidéothèque de Paris, devenue depuis le Forum des Images, dont nous avions composé la musique des clips de lancement, m'avait demandé un texte sur un film représentant un lieu parisien. J'avais choisi le Pont des Arts à cause de Boudu sauvé des eaux avec Michel Simon dans un de ses plus beaux rôles...

Les fleurs du jardin
Chaque soir ont du chagrin.
Oui, mais dès l'aurore
Tous leurs chagrins s'évaporent.
Quel est l'enchanteur
Qui guérit tant de douleurs,
Quel est ce magicien ?
C'est le soleil.
(...)
L'hiver dans les bois
Les oiseaux meurent de froid.
Leurs nuits dans les bois
Sont comme des tombes blanches.
Avril reparaît
Et soudain dans la forêt
Mille voix en même temps
Bénissent le printemps.
Mon printemps est mon sourire
Quand mon cœur souffre et soupire.
Ton sourire est mon printemps,
Mon printemps...

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