Honte à la Poste, saison 2

Il y a deux ans jour pour pour jour j'écrivais un article intitulé Honte à la Poste. L'ancien service public ne cesse de se détériorer. Les privatisations, les compressions de personnel, les cadences infernales n'incitent pas les préposés à perpétuer une conscience professionnelle légendaire. Vers qui se tourner par exemple lorsqu'un colis est volé ?

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Il y a deux ans jour pour pour jour j'écrivais un article intitulé Honte à la Poste. "La boîte aux lettres est désespérément vide alors que nous attendons du courrier. Lorsque j'étais enfant il y avait deux distributions par jour à Paris. Dans les villages le facteur apportait les nouvelles. Jusqu'à la privatisation des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones), scindés en France Telecom en 1988 et La Poste en 1991, nous avions toujours le même facteur, qui nous connaissait et avec qui nous avions une relation humaine comme l'épicier du coin. Depuis, cela n'a fait que se détériorer. La Poste est devenue une banque, activité plus lucrative que le service public saccagé. À Bagnolet, nous ne recevons du courrier que les mardi, jeudi et vendredi, et pas avant 14h ! Il n'y a plus que des remplaçants qui font ce qu'ils peuvent compte tenu des tournées marathons qui leur sont imposées. Lorsqu'ils prennent leur jour de congé ils ne sont pas remplacés. Certains ne se donnent pas la peine de sonner pour déposer un paquet ou une lettre recommandée et font semblant qu'il n'y a personne. Mais à qui se plaindre ? Depuis le 1er mars 2010 la Poste est devenue une société anonyme à capitaux publics pour affronter la concurrence européenne ! Les transporteurs ne valent guère mieux côté conscience professionnelle. Il ne reste qu'Internet, le téléphone, les SMS qui gardent une relative fiabilité. Ou bien j'embarque tout sur mon vélo si l'expéditeur ou le destinataire sont sur mon trajet ! La Poste française jouissait d'une réputation exceptionnelle, un peu comme la SNCF. C'est partout pareil. Sous prétexte de rendement, le patronat licencie, réduit les services, pousse au bâclage, et du côté des salariés on se désinvestit, on déprime. Au bout du compte on disparaît."

Suite à mon article, j'avais eu l'agréable surprise de recevoir "un coup de téléphone de la responsable de la distribution. J'ai bien précisé qu'il ne s'agissait pas d'un problème récent dont le facteur actuel serait responsable, mais que c'est récurrent depuis 5 ou 6 ans. Il n'y a d'après elle aucune raison pour que les lundi, mercredi ou samedi soient des jours sinistrés. Par contre que le courrier n'arrive qu'à 14h s'explique si nous sommes en fin de tournée. Pour que le courrier soit à l'heure, il y a bien un service, mais il est payant ! Pour toute réclamation, la responsable me suggère d'appeler le centre de réclamation au 3631 qui ouvre un dossier laissant une trace...". En deux ans les choses ont hélas bien empiré, et j'en veux pour exemple une nouvelle mésaventure...

Le Cave Se Rebiffe (1961) extrait4 © Spikesed
Habituellement lorsque j'achète un objet en ligne je le reçois sans problème, qu'il nécessite ou pas une signature, qu'il rentre dans ma boîte aux lettres homologuée ou que le facteur soit obligé de sonner. Si l'objet est trop volumineux ou qu'un préposé flemmard fait semblant que j'étais absent et se contente de déposer un avis de passage sans sonner, je suis parfois obligé de courir à la Poste principale qui est à vingt minutes à pied. Il m'est arrivé d'être remboursé par l'organisme émetteur de la carte de crédit lorsqu'un colis s'était perdu en route ou que l'expéditeur me renvoie gracieusement ma commande sans que j'ai besoin de retourner quoi que ce soit alors qu'elle avait fini par arriver très en retard. Mais cette fois je dois m'asseoir sur les deux paires de chaussures que j'avais commandées à Inner Art World dont le siège est à Montréal...

Commandées le 8 avril, les deux paires de tennis colorées ont été déclarées livrées par la Poste française, or je ne les ai jamais reçues. D'une part le colis était très probablement trop gros pour être déposé dans ma boîte, d'autre part je sais forcément qu'il n'y a pas eu plus de chaussures que de beurre en branches. Celle-ci n'ayant, à ma connaissance, jamais été volée ni fracturée, je soupçonne obligatoirement un remplaçant comme il y en a beaucoup dans cette institution dont les services ne cessent de se détériorer (nous ne sommes plus en 1961, Gilles Grangier, Michel Audiard et Jean Gabin en attestent ci-dessus !). J'ai dû chaque fois attendre longuement au bout du fil avant de pouvoir demander où en était mon affaire. La seule réponse obtenue fut que le colis avait bien été livré. Réponse évidemment inacceptable de ma part ! D'un côté la Poste se défausse, me renvoyant à l'expéditeur seul habilité à faire une réclamation, et de l'autre Inner Art World me demande d'apporter la preuve de l'absence de livraison. En résumé les deux se renvoient la balle et j'en suis pour mes sous et fatigué par cette pantalonnade inextricable ! Donc évitez la Poste autant que possible et évitez également cette enseigne qui n'en a rien à fiche contrairement à d'autres dont le suivi est exemplaire...

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