Pour la route, Monsieur Cueco !

Pablo Cueco a toujours marié l'humour, le discours critique et la tendresse avec la même virtuosité qu'il joue du zarb. En se promenant dans son 3e arrondissement, il saute de bar en comptoir pour croquer les personnages qui les hantent et humer ces lieux typiquement parisiens. Drôle et spirituel, il donne envie de prendre la route à sa suite...

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Je n'ai pas bu une goutte depuis une semaine, mais l'état fiévreux qui m'assaille au sixième jour de crève me semble parfait pour évoquer le fascicule spirituel (spirituel ou spiritueux ?) concocté par Pablo Cueco. Pendant cette semaine terrassante la lecture de ces 120 pages éclaira de quelques bulles effervescentes de lucidité mon état grippal. Je ne vais jamais dans les bars, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à suivre mon camarade dans sa ballade digressive de comptoir en comptoir dans son arrondissement parisien du 3e. Je n'y vais jamais, parce que c'est rarement pour moi l'heure de boire autre chose que de l'eau, que je ne sais donc pas quoi commander, que je trouve le prix prohibitif par rapport à ma propre cave et souvent de moindre qualité, que je n'ai jamais supporté les gens saoûls, et que j'y suis trop dissipé par l'observation de la clientèle ou du personnel. Ainsi j'échoue avec un thé en sachet dégueulasse ou une blanche des plus communes.

Or l'ouvrage de Pablo Cueco n'a rien d'œnologique, ni d'incitation à la consommation. J'ai développé une méfiance irraisonnée envers les œnologues en herbe dont la plupart m'apparaissent comme des snobs dont le palais se voudrait universel. Certes on pourrait dire cela de presque tous les spécialistes ! Ce qui est chouette dans Pour la route, c'est qu'il est écrit par un zarbiste virtuose qui arpente le macadam en observateur amusé des habitudes des voisins de son quartier. Un zarbiste n'est pas un énergumène zarbi, mais un percussionniste dont l'instrument principal, perse d'origine, se joue avec les doigts. Or Pablo Cueco est aussi compositeur et auteur à ses heures, la preuve ! Avec la perspicacité et l'humour qui ne le quittent jamais il dresse le portrait d'habitués, cherchent l'authenticité de chaque étape où il trouve l'inspiration. Peu importe alors le sujet, ses divagations critiques nous entraînent et nous divertissent avec une tendresse digne d'un Jacques Tati... "Le dessinateur Rocco et le photographe Milomir Kovačević, eux aussi explorateurs assidus de la jungle de zinc et de formica, accompagnent l’auteur dans cette bistro-fiction."

→ Pablo Cueco, Pour la route, ed. Qupé, 15€

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