Sun Sun Yip expose La cime à Paris

Si l'artiste chinois surprend à chaque nouvelle exposition parce qu'il change de matériau tout en en creusant les possibilités, sa maîtrise et son exigence sont toujours guidées par une vision philosophique de l'art qui lui confère une unité dans la diversité. C'est la peinture, la pâte, qui les réunit, technique certes héritée de la Renaissance, mais la main, le bras imprime sa marque...

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Si Sun Sun Yip surprend à chaque nouvelle exposition parce qu'il change de matériau tout en en creusant les possibilités, sa maîtrise et son exigence sont toujours guidées par une vision philosophique de l'art qui lui confère une unité dans la diversité. Cette fois encore je suis étonné que la variété des modèles, quartiers de viande ou sous-bois, poulpe ou dentelle, montre une homogénéité inattendue. C'est la peinture, la pâte, qui les réunit forcément, technique certes héritée de la Renaissance, mais la main, le bras imprime sa marque. Sun Sun Yip n'utilise aucun produit du commerce, il fait venir ses pigments d'Allemagne, les broie avec de l'huile et des résines. Ses natures mortes prennent vie sur la toile.

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Que dans le passé il s'initie à la gravure, produise des installations ou qu'il programme son ordinateur comme récemment exposé à la Biennale de Bangkok quitte à attendre des mois le résultat de ses calculs, qu'il sculpte le bois de chêne teinté à la mûre écrasée comme pour ses Flowers of Memory ou qu'il colle des affiches dans le quartier en soutien aux Baras expulsés de leur squat, ses œuvres recèlent un secret dont il faut chercher la clef en Chine d'où il est originaire. Les titres des tableaux exposés à l'Espace Culturel Bertin Poirée éclairent les œuvres d'un humour souvent noir et critique pour notre civilisation qui a perdu ses raisons d'être. Parmi la trentaine accrochée, les deux premiers que j'ai photographiés sont Jeu et Il était une fois à Hong-Kong. L'artiste porte à deux mains un crâne retourné comme un lourd fardeau de pierre ou il respire les fleurs du bauhinia qui figurent au centre du drapeau de Hong-Kong, deux sensations que la peinture ne saurait a priori délivrer. Leurs titres offrent un recul supplémentaire en transformant ludiquement l'effort ou en rappelant la violence derrière une apparente quiétude, telle celle des films de Sergio Leone. Quelle place l'homme accorde-t-il encore à la nature ? Les deux suivantes font partie de sa série carnassière. Des personnages de chair semblent émerger de la viande, elle-même coupée de son origine par un sac en plastique qui la banalise. Civilisation souligne bien la brutalité humaine et Dance Dance Dance son incapacité à se mouvoir élégamment au milieu de ses contradictions.

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Les deux dernières, Empreinte de l’illusion et Errance nocturne reproduites ici, ironisent l'hyer-réalisme et interrogent notre intelligence. Le poulpe finira sur notre table, le plasticien hong-kongais étant aussi un fin cuisinier. Les peintures portant des numéros qui indiquent le sens de la visite, l'accrochage rappelle le montage cinématographique où ce qu'il y a entre les œuvres est aussi important qu'elles-mêmes. Dans le sous-sol où sont exposées la plupart, promenez-vous avec la liste tarifée pour profiter des titres indiqués seulement à cet endroit. La précédente exposition de Sun Sun Yip à Paris remonte à 2014. N'attendez pas la prochaine pour aller vous balader vers le Châtelet !

→ Sun Sun Yip, La cime, Espace Culturel Bertin Poirée, Association Culturelle Franco-Japonaise de TENRI, 8-12 Rue Bertin Poirée 75001 Paris, exposition jusqu'au 29 mai 2021 (lundi au vendredi 12h-19h, samedi 22 mai 12h-18h30, fermée lundi 24, samedi 29 12h-16h)

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