TZIMX de Mirtha Pozzi

L'album solo de la percussionniste Mirtha Pozzi est un rayon de soleil aux accents précolombiens (dans notre enfermement l'évasion dans l'espace-temps est fortement recommandée), une échappée belle vers un chaos de peaux, métal, pierre et bois où le rythme ne se croit pas obligé de nous faire bouger les hanches, une étonnante collection de timbres...

tzimx
TZIMX, l'album solo de la percussionniste franco-uruguayenne Mirtha Pozzi arrive à point nommé. Ce CD est le seul à avoir passé le filtre de la Poste qui retient bizarrement mes paquets depuis le début du confinement. Autant dire que c'est un rayon de soleil aux accents précolombiens (depuis notre enfermement l'évasion dans l'espace-temps est fortement recommandée), une échappée belle vers un chaos de peaux, de métal, de pierre et de bois où le rythme ne se croit pas obligé de nous faire bouger les hanches (encore que la gymnastique soit tout indiquée si l'on veut être capable de ressortir un jour de notre misérable isolement), une étonnante collection de timbres (déraison de plus puisque la philatélie est passée de mode), un festival de cuik, plak, tri et güamik (ou tzimx pour le son des cymbales) quand la voix ne rejoint pas la famille des percussions.

Il y a deux manières d'écouter le disque. La plus commode consiste à le laisser filer tout seul, la seconde demande un peu de dextérité au niveau de la télécommande. Quatre familles de pièces s'interpénètrent, quatre zones puisque, sur scène, la percussionniste doit disposer sa quincaillerie de manière à être instantanément opérationnelle. On commence par des sons électroacoustiques réalisés par Pablo Cueco, son compagnon, à partir de percussions et d'objets sonores, mélangés à des percussions métalliques. On continue avec des claviers de sons indéterminés, on poursuit avec un poème sonore où la voix vient s'immiscer et on termine avec des instruments posés sur deux toms basses. Et on recommence en changeant d'instruments. C'est la méthode facile, facile pour l'auditeur qui se laisse trimbaler dans cette jungle réinventée.

Il est aussi possible d'envisager chaque zone comme une pièce en quatre parties. Ainsi la zone Musique mixte exige que l'on fasse se suivre les index 1, 5, 9, 13. La zone Claviers de sons indéterminés verra se succéder Touch'métamorphiques pour triple clavier d'ardoises corréziennes et tambour sur cadre, Touch' NOCT pour cinq tambours graves avec balais, Touch' DIUR les mêmes plus un n'tama avec baguettes et Touch'convexes pour six grandes calebasses camerounaises et sonnailles végétales. Mirtha Pozzi se sert aussi de poèmes de Bernard Réquichot ou Hugo Ball. Ou bien encore, les index 4, 8, 12, 16 forment une suite pour cuicas, plaque de tôle, triangles, guacharacas et mikado. De toute manière, à la fin tout se mélange dans ma tête. J'ai l'impression qu'un virus a pris possession de mon cerveau, transformé à son tour en percussion sous les doigts de Mirtha. Je suis devenu un arbre, une forêt, j'entends des oiseaux qui se posent sur mes branches de lunettes. Pendant les silences, des poissons tournent en rond au fond de mon verre. Suis-je en proie à quelque rituel shamanique, ai-je abusé de Grappamiel, d'El Espinillar, ou sont-ce simplement les effets de la crise ? Dites-moi, ça vous fait ça aussi à vous ? Tzimx !

→ Mirtha Pozzi, TZIMX, CD Nowlands un label TAC, à paraître le 28 avril
→ en attendant la fin du confinement, pour l'écouter ou le commander (la pochette montre quatre dessins Insinuoso de Mirtha), allez sur Bandcamp

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