Passage du cinéma, 4992

"Passage du cinéma, 4992" est l'équivalent littéraire des "Histoire(s) du cinéma" de Jean-Luc Godard, une œuvre ouverte et multiforme où l'on entre au petit bonheur la chance pour ensuite y dérouler un fil d'Ariane... Godard a d'ailleurs écrit que c'est « le seul livre à raconter l'histoire du cinéma ». Indispensable aux cinéphiles !

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Le livre d'Annick Bouleau publié en 2013 m'était passé inaperçu. Il aura fallu que Jonathan Rosenbaum, dont le blog est le seul que je suive régulièrement en y goûtant les pistes comme jadis les bonbons dans la boîte en fer de ma grand-mère, en (re)parle pour qu'un exemplaire de l'objet multimédia me soit livré par le facteur cette semaine. Passage du cinéma, 4992 est l'équivalent littéraire des Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard, une œuvre ouverte et multiforme où l'on entre au petit bonheur la chance pour ensuite y dérouler un fil d'Ariane, ou plus exactement le fil d'Annick, qui vous embarque pour un voyage dont on ne connaîtra jamais l'issue. Dans le dossier de presse de Adieu au langage du Festival de Cannes, Godard avait griffonné quatre lignes soulignées en rouge en travers d'un montage de ses pages : « Le seul livre à raconter l'histoire du cinéma ». Je ne devrais pas être étonné de trouver dans le mode d'emploi de ces 992 pages sans aucune illustration des références à Je me souviens de Georges Perec ou à Praxis du cinéma de Noël Burch, ou encore Rivette, Epstein, Kramer, Eustache, Godard... Et Bergala, Lacan ou Oury de veiller à ce que le combat contre le Minotaure soit fertile.

Annick Bouleau a donc passé 19 ans à récolter 4992 extraits glanés au fil de ses lectures jusqu'à ce que ces cailloux de Petit Poucet la mènent à un jeu de l'Oie, magique pour qui se targue de cinéphilie. Son site Ouvrir le cinéma est un autre labyrinthe où se perdre jusqu'au vertige. Ici, il suffit d'ouvrir le livre à une page et de se laisser aller. On peut préférer la table des centaines de matières, d'abandon à zoom, où les mots vous font de l'œil, à vous et personne d'autre. C'est un livre blanc, un gros livre tout blanc, sans images imposées puisqu'elles viennent toutes seules, avec des mots qui dansent et font la ronde. On n'a pas fini d'en faire le tour. Je commence à peine. C'est un livre de montage sans index de réalisateurs, mais où chaque "article" est référencé, renvoyant souvent à un autre. C'est un des livres les plus étonnants de ma bibliothèque cinématographique avec Bonjour Cinéma de Jean Epstein et Cover To Cover de Michael Snow. Ce dernier ne possède que des photographies noir et blanc pleine page sans aucun mot ! Orson Welles racontait qu'il suffit de retirer un paramètre à la réalité pour entrer en poésie. Si les livres figurent parmi les plus beaux objets interactifs, Passage du cinéma, 4992 en justifie le terme.

Passage du cinéma, 4992. 992 pages, ed. Ansedonia, 35€

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