Extinction des feux

Que restera-t-il du rayonnement de la France à l'étranger après le démantèlement de sa culture ? L'Hexagone a longtemps joui d'une réputation exceptionnelle malgré sa taille et son pouvoir économique relativement riquiquis. Le coq serait-il une grenouille qui se veut aussi grosse que le bœuf ?

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Que restera-t-il du rayonnement de la France à l'étranger après le démantèlement de sa culture ? L'Hexagone a longtemps joui d'une réputation exceptionnelle malgré sa taille et son pouvoir économique relativement riquiquis. Le coq serait-il une grenouille qui se veut aussi grosse que le bœuf ?

Lorsqu'un étudiant voulait apprendre la philosophie il n'avait le choix qu'entre l'Allemagne et la France. On l'appelait aussi le pays des Droits de l'Homme. Nombreux états étaient restés francophones. C'était aussi la langue des diplomates. Depuis trente ans, qu'ils soient explicitement de droite ou qu'ils fassent semblant d'être de gauche, nos gouvernements successifs n'ont eu de cesse de diminuer les crédits à la culture. Oh, il reste encore des cinéastes, des écrivains, des musiciens, des plasticiens, des photographes, des danseurs, etc., des intellectuels comme on s'enorgueillissait, mais leur statut est de plus en plus précaire. L'exception culturelle est menacée par le TAFTA. Les actionnaires n'ont que faire de la renommée, ils briguent des dividendes, un point c'est tout, un point sur le caca-rente. Les artistes ont toujours été le dernier rempart contre la barbarie.

Quant aux Droits de l'Homme, ils n'ont jamais été autant bafoués depuis Vichy. Nous sommes loin de l'époque où nous accordions le droit d'asile aux réfugiés politiques et où nous accueillions les immigrations, conséquences des dictatures espagnole ou portugaise, ou de l'indépendance de nos anciennes colonies. Certains pensent-ils que je mélange tout ? Bien entendu. La culture passe par la diversité. L'Allemagne nazie a détruit ses racines en massacrant ses minorités. La France d'aujourd'hui stigmatise les différences et favorise les replis communautaires. Cela sent mauvais. Les anglo-saxons se moquent de notre intolérance sous couvert de laïcité. Tout est encore possible, le pire et le meilleur. La pente est glissante. La résistance s'organise, mais dans le désordre, parce que les uns et les autres ont oublié la solidarité interprofessionnelle. Il n'est par exemple de grève efficace que générale. Comme le clamait en 1960 le papy du film de Jacques Rozier, Adieu Philippine, "En France on n'a pas de pétrole, mais on a des idées." Est-ce encore vrai ? Ou bien imitons-nous les États Unis avec dix ans de retard ? Nous avons enfin nos Républicains et nos Démocrates, mais question culture nos moyens sont loin de ceux de l'industrie américaine qui a toujours su se servir du soft power. L'image de marque et les dividendes.

Mon billet est un peu foutraque. Il m'a été inspiré par ma photographie du somptueux palais qui héberge la Chambre du Commerce et de l'Industrie, avenue Friedland. Un grand écart entre les restes du monde ancien dont on feint l'actualité toujours vivante et la difficulté d'imaginer un autre avenir que celui que nous impose le néo-libéralisme. Un peuple n'existe véritablement que par sa culture, sa langue, sa musique, et sa vivacité ne se régénère que grâce aux sangs nouveaux... La richesse de notre pays tient essentiellement à la variété de ses autochtones, de celles et ceux qui sont venus jusqu'au bout de la terre, le finis terrae de l'Europe, et qui ne se sont pas embarqués pour des terres plus lointaines. Nous sommes tous et toutes venus d'ailleurs...

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