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Dans quel monde vivons-nous ? En 2017 j'ai l'impression de revenir un siècle en arrière.

Lorsque Isabelle Fougère nous a proposé de réaliser avec elle une web-série sur Jacques Prévert, elle nous a demandé de mettre en valeur la modernité et l'actualité du poète. Nous partons chaque fois d'un de ses textes ou ses collages et, avec Sonia Cruchon et Mikaël Cixous, nous travaillons free style, dans une liberté qui seule permet de s'amuser et donc d'inventer des créations inattendues. Chaque mercredi et samedi TV5MONDE place un nouvel épisode sur son FaceBook, tandis que sur le site dédié à la série chacun est suivi d'une courte intervention de Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille de Prévert. La semaine dernière nous avons ainsi publié Le roi et l'oiseau (Au vaste Royaume de Tachycardie) et La crosse en l'air (Ceux qui croa-croa).

Or hier TV5MONDE a préféré couper le troisième épisode intitulé Je suis comme je suis (Avec les jolies filles et avec les vieux cons) avant l'apparition des tétons de celle qui se confesse pour ne pas risquer d'être censuré par le puritain FaceBook, voire que leur compte soit carrément bloqué comme c'est déjà arrivé dans le passé... Isabelle m'écrit ce matin : "La vraie question, c'est pourquoi est-ce que nous, auteurs, diffuseurs, sommes aussi dépendants de ce réseau sur lequel on crache, mais qu'on ne peut quitter ? Quelles alternatives ?" L'épisode (nu) intégral est donc heureusement savourable sur le site ! Cette pudeur très américaine aurait fait grimper Prévert au plafond. Nous l'accompagnons donc au ciel (de lit) en précisant avec malice que l'ambiance renversée du court métrage fut enregistrée à l'église St Nicolas-du-Chardonnet, fief des intégristes catholiques et d'une frange de l'extrême-droite française proche du traditionalisme.

Après ces deux derniers épisodes sulfureux, samedi ne manquez surtout pas le quatrième, plus d'actualité que jamais, puisqu'il s'agira d'Étranges étrangers (L'amour est sang Mêlé).

Le site Prévert Exquis

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C'était dans un quartier de la ville lumière
Où il fait toujours noir où il n'y a jamais d'air
Et l'hiver comme l'été là c'est toujours l'hiver
Elle était dans l'escalier
Lui à côté d'elle elle à côté de lui
C'était la nuit
Ça sentait le souffre
Car on avait tué des punaises dans l'après-midi
Et elle lui disait
Ici il fait noir
Il n'y a pas d'air
L'hiver comme l'été c'est toujours l'hiver
Le soleil du bon dieu ne brill' pas de notr' côté
Il a bien trop à faire dans les riches quartiers
Serre-moi dans tes bras
Embrasse-moi
Embrasse-moi longtemps
Embrasse-moi
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c'est maintenant
Ici on crèv' de tout
De chaud et de froid
On gèle on étouffe
On n'a pas d'air
Si tu cessais de m'embrasser
Il me semble que j'mourais étouffée
T'as quinze ans j'en ai quinze
A nous deux on a trente
A trente ans on n'est plus des enfants
On a bien l'âge de travailler
On a bien celui de s'embrasser
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c'est maintenant
Embrasse-moi ! Prévert