Mort prématurée d'un chanteur populaire dans la force de l'âge

Cette fantaisie sarcastique de Wajdi Mouawad sur le monde du spectacle avec Arthur H incarnant remarquablement Alice, chanteur flippé ayant trahi ses idées de jeunesse sur l'autel du succès, est une charge acerbe des mœurs superficiels, du formatage et du cynisme égocentrique du show-biz, voire une autocritique regénératrice pour le chanteur...

Mort prématurée d'un chanteur populaire dans la force de l'âge est une fantaisie sarcastique de Wajdi Mouawad sur le monde du spectacle avec Arthur H qui incarne remarquablement Alice, chanteur flippé ayant trahi ses idées de jeunesse sur l'autel du succès. Ne vous attendez donc pas à écouter un récital enrobé d'Arthur H ! On est même en mesure de se demander si cette charge acerbe des mœurs superficiels, du formatage et du cynisme égocentrique du show-biz n'est pas une autocritique qui permettrait au chanteur à la voix cassée de se débarrasser d'un poids qui colle forcément à la peau de toutes les idoles confrontées à leurs fans et aux pressions de leur entourage. Même si Alice n'est pas Bashung, Arthur H non plus, et le chanteur sait de quoi il retourne. Tous les journalistes, photographes, attachés de presse, agents d'artistes et musiciens ne se reconnaîtront pas forcément dans cette farce amère, mais ils penseront au moins y croiser leurs collègues ! Je n'échappe pas moi-même à cette ménagerie, me souvenant surtout des histoires que me racontaient mon camarade Bernard Vitet qui m'avait empêché d'y mettre le doigt au risque de m'y engloutir tout entier. La mise en scène virevoltante de Mouawad fait passer facilement les presque trois heures de spectacle, même si la seconde partie m'a semblé superflue. Jusqu'à l'entr'acte les comédiens interprètent avec humour et férocité le poncif "punk is not dead", mais la suite contredit le début en se prêtant aux conventions larmoyantes, sous forme d'un pardon politiquement correct. Fallait-il vraiment un happy end quand on connaît la réalité des coulisses ?

Mort prématurée d'un chanteur populaire dans la force de l'âge © La Colline - théâtre national
Quel artiste n'a pas rêvé savoir ce qu'on dirait de lui à sa mort ? Ce désir morbide n'est pourtant pas assez creusé. Mouawad préfère glisser un couplet, certes habile, sur Sabra et Chatila ou sur le génocide arménien, suggérant la perte du politique chez les nouvelles générations, étouffées par l'afflux d'information (ou de désinformation). Tous les comédiens sont très bien. J'ai particulièrement apprécié Patrick Le Mauff dans le rôle de l'ancien agent d'Alice qui n'a pas renié son amour du punk. Les décors en perpétuels mouvements transmettent au public la fraîcheur de la pluie ou l'odeur de l'encens quand il le faut. De bonnes idées sont hélas abandonnées en cours de route, comme par exemple la scatologie du début. Resserrer l'action aurait permis de ne pas morceler le récit qui manque un peu d'unité. La manie de faire de faire des spectacles trop longs qui n'épargnent pas les fesses du public finit par devenir suspecte. Il n'empêche que le portrait du show-biz est bien vu, la complicité du metteur en scène et du chanteur nous permet de passer un excellent moment, mais il aurait fallu plus de méchanceté et de concision pour que cela soit vraiment réussi.

Mort prématurée d'un chanteur populaire dans la force de l'âge, texte et mise en scène de Wajdi Mouawad, avec Marie-Josée Bastien, Gilles David, Arthur Higelin, Jocelyn Lagarrigue, Patrick Le Mauff, Sara Llorca, chansons originale d'Arthur H, musique originale de Pascal Humbert, dramaturgie Charlotte Farcet, son Michel Maurer et Bernard Vallèry, conseil artistique François Ismert, lumière Éric Champoux, scénographie Emmanuel Clolus, costumes Emmanuelle Thomas, maquillage et coiffure Cécile Kretschmar (c'est elle qui avait créé et fabriqué les masques du film Au revoir là-haut).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.